Intro :

Pour l’amorce, partir de ce que vous savez du contexte et notamment du conflit franco-prussien de 1870-1871. Vous pouvez évoquer la révolte du jeune Rimbaud contre la guerre et ses horreurs.

Présenter le texte comme d’habitude.

Situer le texte : vous pouvez faire apparaître que le sonnet repose sur un effet de chute saisissant qui vient rompre avec le lyrisme apparent des 12 premiers vers, ce qui nécessite finalement une relecture du poème.

Problématique :

Il s’agira de montrer comment le poète organise son sonnet sur une subtile opposition entre l’évocation d’un spectacle charmant et la réalité cruelle du sommeil de la mort.

Autre solution : il s’agira de comprendre comment Rimbaud détourne le registre lyrique pour ménager un effet de chute violent qui signifie toute l’injustice et toute l’horreur de la guerre.

Annonce du plan :

Nous analyserons dans un premier temps comment le poète procède à la description lyrique d’un cadre bucolique et paisible puis nous évoquerons le contraste opéré avec le portrait du dormeur. Nous nous intéresserons enfin à la façon dont l’effet de chute ménagé par les deux derniers vers conduit le lecteur à une relecture ironique et polémique du texte.

I – La description d’un cadre bucolique ou la nature en fête :

Le poète procède initialement à la description d’un lieu naturel, d’un locus amoenus, manifestement propice à la sieste.

On dénombre deux acteurs principaux : le dormeur, mais aussi le val.

A – Une nature personnifiée :

Le poète personnifie la nature à l’aide de plusieurs termes : « où chante une rivière » / « haillons » « montagne fière » ou encore « berce-le ».

Ainsi le poète lui accorde des attributs et des attitudes humaines, qui rappellent le motif de la mère nature, protectrice s’il en est.

Par ailleurs, il apostrophe la nature au v 11, il s’adresse à elle directement comme à une femme, et plus particulièrement à une mère : le verbe « bercer » faisant écho à l’image du « lit vert ».

B – Une nature en fête :

La nature est présente sous toutes ses formes : présence des 4 éléments :

– eau : rivière v 1, mousse v 4, baignant au v 6

– terre : montagne au v 3 ou val v 4

– air : la nue v 5 et les parfums v 12

– feu : soleil v 3 et lumières v 8

Cette nature se caractérise par son dynamisme, son mouvement : grande impression de vie. Importante vie végétale notamment avec les herbes au v 2 et 7, le cresson au v 6 et les glaïeuls v 9. Mais pas de trace de vie animale, le seul représentant du règne animal est l’homme, mais ce dernier dort.

Cette nature est présentée en mouvement : verbes de mouvement dans la métaphore « chante une rivière » « accrochant » « qui mousse de rayons ». Ce mouvement est également traduit par les enjambements : ex : v 1 à 3 (effet de cascade) «v 3 sur le 4

La nature est également lumineuse, brillante : champ lexical de la lumière : soleil v 3 et 13, lumière v 8 et les termes « luit » et « rayons » encadrent le v 4.

Les bruits participent de cette animation de la nature. Elle est bruyante (notations auditives) : elle chante au v1 + impression auditive renchérie par l’allitération en [R] du v 1 « trou de verdure … rivière « : cette allitération suggère la vivacité.

La nature est foisonnante (trou de verdure) alors que le portrait du soldat se rapproche paradoxalement d’une nature morte.

Il apparaît donc au fil du sonnet que les contrastes se multiplient entre la nature et l’être humain qui se trouve là.

II – Le soldat :

Le soldat est donc le second protagoniste, au centre du sonnet. Il n’apparaît que dans un second temps, comme absorbé par cette nature.

A – Un portrait atypique :

Le poète en fait une description éclatée : on évoque d’abord sa jeunesse (allure générale), sa bouche, sa tête, sa nuque…

Ce n’est donc pas un portrait attendu. Le poète veut ainsi retranscrire l’idée du corps morcelé du soldat, du corps sa vie. Portrait éclaté qui se justifie parce qu’il s’agit d’évoquer une vie éclatée.

Il n’est décrit que de l’extérieur, on ne connaît de lui que des détails physiques et sa fonction. Sorte de soldat « inconnu ». Ce type de portrait renforce l’idée de nature morte.

