Synopsis Les mains libres

Première section

Fil et aiguille

Couple liminaire / seuil qui éclaire la lecture du recueil

Dessin :

Au premier plan une aiguille et un fil surdimensionnés. Le fil passe dans le chas de cette aiguille curieusement plantée dans le sol. Motif de la couture.

Le fil dessine une silhouette féminine (mère de Ray ? Certains y ont vu un couple)

En arrière plan un paysage, que l’on distingue donc à travers cette silhouette curieuse. Peut signifier la quête de la surréalité.

L’aiguille ainsi fichée en terre= comme un étendard, un signe d’affranchissement

On peut voir dans ce motif de la couture une métaphore de la collaboration artistique de Ray et Eluard

On peut aussi supposer qu’il s’agit d’une métonymie du recueil (pages cousues)

Texte :

Le titre qui reprend les deux objets hétéroclites du dessin semble souligner la volonté d’illustration. Le lecteur va donc tenter de passer par la raison pour établir des liens logiques entre les deux, mais la suite du texte = perturbante de ce point de vue.

Devenu spectateur il effectue des va et vient entre dessin et texte pour essayer de tisser du sens. Mais la confrontation des 2 ouvre sur un espace énigmatique.

Le sens du texte ne relève pas de l’évidence.

Associations d’idées surprenantes comme « passions sans corps » « étoiles mortes » (presque un oxymore) + images assez métaphoriques comme « endeuillent la vue ».

Pas de rime/ absence de ponctuation sauf point final

Poème construit autour d’une opposition naissance/ mort

On peut comprendre le texte comme l’expression du rejet d’un art qui se voudrait vainement retranscription du réel. De telles œuvres ne peuvent être que des « passions sans corps »/ des illusions. Eoiles mortes = comme un manque d’imagination.

L’expression « sans fin » rappelle le fil infini (sans bout)

Allusion éventuelle aux Parques

« sans corps » = un écho à la silhouette humanoide du dessin.

Les canons esthétiques classiques = bafoués. Ray bouscule les règles des proportions, Eluard rejette les rimes et la ponctuation. La présence d’objets hétéroclites et domestiques dans un paysage naturel bouleverse les certitudes. Pas de retranscription de la réalité mais plutôt dépassement de cette réalité.

Refus de l’ekphrasis traditionnel signifié d’emblée par les écarts de ce couple. Le poème se présente davantage comme une extrapolation, une variation libre.

Le couple semble programmatique d’une œuvre qui repose sur des voies d’expression innovantes, hors normes et qui nécessite donc un mode de lecture nouveau métaphorisé par le fil dans le chas de l’aiguille. Le lecteur va devoir dépasser les cadres et les contours qui « endeuillent la vue », qui dissimule le caché.

Couple qui constitue une mise en abyme de la création de l’œuvre. Il annonce la dimension surréaliste du recueil tant dans ses procédés, ses démarches que dans sa dimension ICONOCLASTE. De fil en aiguille, le lecteur va apprendre à percer les apparences et à suivre librement lui aussi le fil infini de « ces passions sans corps », ce que traduit l’absence de ponctuation.

Les artistes créent en liberté, se libère de toute contrainte, l’illustration même s’affranchit de ses fonctions habituelles. Le texte ne subit pas le joug du dessin.

L’allitération en [S] suggère la glissade du sens et la glissade nécessaire du lecteur

Toile Blanche

Dessin :

S’inspire du genre de la nature morte/ vanité même. Mais il le dénature : les objets semblent flotter, comme s’ils étaient suspendus en l’air.

Assemblage d’objets hétéroclites encore. Le gant rappelle les mains du titre. Ici = comme une main isolée du reste du corps. La position, paume ouverte vers le ciel = peut-être un signe de création, d’ouverture. A l’inverse, l’entonnoir renversé est signe de fermeture.

On retrouve une forme qui peut évoquer une feuille (celle du poète ?) tandis que le morceau d’étoffe, qui dessine presque un masque, est à la fois une métonymie de la création artistique et une métaphore du voile qui dissimule la surréalité, le voile que l’artiste surréaliste doit précisément lever.

Texte :

Le texte est assez sombre. Lexique d’une certaine souffrance : froid, solitude.

Etat létal suggéré par l’allitération en [L]

Il peut s’agir de l’état du poète, ou de l’artiste en général, encore confiné dans la réalité.

Le terme asiles au pluriel renvoie à la thématique de la folie, chère aux surréalistes.

Le verbe méfier peut signifier que l’artiste connaît encore des entraves à sa vraie création. Il a d’une certaine façon encore les mains liées. Il doit parvenir à une certaine folie, un dérèglement des sens pour mener sa quête à bien.

Contraste entre froid / fièvreux

Lien avec le couple liminaire : les passions sans corps = reprises dans l’idée de solitude par exemple.

Lien possible entre « les blés fiévreux »vet le champ du couple liminaire.

Voir aussi lien possible avec le chant d’Asphodèle

La toile renvoie à celle du peintre mais aussi au texte comme « tissu ». L’expression « toile page » rappelle l’angoisse de la page blanche connue par les écrivains.

La toile constitue aussi un écho avec le fil et l’aiguille du couple précédent (motif de la couture). Lien aussi avec la préface « Le papier, nuit blanche »

Pour l’instant l’artiste ne parvient peut-être pas à coudre les motifs de la surréalité. Ses yeux sont encore endeuillés (continuité du motif de la mort dans ce second poème).

Couple qui semble traduire un état négatif, un éventuel désespoir. Vanité du poète confronté à sa quête.

L’évidence

Dessin :

Un visage féminin. Irruption de la femme dans un recueil surréaliste = irruption d’un motif privilégié du mouvement. Femme en partie réduite à son œil (importance du motif du regard : ouverture sur le monde/ communication) et à sa bouche, symbole de charnalité, de sensualité, ce que renchérit la jarretière en bas à droite.

