Le personnage de Berthe

 

Fiche d’identité:

Bovary Berthe, fille de Charles et Emma, née à Youville. Hommes = son parrain. Sa nourrice = Mme Rollet, la femme du menuisier (lieu misérable).

 

Passages la concernant dans le roman:

  • Elle n’apparaît pas dans la partie I puisqu’elle nait en seconde partie à Cette partie I clôt un chapitre de leur vie: Tostes , mais il s’achève aussi sur des perspectives d’avenir: un nouveau lieu, des espoirs et une grossesse en cours. Cette grossesse intervient au moment où Emma prend conscience de ses désillusions par rapport à Charles. L’annonce de cette naissance à venir se réduit à une seule phrase rapide, comme si ce n’était pas associé à la joie. « Quand on partit de Tostes, au mois de mars, Mme Bovary était enceinte.»
  • Chap 3 partie II: l’état de sa femme rend Charles plus présente t plus tendre « C’était un autre lien de la chair s’établissant, et comme le sentiment continu d’une union plus complexe.» On comprend qu’il s’agit pour Charles d’un grand bonheur. »L’idée d’avoir engendré le délectait ».  Parallèlement Emma est dans l’expectative: curiosité de savoir ce qui l’attend mais aussi frustration parce que ses capacités financières ne lui permettent pas d’envisager la naissance comme elle le voudrait. « Elle ne s’amusa donc pas à ces préparatifs où la tendresse des mères se met en appétit, et son affection, dès l’origine en fût peut-être atténuée… »
  • Naissance un dimanche vers 6h du matin. Grand exécution d’Emma parce que c’est une fille: é Discussion et désaccord autour du prénom. Emma l’emporte: choix du prénom Berthe entendu à la Vaubyessard. Elle veut lui choisir un prénom qui ait un sens, qui préfigure le destin de son enfant. Flaubert traite ce passage avec beaucoup d’ironie, en montrant que les choix de prénoms de chaque personnage représentent pour lui un idéal inatteignable. Charles, par exemple, aimerait un prénom évoquant sa mère, dont il n’a pas acquis l’amour : « Charles désirait qu’on appelât l’enfant comme sa mère ; Emma s’y opposait». Dans ce choix de prénoms, il est facile de reconnaître la tendance romantique d’Emma : elle veut des noms qui évoquent l’Italie, grand pays romantique
  • Léon, qui aimerait se rapprocher de la ville et qui s’ennuie à mourir à Yonville, aimerait un prénom « à la mode » : « M. Léon, disait le pharmacien, avec qui j’en causais l’autre jour, s’étonne que vous vous ne choisissiez point Madeleine, qui est excessivement à la mode maintenant »
  • Homais, simple bourgeois, choisit des prénoms évoquant la grandeur, grandeur à laquelle il aspire, et qu’il se représente par la croix d’honneur :
  • « M. Homais, quant à lui, avait en prédilection tous [les prénoms] qui rappelaient un grand homme, un fait illustre ou une conception généreuse, et c’est dans ce système-là qu’il avait baptisé ses quatre enfants. Ainsi, Napoléon représentait la gloire et Franklin la liberté ; Irma, peut-être, était une concession au romantisme ; mais Athalie, un hommage au plus immortel chef d’oeuvre de la scène française »

 

 

  • Sa 1ère visite chez la nourrice est rapide: élan de « tendresse » mais gêne devant Léon et vomissement . Elle se hâte de partir. On pressent que le lien mère/fille va peiner à se faire.
  • Chap 6 Partie II: élan de Berthe vers sa mè Celle-ci la repousse violemment et la blesse.
  • Chap 10-II: Le père Rouault qui ne la connait pas encore, en parle comme de « son adorée petite fille». Il a planté un prunier pour elle afin de lui fair un jour des compotes/ élan d’affection d’Emma pour sa fille
  • Chap 12-II
  • Chap 6-III: elle porte des bas percés/ Charles s’en occupe
  • Chap 8-III : Emma fait venir Berthe alors qu’elle agonise. Elle veut l’embrasser mais Berthe a peur et se dé
  • – Elle ne réapparait qu’après les obsèques de sa mère, chap 11-III. Elle oublie vite sa mè

 

 

Physique

  • yeux bleus mentionnés Chap 6 -II
  • elle est décrite comme laide par sa mère : « C’est une chose étrange, pensait Emma, comme cette enfant est laide! ». Chap 6-II. L’exclamation accentue le sentiment (fait apparaitre Emma comme une mère dénaturée).
  • si l’on en croit Charles, elle est jolie puisqu’elle ressemble à sa mère toujours décrite comme une belle femme.
  • mal vêtue, reçoit peu de soins: chap 6-III « et la petite Berthe, au grand scandale de Mme Homais, portait des bas percé»/ On retrouve cette idée chap 11-III Charles souffre « à la voir si mal vêtue. »: brodequins sans lacets, manches déchirées
  • elle est gracieuse chap 11-III
  • joues roses
  • chevelure blonde
  • tousse/plaques rouges

 

Caractère/ Portrait moral:

  • rieuse chap 10-II devient triste chap 6-III « grands yeux tristes». Il est à nouveau question de sa gaité chap 1-III une fois Emma morte.
  • – n’étudie pas
  • Chap 11-III Berthe vue à travers le regard de son père «elle était si douce, si gentille»

 

 

Rôle/ place dans l’intrigue:

Puisque Berthe ne naît pas homme, elle est destinée à continuer la lignée des « Madame Bovary », commencée dans le roman par la mère de Charles, puis par sa première femme, et, enfin, terminée par Emma. Lorsqu’Emma envisage le phénomène de reproduction sociale à laquelle la naissance de l’enfant la prédispose, elle s’en désintéresse.