B – Un dormeur étrange :

Le champ lexical du sommeil abonde. Il ménage la sensibilité du lecteur dans un premier temps mais il ménage surtout l’effet de chute des derniers vers. La métaphore filée du sommeil opère comme un euphémisme : dormeur dans le titre/ étendu v 7/ lit v 8/ somme v 10/ berce v 11 et « dort » répété 3 fois. Ce dormeur semble faire corps avec la nature et profiter de ses bienfaits. Ce dernier est statique, « tranquille » v 14 mais la répétition du verbe « dormir » finit par donner l’impression d’une redondance inquiétante.

La chute du sonnet conduit, en effet, le lecteur à relire le texte et à mieux percevoir l’isotopie de la maladie et de la mort :

– comparaison « à un enfant malade » + allusion à la pâleur du soldat ainsi qu’au froid. En outre, les glaïeuls = fleurs mortuaires, fleurs de deuil.

La grande réussite de ce sonnet c’est que le terme « MORT » n’est jamais employé. L’idée est juste suggérée au vers 14 avec la mention de s »deux trous » vraisemblablement causés par deux balles.

Cette évocation des deux trous qui intervient après l’évocation lyrique du cadre provoque donc la surprise et l’horreur. Ces « trous » s’opposent en outre au « trou de verdure », le « rouge » symbole du sang et de la vie perdue s’oppose au vert qui suggère la sève et la vie.

L’effet de chute est renchéri par l’allitération en [R] qui opère comme les roulements du tambour guerrier qui annoncent un moment grave, tandis que les allitérations en dentales traduisent la douleur.

III – Une dénonciation originale de la guerre :

Pas de diatribe, pas de longs discours, seulement un discours descriptifs, des constats sous la forme d’un tableau (au sens pictural du terme) apparemment paisible.

A – Le détournement du lyrisme

Or cet univers n’a rien de paisible. Pour construire sa dénonciation le poète joue sur des oppositions qui tendent à détourner le lyrisme ambiant. On peut parler d’un lyrisme oblique (ironie).

– La nature vivante s’oppose à l’inertie, à la mort

– La chaleur au froid

– Les couleurs chaudes aux couleurs froides. A noter que le « rouge » devient une couleur violente en fin de sonnet.

Rimbaud joue également sur les 5 sens qui se trouvent finalement anéantis :

– goût : bouche, cresson : mais bouche ouverte, comme inutile

– odorat : parfums mais négation « ne font pas frissonner sa narine »

– ouïe : chante + jeux sur les sons à travers tout le poème grâce à la répétition des mots « trou » « soleil » et dormir mais le dormeur y échappe

– vue : couleurs et lumières, mais le verbe « dormir » anéantit ces perceptions

– toucher : la nature le berce

B – Un lecteur désorienté :

Le poète désoriente le lecteur, l’agresse, en multipliant les images visuelles opposées, les impressions auditives contraires (jeux sur les allitérations en [R]. Il semble vouloir rappeler au lecteur, par une sorte d’illusion d’optique que la réalité est parfois trompeuse, qu’il faut apprendre à trouver le sens caché des choses, des mots, qu’il faut s’exercer à décoder le jeu des mots.

Jeux de mots qui ont leur part dans ce poème :

Ex : d’argent v 3 / dort (d’or)

Rimbaud dénonce l’absurde mort humaine, la violence de l’homme qui contrairement à la nature se fait du mal.

Les verbes communs appliqués au soldat souligne la banalité de la situation (= un soldat parmi tant d’autres).

Ce mort qui s’oppose à la nature témoigne de ce que la guerre est profondément contrenature.

Conclusion :

Dans ce sonnet le lyrisme n’est donc qu’apparent, tout comme le petit val dissimule un soldat mort, le sonnet dissimule une parole oblique, une ironie autrement plus polémique. Ce lyrisme détourné constitue donc toute l’originalité du poème qui tire l’efficacité de sa dénonciation de son absence de virulence manifeste.

En ouverture vous pouvez comparer la tonalité de ce sonnet avec la description nettement plus agressive de la guerre proposée dans les deux quatrains du poème « Le Mal ».

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