La femme est importante à deux titres : la quête de la sensualité, ce qui relève de l’évidence, et la quête d’une certaine « spiritualité », ou du moins intellectualité. La femme semble capable de réunir les deux, ce qui explique sans doute cet attrait qu’elle exerce sur toutes ces mains tendues vers son visage, dans une sorte de mouvement frénétique. Le mouvement est aussi traduit par tous les traits.

L’importance de cette femme semble métaphorisée par l’étoile qui lui marque le front. La femme semble dans un mouvement, elle ne relève pas de l’étoile morte.

Texte :

Le titre semble immédiatement contredit par un texte qui résiste au sens.

L’évidence du sens = perturbée par l’étrange accumulation de GN sans ponctuation. On a l’impression que tout converge vers cette femme, que tout passe à travers son regard « joignent tes yeux » (ici au sens de rejoindre). Les contraires semblent se rejoindre dans le regard de la femme (homme et bête/ eau/ feu). Le femme permet une certaine union des contraires et donc une unité.

On peut se demander si le jet d’eau n’est pas un clin d’œil au calligramme d’Apollinaire.

La femme semble aussi dotée d’un pouvoir apaisant puisqu’elle dompte les flammes, les bêtes et même l’oiseau impliable.

Elle est par ailleurs comme invincible forte, symbole d’équilibre. Elle résiste, ce que souligne l’anaphore du terme « malgré ». Elle est celle qui résiste.

La femme = évidence car elle est immédiatement perçue, visible, exposée au regard. Elle entraine immédiatement l’assentiment de l’esprit des autres, des hommes

Couple qui est marqué par l’entrée en scène de la femme et sa mise en relief. Les mains et les traits sont comme un rideau de théâtre qui s’ouvre pour placer la femme sous les feux de la rampe. C’est l’héroïne, c’est l’actrice principale de la quête artistique. L’objet (que l’on veut saisir/ dont on parle) et le sujet (elle résiste…). Eloge de la femme que l’on peut supposer être l’Evidence. On peut alors établir un lien entre la silhouette creuse, transparente, comme évidée du couple liminaire et cette femme évidence est comme la pièce manquante du puzzle initial. Elle est le remède évident aux souffrances dont la solitude.

On ne peut que noter la similitude entre la femme et l’aiguille, toutes les deux plantées droites, comme inébranlables. Son œil ou sa bouche = comme le chas de l’aiguille (similitude de forme notamment).

Château abandonné

Dessin :

Rappelle le frontispice : bâtisse, château et silhouette de femme alanguie. La femme a une position similaire mais son bras replié et sa main sont en sens inverse et ne semblent pas reposer sur le bâtiment. Elle semble presque extérieure, exclue. Ce château dégage d’ailleurs une impression de fort isolement (mur d’enceinte, construction très verticale, fenêtres grillagées). Les arbres derrière le château peuvent être une métaphore de la main.

La femme est-elle aussi abandonnée que le château ? Rapprochement avec les Tours d’Eliane (contraste, inversion).

Texte:

Le terme abandonné dans le titre peut suggérer la solitude, le désert. Le mot « mort » confirme l’idée. Ce château est coupé de toute communication : images de « la langue partit » et des « fenêtres » + termes silence et obscurité.

Comment comprendre ce couple ? S’agit-il de l’expression de la solitude et de la souffrance de l’artiste, reclus éventuellement dans sa tour prison ? Faut-il y voir plutôt l’idée d’un passage, d’un rite initiatique, comme si l’artiste devait d’abord se défaire de son château, de ses certitudes et de ses voies d’expression habituelles pour tendre vers autre chose ? Idée d’une situation qui est un abandon artistique et qui ne peut plus durer, qu’il faut dépasser ?

Echos avec le frontispice mais aussi avec le froid, la solitude et la mort de « La toile blanche ».

Le désir

Dessin :

Un buste de femme/ une main masculine.

Féminité accrue avec le motif de la chevelure et la poitrine. Chevelure et poitrine apprivoisés, retenus par le vêtement et la coiffure.

La main semble accaparer la femme, comme soumise. Elle, elle semble impassible, patiente. Pas de réelle sensualité car vêtement bien fermé jusqu’au cou, ou alors sensualité encore enfermée dans les carcans moraux et sociaux. Cherche-t-il à la libérer ?

Le regard de la femme = encore comme vide, pas encore animé par une sensualité conquise. Violence ?0

Texte :

Poème très court, réduit à un tercet qui dit toute l’animalité et la fougue, l’intensité du désir. L’image du fauve évoque une certaine bestialité, tout comme l’expression « bonheur en sang ». Toutefois le bassin de lait atténue la violence première. L’allitération en [S] dit l’urgence de cette sensualité, de ce désir. Il faut vite quitter le navire, le château abandonné.

Couple qui évoque l’un des principes fondamentaux de la création surréaliste : le désir. Le désir comme moteur. Le poète semble vouloir prendre son élan dans cette chevelure féminine.

C’est elle

Dessin:

Dessin comportant un écrit : titre repris dans le dessin en toutes lettres

Un homme = comme désincarné. Sa représentation fait penser à une armure, une statue. On aperçoit comme des rouages, des articulations artificielles. Sa tête penchée suggère la tristesse.

L’intention est féminine ici, c’est elle qui tend et pose la main sur l’homme. Elle est l’impulsion.

Texte:

Poème marqué par l’anaphore du groupe « C’est elle » qui met la femme en lumière, qui souligne son importance.

Elle est l’ORIGINE.

L’anaphore traduit l’idée d’une omniprésence et d’une omnipotence de la femme. Elle semble s’opposer à toute une série de termes ou d’images négatives comme « la maison déserte » (lien avec « Le château abandonné »), « cette rue sombre », « ces sauvages », « ce sein mendiant ».

Cette omniprésence, soulignée par l’anaphore, relève donc de L’évidence (lien avec autre couple). L’allitération en [L] s’oppose à des sonorités plus âpres ou plus douloureuses comme le [S] ou les dentales. Ceci permet un contraste entre la légèreté de la femme et la dureté de la situation de l’artiste. La femme sera peut-être l’occasion d’un envol. Motif de la muse revisité.

