L’écume des jours de Boris Vian (1946) : présentation et contextualisation de l’œuvre
I – Présentation de l’auteur :

Boris Vian1920-1959. Personnage qui semble avoir vécu mille et une vies malgré sa courte existence. Il appartient à une famille aisée et cultivée. Il est ingénieur mais également peintre, écrivain et musicien de jazz (trompette). Il écrivit des chansons dont les plus célèbres sont sans doute Le Déserteur et La java des bombes atomiques (il en écrit également pour Henri Salvador). Il joue avec son frère dans un club de jazz de St Germain des Près, le Tabou. Il publia notamment Vercoquin et le Plancton (1944), J’irai cracher sur vos tombes (1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan), L’équarrissage pour tous (pièce de théâtre en 1947), L’automne à Pékin (1947), Et on tuera tous les affreux (1948), L’herbe rouge en 1950, L’arrache-cœur en 1953. Il écrit également un opéra, des comédies musicales, du rock et invente des objets comme une roue élastique, « un outil-bijou électrique à tout faire ». Multipliant les activités il meurt le 23 juin 1959 à la projection du film tiré de J’irai cracher sur vos tombes ».
Il paraît refuser tout sérieux et se présente comme un maître en fantaisie verbale, doté d’un grand goût de la provocation. Il est membre du Collège de Pataphysique (la pataphysique = la science des solutions imaginaires). Il fait preuve d’un esprit caustique face à la religion, au monde militaire. Dans les caves et les clubs de St Germain des Près il fréquente bien des intellectuels de l’époque dont Sartre, mais aussi des artistes comme Juliette Gréco, Prévert, Gainsbourg. Il publie aussi des articles de critique musicale.
II – Le contexte historico-culturel :
La France connaît alors une forte période de mutations : après les difficultés de l’après-guerre, se développe la société de consommation. Ces changements sont reflétés par la littérature, qui cherche à se renouveler afin de rendre compte des sensibilités de son époque (elle rompt avec le roman du XIX°).Les années 1920-1940 voient, après le dadaïsme, la naissance et la mort du surréalisme (Breton, Aragon, Soupault). Le roman se renouvelle aussi sous la plume de Malraux, Louis-Ferdinand Céline, Sartre et Camus.
Les milieux littéraires après 1945 : Le surréalisme, qui nourrissait l’ambition de changer la vie et le monde, décline. Les surréalistes (tant en littérature que dans les arts plastiques) exprimaient leur révolte contre la société et ses valeurs, ils dénonçaient souvent avec humour l’absurdité des institutions et prônaient la liberté de l’individu face à toutes les aliénations. Il s’agissait de libérer l’imaginaire et l’inconscient, de s’élever contre la tyrannie de la raison (à laquelle on opposait la force révolutionnaire de l’amour fou), de la pensée logique et de l’ordre bourgeois. Après-guerre d’autres idéologies tentent de s’imposer pour transformer le monde autrement.
Les 5 années de guerre ont été considérées comme le signe d’un monde en faillite, d’une civilisation menacée dans ses fondements. Les intellectuels abordent la question de la condition humaine sous l’angle de la notion d’absurdité et s’interrogent sur le sens à donner à l’Histoire. L’homme apparaît jeté dans un monde sans Dieu, sans ordre et on lui propose alors une morale et une action censées le rendre maître de son destin. Aragon a quitté le mouvement surréaliste ; membre du parti communiste il vise à s’illustrer dans la peinture du « Monde réel ». Il écrit des romans de mœurs au service de la révolution et ses convictions trouvent leur terrain d’expression privilégié dans de vastes fresques romanesques (lutte des classes, fin de l’exploitation du prolétariat…). On peut parler à cette époque de roman engagé.
Dans ce contexte émerge une grande figure : Jean-Paul Sartre. Il fonde l’existentialisme, un mouvement littéraire d’origine philosophique. A travers son œuvre (essais, théâtres et romans) il propose une analyse socio-historique de l’époque et invite son lecteur à une morale de la responsabilité. C’est l’homme lui-même, seul dans un monde dénué de sens, qui se crée par ses libres choix lucides, il s’affirme par ses actes concrets. Aux côtés de Sartre, on retrouve sa compagne et écrivain, Simone de Beauvoir, auteur du Deuxième sexe, un ouvrage fondateur dans la lutte pour l’amélioration de la condition féminine. Il convient également de mentionner Albert Camus qui affirme l’absence de sens de toute existence privée des illusions faussement consolatrices. Selon lui, il faut agir au nom de valeurs humaines positives, pour tenter de gagner le bonheur et de vivre en accord avec le monde. Il met en évidence une morale fondée sur l’espoir. Pour Camus, l’écrivain a la mission de se servir de la littérature pour éclairer et agir, pour peser de tout son poids dans les luttes politiques et sociales
Les nouvelles tendances du roman : à partir des années 50 une nouvelle génération de romanciers refuse de cantonner le genre à un rôle moralisateur. Il s’agit pour eux avant tout de raconter des histoires ou de se pencher sur les problèmes de l’écriture et de la narration. On réhabilite l’aventure et le héros. On peut citer à ce titre des auteurs comme Sagan, Déon, Nimier ou encore jacques Laurent.
D’autres se réunissent sous l’étiquette du « nouveau roman » et réfutent les conventions du genre romanesque. Ils refusent l’idée d’une intrigue linéaire réaliste, l’analyse psychologique des personnages et les idées. Les auteurs concernés sont Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Claude Simon, Marguerite Duras. Pour eux, le roman n’est plus « l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture ». On s’intéresse moins à la signification au profit de la pratique et de la réflexion sur l’écriture.
L’OULIPO : il s’agit d’un groupe de recherches de littérature expérimentale initié d’abord par Raymond Queneau puis François le Lyonnais. Ils fondent en 1960 l’OULIPO = ouvroir de littérature potentielle, sous-commission du Collège de Pataphysique. Le groupe réunit des poètes, des écrivains et des mathématiciens qui ont pour objectif de faire sortir le langage de son fonctionnement routinier. Leurs expérimentations remettent à l’honneur la notion de contrainte qui vise à susciter la créativité et à déclencher l’écriture.

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