Séquence 1/ Document « en relation avec » n° 1

 

           Horace, Ode I-11 « A Leuconoé »

 

Objectif: percevoir l’héritage antique et son influence.

A/ Présentation de l’auteur:

Originaire de l’Italie du sud, Horace vécut de 65 à 8 avt JC.

Quoique issu d’une famille humble, il poursuit des études à Rome puis à Athènes où il devait suivre une formation philosophique. Mais des bouleversements politiques consécutifs à l’assassinat de Jules César en – 44, le conduisent à s’impliquer et à s’engager dans l’armée. Plus ou moins en disgrâce et aux prises avec des revers de fortune, il rentre à Rome vers -40 et se lance dans une carrière littéraire. Son succès est rapide. Il compose d’abord des épodes (courtes satires à forme lyrique) et des satires qui assoient sa réputation vers – 30. Il s’agit souvent d’une peinture générale des travers et des vices humains (donc textes à dimension universelle).

Alors qu’il est proche d’Octave (futur empereur Auguste) il offre au public des odes et des épîtres (lettres poétiques. Son ambition est d’offrir à Rome une grande poésie lyrique susceptible de rivaliser avec la poésie grecque. On peut parler d’une poésie d’imitation puisqu’il s’inspire des poètes grecs de Lesbos (VI° s avt JC) comme Alcée ou Sappho. Toutefois, cette imitation n’exclut pas l’originalité. Il développe des thèmes comme l’amour de la vie, la hantise de la mort, mais il célèbre aussi Auguste et ses victoires ou les vertus romaines.

Sa poésie a influencé toute la poésie européenne, notamment à travers le motif du « carpe diem ». Son art poétique, « Epître aux Pisons », qui développe ses conceptions littéraires et les difficultés du métier de poète a également inspiré de nombreux auteurs dont les maîtres du classicisme comme Nicolas Boileau (XVII°). Il insiste sur le rôle social du poète, sur l’importance et la dignité de son travail. Il met en avant les qualités morales dont il doit faire preuve et il présente la poésie comme une œuvre de raison. Il souligne aussi le nécessaire travail sur la langue.

B/ Lecture et analyse du texte:

Une première lecture fait apparaître certaines ressemblances avec le texte de Ronsard.

– poème adressé à une femme, Leuconoé. On ignore s’il l’aime, mais on peut constater avec la proposition « Pendant que nous parlons », qu’il l’invite à un moment de partage. Par ailleurs le parallélisme de construction en latin, traduit par « à toi, et à moi », peut laisser supposer que leurs destins sont croisés.

– recours au dialogue fictif: présence des marques de la première et de la deuxième personne « Ne cherche pas »/ « à moi » + apostrophe précédé du ô incantatoire « O Leuconoé »

– il s’agit d’engager cette femme à bien employer le temps présent: « Carpe diem »/ « Cueille le jour ».

Ce texte est resté célèbre pour sa formule de clôture, le fameux « carpe diem », souvent mal compris. C’est un poème fondateur de toute une tradition littéraire. On peut parler d’HYPOTEXTE.

Si Ronsard invite implicitement la belle à l’aimer, le poème d’Horace n’évoque pas l’amour et se présente plutôt comme des conseils de sagesse:

– phrases injonctives: ordre, défense, conseils: « Ne cherche pas »/ « il est défendu de « / « Combien le mieux est de se résigner ».

Cette leçon de sagesse est justifiée par des motifs religieux/ philosophiques à dimension universelle. Adressé à Leuconoé, il invite aussi les lecteurs à appliquer les mêmes principes. Ceci passe par l’énonciation de vérités générales comme « Combien le mieux est de se résigner ».

Cette ode a donc une volonté DIDACTIQUE. Il s’agit pour Horace de :

– rappeler que la vie humaine, brève, est déterminée par des puissances divines: « quelle destinée nous ont faite les dieux »

– les hommes sont donc « leurs jouets » et les sages comprennent qu’ils n’ont qu’à se résigner à l’ignorance du futur.

– dans ce contexte, chercher à deviner l’avenir est SACRILEGE: cette idée est suggérée par l’image des « Nombres Babyloniens » qui évoquent les diseurs de bonne aventure, les faiseurs d’horoscope et autres superstitions.

– l’avenir est de toute façon incertain et la mort inéluctable (métaphore de la mer et des rochers).

– se fier au lendemain c’est faire preuve d’inconscience.

– on ne peut rien contre le temps qui passe, signifié le terme « hiver », métonymie de l’année. Ce temps est même présenté comme un ennemi avec la personnification: « le temps jaloux s’enfuit »

– il faut donc se résigner, ne pas se tourner vers le futur et ne pas craindre la mort, ne pas vivre avec l’idée constante de cette fin. Il faut vivre intensément le présente. Là réside la seule liberté de l’homme.

– il s’agit de jouir de ce qui s’offre à nous, ce que traduit la métaphore des vins que l’on filtre

Conclusion:

– Le nom de Leuconoé signifie « esprit blanc » ou « esprit clair », pour certains « esprit brillant ». On peut se demander s’il ne s’agit pas pour le poète de souligner la naïveté, la crédulité d’une femme adepte de l’astrologie.

– Si Ronsard fait du carpe diem une invitation à aimer, force est de constater que la vision d’Horace est plus pessimiste, plus sombre puisqu’il souligne l’impuissance des hommes face au temps et aux dieux.

– On perçoit une influence épicurienne à ceci près qu’Horace accorde encore une place à l’influence des dieux.

Epicurisme: philosophie antique du plaisir à ne pas confondre avec l’hédonisme.

– forme de sagesse qui consiste à vivre sans craindre les dieux ni la mort

Il faut faire attention au sens du terme plaisir. Pour les épicuriens, le plaisir est l’absence de douleur physique (aponie de poneo qui signifie souffrir) et l’absence de trouble psychologique (ataraxie du verbe tarasso, troubler, agiter). La cessation de la douleur est en elle-même un plaisir. Epicure parle de plaisir statique, ce qui correspond à un équilibre de l’individu en toutes ses parties (ex: ne plus avoir soif après avoir bu). Le sage vise donc un état de sérénité intérieure et corporelle dans la satisfaction de ses besoins nécessaires et naturels. Il s’agit donc de se contenter des plaisirs simples que la nature peut nous apporter. Epicure distingue en outre les plaisirs naturels et nécessaires que l’on doit satisfaire (manger, boire, dormir + plaisirs de l’esprit) des plaisirs naturels et non nécessaires (ex boire du vin à la place de l’eau) ou encore des plaisirs non naturels et non nécessaires (ex: richesse, gloire) qui maintiennent finalement l’homme dans l’agitation et l’insatisfaction parce qu’ils ne connaissent pas de limites.

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