On note la présence de termes renvoyant au champ lexical de la nature (gazon, sauvages, neige » tandis que d’autres évoquent la culture (rues, maison, monument). C’est une façon de rappeler que la femme permet un lien entre nature et culture (lien avec le frontispice).

Ce couple souligne encore l’importance de la présence féminine. Il repose sur une inversion de certains codes, dans la mesure où la femme n’est pas objet de désir ici, mais actrice du désir. C’est elle qui impulse le contact, qui va vers l’homme. Ceci bouscule les représentations morales en vigueur. Contrairement aux nus qui montrent des femmes nues, alanguies, la poitrine offerte, ici le « sein mendiant » est masculin. Elle a pour mission de sortir l’artiste « du fond du ravin ».

La glace cassée

Dessin:

rappelle une sorte de labyrinthe, ou le manège du palais des glaces. Effet puzzle ou kaléiodoscope. Réalité éclatée. Dans les morceaux constituant la partie centrale on distingue des « bribes » de corps féminin.

Cet éclatement peut signifier la difficulté d’atteindre la femme, mais on pourrait y voir une représentation de la surréalité comme élément caché qu’il faut reconstruire au delà des apparences de la réalité. Effet de contraste entre l’horizontalité des cases et la verticalité des éléments féminins. A noter que la femme se dénude dans ce dessin.

Le titre semble jouer avec l’expression « briser la glace » : établir ou rétablir une communication, voir au-delà de l’image de la réalité, la surréalité de l’autre côté de la glace/ glace sans tain donc sans tabous et contraintes .

Texte:

Réduit à un tercet.

Lexique de la spatialité / géographie: vent, horizon et ciel. Ce sont 3 éléments liés à la nature mais difficilement palpables.

La mention du vent peut suggérer un certain vacillement des formes et des contours (bribes dans le dessin).

On peut se demander si l’horizon est une métaphore de la femme ici. Le vent pourrait être alors une image du désir.

La main maladroite serait celle de l’artiste, récipiendaire du don du ciel offert par la femme. La maladresse masculine contrasterait ainsi avec la résistance et l’assurance de la femme. On pourrait noter un écho avec le poème « L’évidence » « Toi tu gardes ton équilibre »

Le vent à la barre = une image de liberté.

Verse le ciel dans ta main= image de la muse.

Couple assez énigmatique dans la mesure où le texte semble une métaphorisation du dessin déjà lui-même métaphorique. Le ton du poème semble moins déprimé. Le lexique de la nature et de la navigation (à la barre) semble en effet suggérer un élan et une certaine détermination. Comme si le poète connaissait un nouveau souffle.

Le don

Dessin:

Motif de la femme. Genre du nu ici mais revisité dans la mesure où le dessin brise le tabou du plaisir féminin, en le représentant. Ce sein offert , cette chevelure en cascade, et la tête renversée en arrière suggèrent une forte sensualité. La bouche, les yeux et la posture rendent manifeste le plaisir de cette femme offerte. Cette chevelure déliée et massive rappelle celle du frontispice.

Texte:

Le titre est un écho au vers « Verse le ciel dans ta main maladroite » du couple précédent.

L’anaphore du pronom ELLE = un écho au couple « C’est elle ».

La thématique est sensiblement la même. Il s’agit de souligner l’importance capitale de cette femme. Le poète recourt à des images particulièrement valorisantes comme « le plein soleil » « la chaleur brillante » pour signifier la puissance féminine. Il invente aussi une image inédite comme « noyau figue pensée » pour dire toute la valeur qu’il lui accorde. Le terme noyau la place au coeur de la vie et du système surréaliste, tandis que la figue et la pensée, relient nature et culture, charnalité et intellectualité.

Les prépositions Dans et sous, indiquent qu’il est pénétré de cette femme. On peut y lire l’expression d’une certaine fusion qui tend vers l’amour fou.

L’expression « et son sang fait la roue » peut être comprise comme une image du plaisir (détournement de l’expression « son sang ne fait qu’un tour »), « la nuit d’un feu mûr  » semble aller dans le même sens. La fille noire peut être un signe d’inversion du motif féminin traditionnelle (nouvelle Eve, nouvelle muse).

Dans ce couple, le lien entre dessin et texte semble plus étroit, plus évident. On a simplement l’impression d’une traduction poétique du plaisir manifesté dans le dessin. On peut peut-être aussi relier ce couple au couple « désir » et lire dans leur comparaison une inversion de la situation. Dans le 1er il était question de « Bonheur en sang », mais on avait davantage l’impression qu’il s’agissait du sang masculin.

Objets

Dessin:

Assemblage d’éléments extrêmement hétéroclites. Dimension quasi fantastique.

Homme petit en bas, avec un crayon (à relier au crayon clocher de la fin de la seconde section) à dimension phallique (expression du désir). L’écouteur du téléphone et le fil qui peut signifier la communication. Sorte de silhouette féminine avec une main tendue vers le haut (ciel?). On suppose qu’il s’agit d’une femme mais forme étrange. Elle est comme dans une boite, un tube transparent, qui peut symboliser l’alcôve, tandis que l’étoffe de sa robe peut suggérer des draps. Elle est démesurée par rapport à l’homme, surdimension qui dit sa supériorité, sa puissance, son importance. On note aussi la présence de deux éléments architecturaux qui peuvent rappeler le frontispice: un escalier qui ne mène nulle part (mais qui symbolise le désir sexuel dans les rêves) et la tourelle d’un château (lien avec « Le château abandonné »). La femme n’est plus dans la tour du château comme dans la tradition courtoise. Elle n’est pas cachée mais offerte au regard. Ceci suggère une modernisation de la notion de fol amour qui devient amour fou chez les surréalistes. A cela s’ajoute le ciel, et un paysage montagneux qui rappelle le couple liminaire, d’autant plus que Ray joue encore sur des effets de transparence.

Vient enfin un objet qui ressemble à un avion et qui peut symboliser l’élan, ou encore le « voyage » artistique, sensoriel (7ème ciel), vital que l’artiste aspire à accomplir.

Texte:

Juste un quatrain.