Emma est une mère absente pour Berthe. A la naissance de sa fille, elle la met en nourrice chez la mère Rolet, ce qui est normal à l’époque (les nourrissons des familles bourgeoises sont placés en nourrice, et leur mère ne les récupère que quelques mois plus tard). Mais Berthe est remise en nourrice quelques années plus tard, lorsque sa mère est malade, après la rupture d’avec Rodolphe.

Emma est si désintéressée par Berthe que les autres personnages, particulièrement les personnages masculins, doivent souvent lui rappeler l’existence de sa fille.

  • est parfois l’objet de violences morales et physiques (Emma) chap 6-II.
  • mélange d’amour et de ré (peut aussi s’expliquer par la mort de la mère d’Emma et son enfance au couvent loin du foyer ).
  • « Elle fit revenir à la maison sa petite fille, que son mari, durant sa maladie, avait renvoyée chez la nourrice. Elle voulut lui apprendre à lire ; Berthe avait beau pleurer, elle ne s’irritait plus. C’était un parti pris de résignation, une indulgence universelle. Son langage, à propos de tout, était plein d’expressions idé Elle disait à son enfant :
  •  Ta colique est-elle passée, mon ange ? »
  • personnage très secondaire qui apparait peu ou qui est rarement mentionné.
  • – sert d’exutoire ou de consolation à sa mè Chap 10-II. « Comme je t’aime, ma pauvre enfant! comme je t’aime!» « fit mille questions sur sa santé, comme au retour d’un voyage »…
  • la réaction de la domestique ébahie devant cet élan de tendresse subit renseigne le lecteur sur la rareté de ces moments.
  • à l’inverse chap 12-II Charles est présenté comme un père aimant/ rêve de son avenir/ fait des projets pour elle. Il prend son existence en compte. « il voulait que Berthe fût bien élevée, qu’elle eût des talents »
  • elle est aussi un obstacle entre Rodolphe et Emma: chap 12-II « je ne peux pas m’expatrier, avoir la charge d’une enfant.»
  • Chap 6-III elle reçoit l’affection de son père qui essaie de lui apprendre à Sa mère la délaisse: quand elle l’appelle son père l’invite à demander à la bonne. « ta maman ne veut pas qu’on la dérange.»
  • elle trouve son père mort dans le jardin
  • – finit chez sa grand-mère, puis la tante . Sa pauvreté la contraint à devenir ouvrière dans une filature: déchéance sociale.

 

Fonctions, significations du personnage:

– avant sa naissance elle est le miroir des rêveries et aspirations d’Emma (virilité assimilée à la liberté. Ceci témoigne de la souffrance d’Emma, concernant sa féminité qu’elle voit comme une prison, un carcan. Devant la perspective de la reproduction de ses malheurs, Emma s’évanouit..

  • met en lumière l’absence d’instinct maternel d’
  • l’enfant la renvoie à Charles et à sa situation de femme mal mariée, ce qui peut expliquer son peu d’amour pour elle. « Laisse-moi! répéta la jeune femme tout irritée ». Gradation: « l’écartant avec la main »/ « la repoussant du coude ». Emma prend conscience de son geste puisqu’elle ment à
  • les rêves et les plans que Charles conçoit pour elle chap 12-II contraste avec ce que l’on apprend d’elle en fin de roman. Son évocation permet ainsi de mesurer toute l’ampleur de la faillite/ déchéance de cette famille. « Il la rendrait heureuse; cela durerait toujours ».
  • permet de souligner l’inversion des rôles dans le couple Bovary (il joue avec elle etc, la coiffe)
  • Le désamour d’Emma pour sa fille contraste avec l’amour que portent à Berthe les autres membres de la famille, qui s’illustre régulièrement dans le roman.
  • Le prénom de Berthe évoque donc l’aristocratie, la noblesse, ce monde auquel Emma n’aura eu accès qu’une seule fois dans sa vie, lors du bal de la Vaubyessard. Le choix de ce prénom est évidemment ironique pour Flaubert, puisque le personnage de Berthe est destiné à une vie d’indigente, comme nous l’apprend la dernière page du roman.
  • fille unique du couple Bovary, elle symbolise leur destiné
  • Berthe, une anti-Emma? Malgré son très jeune âge dans l’espace du roman, le lecteur peut toutefois deviner en Berthe une personne radicalement différente d’Emma.
  • Tout d’abord, elle a les yeux bleus : or, les yeux de couleur changeante d’Emma expriment au mieux son mal-être, sa noirceur.
  • Les cheveux blonds de Berthe contrastent également avec les cheveux noirs d’Emma, ainsi que le fait qu’elle soit mal vêtue sans que cela ne lui importe :
  • « [Charles] souffrait (…) à la voir si mal vêtue, avec ses brodequins sans lacet et l’emmanchure de ses blouses déchirée jusqu’aux hanches, car la femme de ménage n’en prenait guère de souci. Mais elle était si douce, si gentille, et sa petite tête se penchait si gracieusement en laissant retomber sur ses joues roses sa bonne chevelure blonde (…) »(p. 439)
  • les femmes de la lignée ne peuvent échapper à ce destin.
  • Juste avant l’envoi du roman à l’éditeur, en 1856, alors que le manuscrit semblait être achevé, Flaubert le reprit même une dernière fois pour modifier la fin, et faire du destin de Berthe Bovary une véritable misère :
  • La petite Berthe, incarnation de l’innocence, est donc châtiée en raison de sa famille – ou de sa classe sociale. Le fait que toutes les femmes présentées comme des personnages principaux soient destinées au malheur pose la question de la conception de la féminité dans le roman : il semblerait que Flaubert mette en avant le manque de liberté, le sentiment d’enfermement des femmes à cette époque ; et le traitement réservé à Berthe en est l’exemple
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