La chambre peut désigner cet étrange tube.

Le vers « J’assemble tous les paysages » évoque la technique du collage: réunir la diversité dans un tout. On peut y voir un écho au poème de « L’Evidence » dans lequel tout sembler converger vers le regard de la femme.

« le bois diamant » est une image valorisante pour la présence de la femme qui devient une pépite.

« Le ciel est un aveu » peut suggérer qu’il s’ouvre de nouveaux horizons par l’intermédiaire de cette muse, intermédiaire entre lui, la réalité et la surréalité. L’aveu pourrait être une métaphore de la surréalité.

Couple qui s’organise autour de la technique du collage. L’optimisme qui semblait gagner le couple précédent se confirme.

La lecture

Dessin:

Un visage de femme se cache derrière un livre ou un magazine. La main qui tient l’objet = mise en relief. On distingue un oeil. Ceci semble renvoyer au domaine de l’intellect.

Texte:

Le titre peut laisser supposer au lecteur qu’il trouvera peut être une clef de lecture dans ce couple. L’expression « La pudeur rêvassait » est une métonymie pour désigner la femme, qui est effectivement dans une situation dont toute sensualité semble absente. Il s’agit ici de souligner que la femme conduit aussi sur cette voie plus cérébrale. « On n’en finit pas d’apprendre ». La situation semble paisible, ce que traduit l’image du « bouquet du ciel sans nuages ». L’antithèse « sans nuages »/ « maisons noires » permet d’indiquer que la femme illumine l’existence de sa présence. L’hommage à la femme, ne se limite donc pas à l’éloge de son corps et du désir physique qu’il suscite. Cette femme est belle aussi « intérieurement ».

Les

antithèses finales « Le ciel ferme la fenêtre » et « Le soleil cache le plafond », qui relèvent de l’impossible, témoignent des pouvoirs « surréels » de la femme. Les certitudes se trouvent bousculer, on tend vers un autre monde. Plus exactement on apprend à lire le sien différemment. Ici forte extrapolation du texte par rapport au dessin.

L’aventure

Dessin:

Sorte de paysage antique avec des ruines : rappelle le genre de la peinture mythologique classique et des ruines.

Une femme qui évoque une cariatide

Donc genre classique détourné puisque la colonne (la cariatide) est détachée du chapiteau que rien ne tient. Ceci peut signifier l’effondrement proche de l’art classique et l’avénement du surréalisme. Marque d’affranchissement des surréalistes.

La femme = un pilier d’un nouveau genre : plus affranchie, libérée de certaines contraintes.

La position de sa main et de son bras suggère qu’elle cherche à scruter l’horizon, à vois plus loin (comme si elle visait à voir la surréalité au-delà des apparences du réel.

Texte:

On peut supposer que le titre « L’Aventure » renvoie à l’expérience créatrice surréaliste (voyage artistique dans la surréalité + affranchissement par rapport aux règles).

Peut suggérer une épopée (épopée surréaliste).

Peut aussi suggérer la rencontre et l’histoire avec la femme (dessins érotiques sur le chapiteau).

– Anaphore de « c’est l’instant » fait de ce couple un moment important)

– « se rompent les digues » : idée d’une rupture, d’un affranchissement. Rupture avec l’espace-temps pour accéder à la surréalité.

– « aurore » :image positive, naissance du jour, lumière/ connue suite à une sorte de mort symbolique suivie d’une renaissance grâce à l’expérience surréaliste. Par la femme et l’amour, l’artiste renaît au monde.

Importance de la nature.

« visage sans raison » : rappelle le désir surréaliste d’une parole poétique affranchie du carcan de la raison.

Les mains = valorisées car vecteurs de l’expérience.

« Connais ce qui n’est pas à ton image » renvoie au surréel/

Les derniers vers invitent aux passions et aux instincts aux dépens de la raison.

Motif de l’œil et de la lumière : nouveau regard porté sur le monde. Illumination.

Bilan : couple majeur dans la compréhension de l’œuvre puisqu’il évoque assez clairement l’aventure surréaliste et son puissant désir d’affranchissement des canons esthétiques, de la vie quotidienne, de la réalité et de la raison.

L’Angoisse et l’inquiétude

Dessin:

Rassemble des éléments hétéroclites :

Au 1er plan : une plante en pot : plante domestiquée, pas naturelle

2 mains : une masculine et une féminine. Bracelets. Signe de l’union homme/ femme (idem pour les bracelets).

Mais ils peuvent aussi faire penser à des menottes dont on va se détacher.

Plante = symbole de fertilité comme sera fertile l’union homme/femme.

Texte:

Distique particulier car composé exclusivement de 8 verbes à l’infinitf.

« Détruire » = répété 2 fois :

Purifier : trouver la langue pure, langage « originel », une sorte d’essence du langage (on peut voir une sorte de gradation entre « purifier, raréfier et stériliser »)

« Semer, multiplier, alimenter » : autre sorte de gradation.

Bilan : couple qui reprend la thématique de l’union à travers la synecdoque des mains masculine et féminine ici réunies.

Le dessin = aussi une variation du titre (mains libres car reliées à rien)

Narcisse : le titre renvoie au mythe de Narcisse (d’après Ovide)

Narcisse est l’enfant que Liriope a eu avec le fleuve Céphise. Il est doté d’une beauté rare, digne d’être aimé des nymphes. A sa naissance, Liriope va consulter le devin Tirésias qui lui prédit que Narcisse vivra vieux s’il ne voit jamais sa beauté.

La beauté exceptionnelle de Narcisse fait naître le désir. Nombreux jeunes gens en sont épris. Mais derrière cette beauté tendre se cache une indifférence si dure que ni jeunes hommes ni jeunes filles ne peuvent s’approcher.

La nymphe Echo, démunie de parole, répète la fin des phrases qu’elle entend ; elle éprouve une muette adoration pour Narcisse, le suit partout espérant un signe d’amour, d’affection, mais il la rejette avec mépris. Triste, pleine de honte, elle se cache au fond d’un bois et se laisse dépérir : son corps devient pierre, ne laissant d’elle que sa voix intacte. Pleine d’amour et de ressentiment, Echo continue inlassablement à renvoyer la fin des phrases de Narcisse jusqu’à la mort de ce dernier.

Une des victimes du dédain et de l’indifférence de Narcisse se plaint à la déesse de la vengeance. Le verdict est prononcé. Au cours d’une chasse, la déesse pousse le jeune homme à se désaltérer au bord d’un étang situé dans un magnifique endroit. Narcisse s’éprend alors d’amour pour le reflet de son visage que lui renvoie l’eau, pour cette image qu’il ne peut atteindre et dont il est incapable de se détacher. Plus il se regarde, plus folle est sa passion, il soupire, il pleure, il se frappe devant son reflet. Narcisse oublie de boire et de manger. Prenant racine au bord de l’étang, il se transforme peu à peu en la fleur qui porte son nom et qui, depuis, se reflète dans l’eau à la belle saison, pour dépérir à l’été.

Dessin:

Un corps de femme sans tête, elle la tient à la main, mais cette tête évoque surtout un masque.

La femme est nue. Cette nudité associée au masque que l’on retire peut signifier un retour aux origines ou à un statut plus naturel, dénué de toute hypocrisie.

On peut voir dans le dessin un détournement du mythe puisque Narcisse est ici une femme. Dans l’une des légendes concernant Narcisse, son image rappelait au jeune homme celui de sa sœur jumelle morte prématurément. On pourrait y voir une allusion au fait qu’il s’agit avec la femme de retrouver sa moitié pour reconstituer l’être initial.

Texte:

Très court. Composé de trimètres (= comme un alexandrin réparti sur 3 vers).

La poix = une matière noire et collante. Terme entouré de connotations négatives. Constitué de résines et de goudron, elle est obtenue par distillation. On peut peut-être la rapprocher de certains des verbes à l’infinitif du poème précédent. Ce masque dont il faut se débarrasser = celui des faux semblants, de l’hypocrisie. Il faut l’ôter pour devenir véritablement soi-même, ce qu’exprime le vers 2. L’artiste = perdu dans ce monde, il doit se retrouver, se rassembler.

Dans ce couple le lien entre le dessin et le texte relève plus de l’évidence. On est davantage dans un rapport d’illustration directe.

Les tours du silence

Dessin:

Motifs architecturaux : château plus ou moins abandonné. Lien avec « Le Château abandonné » p 18. Le CDN « du silence » = un écho avec le vers « La langue partit la première » p 18.

Présence de la nature avec les arbres.

Projection d’ombres sur les murs (ombres chinoises ?). On distingue des ombres féminines , mais doute sur le sexe de la grande ombre verticale à gauche. Ces ombres font penser aux peintures illustrant certaines vases antiques. Ces ombres ont une dimension vaguement inquiétante qui atténue le caractère sécurisant des puissantes muraille.

Texte:

On note l’anaphore du pronom « ils » assez énigmatique, faute d’un antécédent clairement identifié. S’agit-il des habitants ???

Des expressions comme « battent les pierres » ou « Ils ne sont ni jour nu nuit » confirment la dimension inquiétante.

Ce ILS peut désigner les artistes surréalistes d’abord plongés dans l’obscurité de la réalité avant d’accéder à la lumière et d’atteindre la surréalité. Il peut aussi désigner les hommes en général

Dans l’immédiat ils sont privés de leur être véritable et de langage.

Allitération en dentales qui traduit la difficulté de cette quête (prend des allures de lutte).

Bilan : ici écho manifeste au couple « Le château abandonné » p 18

J : Titre réduit à une seule lettre, parfaitement énigmatique.

Dessin:

Evoque la vie moderne quotidienne avec le réveil. Sur le réveil figure une date (3 septembre 36) et l’heure. Mise en abyme de la situation de création.

Au 1er plan : une femme en tenue légère. Sa poitrine s’échappe symboliquement du vêtement, comme si cela signifiait qu’elle aspire à un ailleurs, à autre chose.

Sa tête penchée et son regard dirigé vers le spectateur semblent le prendre à témoin de son ennui. Mais l’ensemble de cette femme évoque aussi une certaine sensualité, comme s’il s’agissait pour elle d’inviter l’homme à la rejoindre pour lutter contre cet ennui.

Texte:

Composé d’un distique organisé autour de l’oxymore « métaux indolents ». Les métaux évoquent la dureté, l’indolence plutôt la mollesse.

Champ lexical du travail avec forge, travail et métaux (travail manuel).

Curieuse association de mots : généralement on forge les métaux et non le travail.

Indolents peut être associé à une éventuelle sensualité.

Certains exégètes ont vu là l’évocation d’une prostituée ( ???).

On peut aussi voir dans cette évocation l’idée d’une femme qui reste debout, résiste et prend son destin en main.

Association assez énigmatique

Les mains libres : Poème éponyme, ce qui crée certaines attentes chez le lecteur (il peut espérer y trouver des clés de lecture).

Dessin:

Très abstrait. Evoque une pelote de fil déroulé mais aussi un labyrinthe. Ces traits sont en liberté et ne cherchent pas à figurer, à représenter le réel/ = comme si les mains les avaient librement, sans aucun contrôle de la raison par exemple.

On constate cependant la présence de pointillés autour de certains , pointillés qui peuvent figurer une silhouette . On peut rapprocher cela du dessin de « Fil et aiguille ».

Texte:

Le titre peut avoir une dimension humoristique : reprend le titre du recueil, mais place le lecteur sur une fausse piste. Plus exactement il se joue du lecteur auquel il ne fournit pas d’éclaircissement sur la teneur ou la lecture du recueil.

Le texte continue à jouer avec le lecteur en s’organisant autour d’images fort surprenantes, antithétiques : ex averse / feu de paille ou encore la chaleur va l’étouffer (la châleur ne peut qu’attiser le feu et non l’éteindre).

Ce couple qui s’annonce comme un éclaircissement potentiel ne propose finalement qu’un faux espoir qui s’évanouit comme un feu de paille et qui plonge le lecteur dans la perplexité.

L’arbre rose

Dessin:

Variation au tour du motif du jardin d’Eden

Mais détournement de ce mythe biblique car l’arbre de la connaissance = remplacé par cet arbre-rose (mot valise pour désigner un arbre imaginaire), sans pomme (donc sans danger ???).

Sorte de rose géante . Symbolique de cette fleur : amour, bonheur (rose).

2 personnages : un homme et une femme nus. Etres qui ont retrouvé leur dimension originelle. Installés confortablement dans un paysage naturel à l’horizon vaste, ils sont sereins et débarrassés des carcans vestimentaires, sociaux etc…L’homme tient une sorte de lance dans laquelle on peut voir un symbole phallique.

Présence d’eau, de barques (sorte de jonques).

Cette lance, tout comme l’épine peut signifier aussi la parade à une menace.

Texte:

Titre = néologisme et mot valise (typiquement surréaliste)..

Des expressions comme « la terre enfle » « le ciel déborde » ou encore la comparaison « comme un ventre » entretiennent l’idée d’une fertilité.

Cette fertilité est donnée à entendre par l’allitération en [F]

Forte présence des éléments naturels : terre, ciel, champs, herbe, rosée brûle, fleurir. Les 4 éléments : eau, terre, air et feu = représentés.

La comparaison « comme un ventre » permet une évocation discrète de la fertilité féminine, fertilité qui peut être comprise au sens figuré (fertilité de la femme muse qui permet à l’artiste d’enfanter ses créations).

Ce couple qui s’annonce comme un éclaircissement potentiel ne propose finalement qu’un faux espoir qui s’évanouit comme un feu de paille et qui plonge le lecteur dans la perplexité.

Les sens jeu de mots possibles (les sens/ l’essence = jeu sur homonymie). Le titre renvoie à la sensualité et au monde du concret. Mais jeu possibles aussi sur le champ sémantique du terme (les sens = significations ????)

Dessin:

. au premier plan un visage de femme et une main. Tête renversée, bouche légèrement entrouverte et main crispée suggèrent le plaisir, l’extase. Elle est comme abandonnée à sa jouissance.

Au second plan un objet difficile à identifier (un plomb ??? une urne ? ). On distingue une silhouette humaine sur la paroi

Texte:

Poème marqué par un certain érotisme (annoncé par le titre). Il se focalise essentiellement sur le visage et ce qu’il exprime : extase/ jouissance.

Le « front pur » semble dégager l’érotisme et le plaisir féminin (assez tabou) de toute idée de tâche morale.

L’expression « Tu t’abats comme une hâche » peut traduire la fulgurance du désir et du plaisir. Le vers suivant « A faire se lever le plomb » signifie la puissance de la sensualité et de la sexualité (puissance créatrice notamment pour les surréalistes). Le second quintil décrit la métamorphose du visage sous l’effet de cette extase. Le rubis et la turquoise qui sont des pierres précieuses ou semi-précieuses = des métaphore de la bouche et de l’œil.

« ton corps peut venir »+ « Battant comme un cœur » évoque l’orgasme.

Les allitérations en dentales traduisent la fulgurance/ celles en s/z la sensualité.

Ce couple = provocation pour la morale bourgeoise. Le dessin et le poème signifient la même chose, sont parfaitement complémentaires. Echo avec Le Désir.

Solitaire

Dessin:

Deux mains, isolées du corps, émergent de manchettes de dentelle, les longs doigts effilés jouant avec un fil : le graphisme est épuré. Ce dessin de mains féminines trouve un effet de symétrie et d’écho dans la deuxième partie, un autre dessin aux mains vides, masculines, tissant cette fois-ci une toile d’araignée… « L’Attente ».

Les mains ainsi dressées à la verticale = un motif récurrent dans les dessins de Ray et son œuvre en général.

Les mains sont vides mais exercent une activité avec le fil qui évoque le « jeu des ficelles », jeu particulièrement créatif où l’on tresse des ficelles très fines pour créer des formes multiples, de leurs doigts minces, ces mains jouent avec un fil. Ces mains = créatrices.

Texte:

Le titre évoque le jeu que l’on pratique seul, mais le poème occulte la dimension ludique et la transpose dans le domaine sentimental. Il s’intéresse à la solitude de l’homme.

On peut voir dans le poème une réécriture du motif du fou d’amour confronté à sa solitude lorsque la femme est absente ou qu’il n’est aimé en retour. Le conditionnel initial émet une hypothèse qui se semble finalement pas tolérable.

Lexique de la solitude : seul/ sans toi.

C’est l’homme qui est solitaire alors que dans le dessin ce sont les mains féminines qui sont occupées par le jeu.

Le texte prend la forme d’un dialogue fictif avec la femme (très courant dans la poésie lyrique amoureuse).

Construction en chiasme des deux strophes.

Ce poème vient aussi contredire Narcisse : il ne s’agit pas de vivre pour soi : « Etre en dépit de soi » suppose un certain effacement de soi face à la femme.

L’absence féminine = assimilée au froid et à l’obscurité. Image du bloc de cristal, de la nuit. Echo au poème de Toile blanche.

Distorsion apparente entre le dessin et le texte, comme si le jeu expliquait l’absence.

Burlesque : le titre renvoie à un registre (il s’agit de parler bassement d’un sujet noble)

Dessin:

Une femme au buste dénudé et à la face cachée par une longue chevelure (motif érotique)

Jupe longue qui peut évoquer le monde de la danse, mais aussi l’étoffe, la toile blanche. Pour certains il s’agit d’un bloc de glace et non d’une étoffe.

On aperçoit un bout de la bouche , ce qui est aussi un motif de sensualité.

Au second plan figure une main et son ombre. Cette main = disproportionnée. Elle semble masculine. Cette disproportion se contente-t-elle de mettre cette main en valeur ou peut-on établir un écho avec Pouvoir ?

Cette main tient une sorte de bille, semblable à une pierre précieuse, emblématique peut-être d’un vol (élément dérobé à la femme) dans le cas d’un rapprochement avec Pouvoir.

Mais si l’on se contente de la première hypothèse, cette bille/ perle pourrait être emblématique de la valeur de la femme (dimension métaphorique).

Echo avec le vers « Entends le rubis éclore » du texte de Les Sens ???

Texte:

Poème très court : distique. L’image de la « Fille de glace », qui se voit ici apostropher peut faire écho au « bloc de cristal » du poème précédent Solitaire.

On peut la comprendre comme une variation du motif de la belle indifférente.

L’impératif exprime comme une prière vaine ici puisqu’il semble difficile d’attendre quoi que ce soit d’une femme qui reste de glace (d’où la situation burlesque)

L’allitération en [F] donne cette prière à entendre.

Motif du don

La quête de l’homme = la confiance en lui : la femme semble nécessaire au salut de l’homme sur terre.

Couple qui accorde une place de choix à la femme. Le titre semble prendre son sens dans la distorsion qui existe entre le texte et le dessin.

La femme et son poisson : le titre, par sa dimension burlesque, rappelle le couple précédent.

Dessin:

Une femme dénudée de ¾ offre sa poitrine et son pubis au regard du lecteur. Son visage est tourné du côté opposé. On peut rapprocher cette femme de plusieurs autres dessins (sorte d’aile qui rappelle Nu par exemple/ lascivité proche de celle de Le Don, mais position allongée plus proche de Couture).

Cette femme est curieusement juxtaposée à un poisson de taille identique à la sienne, et non à un homme. Ce poisson figure-t-il un homme ???

Constitue-t-il une métonymie de l’aventure (image du voyage maritime une fois les digues rompues) ???

Dessin qui cherche à surprendre par une association d’éléments surprenante. Heurte la logique dans la mesure où le poisson appartient au milieu aqueux contrairement à l’humain.

Texte:

Le titre semble servir de paradigme au reste du poème composé de 4 membres : 4 groupes constitués chacun d’une paire. 4 associations de réalités tout aussi surprenantes comme « La vierge et son grillon » ou « la voix et sa couronne ».

Peut rappeler les jeux surréalistes du cadavre exquis ou de l’association d’idées.

Le carcan de la raison a comme volé en éclats.

Couple qui illustre certains jeux surréalistes et la quête d’une création affranchie de la raison.

Main et fruits: titre qui fait référence au genre de la nature morte

Dessin:

A priori rappelle la nature morte : une coupe de fruits et une main. Mais la position des doigts = peu réaliste. Cette main semble aussi curieusement caresser les fruits . Léger détournement du genre.

Texte:

L’un des poèmes les plus longs du recueil. La première strophe évoque les sensations inspirées par les fruits durant l’enfance. On note la présence d’image poétiques typiquement surréalistes comme « Lime varech âpres délices » qui rapprochent des réalités éloignées et qui incluent même un oxymore.

Les questions introduites par « où » semblent traduire une certaine nostalgie que traduit l’allitération en [S].

Dans la seconde strophe, l’évocation et les souvenirs sortent du cadre de dessin et de la coupe pour évoquer la nature. Nature associée ici à la douceur.

« Azure le sein du cassis » : autre image typiquement surréaliste.

Le tercet est davantage consacré à une certaine désillusion, du moins une amertume.

Le poème s’achève sur des antithèses : « Sortir fier d’un palais penaud »/ « manger l’immangeable ».

Comment comprendre cet ensemble ? S’agit-il de percer les apparences, la coque de la noix, pour retrouver un monde plus proche de l’enfance (sans exercice de la raison et sans carcans) et atteindre une surréalité ????

Couple qui illustre certains jeux surréalistes (associations d’idées, collages) et la quête d’une création affranchie de la raison, une vision plus pure…

Le mannequin : motif de la couture

Dessin:

Rappelle l’objet permettant aux couturières de réaliser et de mettre en forme leurs patrons, mais ici fusion avec l’image d’une jeune femme élégante. Cela peut évoquer la femme muse, celle qui va donner forme aux créations des artistes.

Bras et mains curieusement placés devant le buste, comme si elle tenait un objet invisible. Visage tourné en partie sur le côté.

Peut évoquer le mannequin (de mode).

Texte:

Hymne à la femme : « guirlande tendue » « petit pont de perfection ».

Lexique et images valorisantes. Femme présentée comme le lien et le liant, « suppression des distances ».

Evocation de souvenirs liés à l’enfance (mères couturières) mais aussi image liée au domaine affectif (ici mannequin comme femme belle).

Couple qui met la femme à l’honneur (femme comme lien essentiel).

Les yeux stériles : titre qui fait écho à l’idée de la vue endeuillée du couple liminaire

Dessin:

Une femme nue allongée (rappelle les nus du XIX°). Position offerte. Détournement du genre car sa main est posée sur son ventre sans cacher le pubis+ visage qui suggère le plaisir (bouche très légèrement entrouverte + yeux fermés et tête un peu renversée).

A côté des lunettes et leur reflet (est-ce une façon de signifier la vue endeuillée, la surréalité qu’il faut s’efforcer de voir au delà du réel ???)

Texte:

Quatrain valorisant la femme.

Le terme bourgeon l’associe à la naissance/ renaissance, à l’espoir (idée d’un épanouissement).

Sorte de progression : bourgeon / flamme (du désir) / amoureux enlacés (promesse de plaisir).

Les yeux stériles s’arrêtent à la surface de cette nudité, mais celui sait voir au-delà peut imaginer toutes ses virtualités.

Couple qui rend hommage à la femme (associée à de nombreuses promesses et qu’il faut regarder autrement).

Le tournant : jeu sur les différentes acceptions du terme : le virage de la route/ mais aussi le virage au sens figuré, celui que les surréalistes font prendre à l’art et à la morale.

Dessin:

Un paysage de montagne avec une route de corniche en montagne. Une main disproportionnée s’agrippe à la paroi (forme rappelant vaguement la silhouette du couple liminaire ???). Impression de danger mais aussi expression d’une certaine volonté.

Texte:

Poème très court, distique qui exprime une forte volonté d’affranchissement, un désir d’affranchissement.

Eluard lit le dessin de Ray comme une allégorie de la rupture que les surréalistes orchestrent avec les carcans moraux, sociaux et artistiques.

Couple emblématique de la dimension iconoclaste et révolutionnaire du mouvement.

Nu :

Dessin:

Encore une fois, Ray détourne un genre pictural canonique en nous offrant un nu très particulier dans la mesure où les attributs sexuels sont occultés. Le pubis, imberbe, se limite à un simple trait tandis que des ailes remplacent ou cachent la poitrine. Seule la chevelure peut permettre de supposer qu’il s’agit d’une femme. Son visage et son bras tendent vers le haut. Ceci , tend à suggérer un désir d’élévation ou d’envol que confirme la présence des ailes. La femme = celle qui va permettre l’envol de l’artiste.

Texte:

Le texte, qui s’adresse toujours à TU comme dans un dialogue fictif relève de la mise en garde ou de la menace.

Le poète semble s’adresser à un individu conservateur, représentant la morale bourgeoise et bien pensante, les carcans auxquels les surréalistes aspirent à échapper.

« On s’apprête à briser ta statue ridicule ».

Ce texte à des allures de manifeste.

On peut le rapprocher du dessin de l’Aventure ou de La couture

Couple emblématique de la dimension iconoclaste et révolutionnaire du mouvement. Valeur de manifeste.

La mort inutile : couple violent et angoissant que l’on peut rapprocher de Pouvoir

Dessin:

Une femme nue se tient au sol. Son horizontalité s’oppose à la verticalité qu’elle adopte souvent (ex Liberté). Cela semble signifier une certaine soumission et une certaine violence. L’une de ses mains soutient son visage légèrement renversé vers l’arrière. Elle s’appuie sur l’autre. On note en bas à droite la présence de deux objets : une lettre et ce qui ressemble à un coupe papier.

Il semblerait que ce dessin soit une variation sur le thème du suicide.

Texte:

Eluard voit dans cette femme la représentation d’une gisante, d’une victime en pleine souffrance.

L’expression « Mauvaise » à laquelle il recourt en apostrophe réfère à la belle indifférente ou à celle que l’on rejette (peut-être lettre de rupture) à moins que cette femme soit une allégorie de la mort

????

Couple énigmatique

Pouvoir : couple violent et angoissant que l’on peut rapprocher de La Peur et du sadisme

Dessin:

Une main masculine et conquérante se referme autour d’un corps de femme. Ray encore une fois joue avec les règles de proportions. La main démesurée exerce un pouvoir contraignant sur cette femme, réduite à l’état d’objet que l’on prend et que l’on maîtrise. L’un des doigts est directement posé sur le pubis de sa proie.

La bouche de cette dernière et le mouvement de ses bras suggèrent douleur et angoisse.

Texte:

Ce poème propose une description précise du destin : vocabulaire de la capture, de la contrainte et de la violence

Ex « il la réduit à l’impuissance »/ « l’empoigne » « la ceinturant »

« la main dominante » « sa proie ».

On peut lire l’évocation d’un certain sadisme.

Ici le motif de la main n’est pas valorisé.

Le couple peut être simplement une allégorie du désir, d’un désir particulièrement puissant et fort d’où disparaitrait la simple brutalité (« sans plus bouger que sa proie ». La main serait alors la main créatrice capable de signifier la force de ce désir. On peut alors noter un glissement de sens entre les deux quatrains, un peu comme si le Premier était juste la description poétique d’un fantasme et le second une mise en valeur de l’acte de formuler et d’écrire ce fantasme afin de relier d’une certaine façon le rave à la réalité.

Couple harmonieux en ce que le texte semble réellement une illustration/ description du dessin

Belle main : le titre relie la main à la beauté et non plus à la liberté.

Dessin:

Une femme nue et paisible s’étire langoureusement.

Dessin onirique dans la mesure ou son bras semble se confondre avec une main géante.

Les traits autour peuvent figurer d’autres mains stylisées ou comme des entraves dont on se libère.

On pourrait voir là une image d’éclosion, comme une femme qui sortirait de sa chrysalide.

Texte:

Poème relativement plus long que les autres.

Anaphore du Gn « Ce sleil » qui constitue une image positive, associée à la lumière et à la chaleur. Pourtant certains termes semblent plus négatifs comme « gémit » « intolérable »

Evocation de la nature liée semble-t-il à un souvenir (amour de jeunesse ?).

Répétition du terme « main » : « de ma main de tes mains » qui semble évoquer un amour impossible ou stérile.

L’expression « il me masque l’azur » rappelle la vue endeuillée du poème liminaire.

Le poète doit donc inventer « cet azur » « passionnément / Avec des mots » : il s’agit bien de trouver une langue capable de dire ce que l’on ne voit pas, ce qui reste prisonnier du « tombeau »…

Nécessité de s’émanciper et d’inventer, de créer.

Couple onirique qui constitue un hymne à la création

Liberté :

Dessin:

Dessin qui rappelle le tableau de Delacroix « La liberté guidant le peuple ».

La femme porte un étendard et évoque la Marianne mais Marianne détournée ici de sa représentation traditionnelle. Marianne qui constitue une provocation en raison de sa nudité affichée. Elle semble s’envoler (pieds décollés du sol).

= une allégorie de la liberté triomphante, qui s’affranchit des carcans moraux et sociaux (figurés par la demeure miniature).

Texte:

Le texte s’affranchit des règles aussi puisqu’il est constitué de phrases nominales.

Vertige/ tranquilles pieds nus : association des contraires pour suggérer l’envol et la conquête.

Liberté = présentée comme un idéal simple et sublime, merveilleux.

Liberté = envol également traduit par l’allitération en [L]

ô incantatoire qui fait du texte un hommage, un hymne à cette liberté et indirectement à la femme, vecteur de cette liberté.

Le printemps symbolise le renouveau, la naissance d’une nouvelle ère.

Couple qui clôt symboliquement la première section sur un hymne à la liberté triomphante des carcans. La quête surréaliste semble en bonne voie.

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