Ruy Blas : Résumé de l’acte III :
Placé sous le signe de Ruy Blas, l’acte III montre le héros doublement comblé puisqu’à son ascension politique répond l’amour partagé de la reine. Les conversations des Grands d’Espagne, à la scène 1, permettent au spectateur de combler l’ellipse temporelle ménagée par le dramaturge. En l’espace de six mois, le valet a connu une réussite fulgurante symbolisée par le port de la toison d’or : « Il a la toison d’or. Le voilà secrétaire/ Universel, ministre et puis duc d’Olmedo ». Cette réussite se trouve facilitée par la reine, mais aussi par le roi qui « abdique, enfermé dans son Escurial ». Cette ascension n’est pas sans susciter la haine et la jalousie de ces grands d’Espagne, d’autant que Ruy Blas, soucieux des intérêts du pays et du peuple, leur reproche de ne songer qu’à leur profit et d’émietter la nation et ses richesses. C’est avec beaucoup d’emphase et d’autorité qu’il s’adresse à eux à la scène 2, dans une très longue tirade tout autant lyrique que politique, à la fin de laquelle il les congédie vertement. Dissimulée derrière une tapisserie où elle se repaît de ses paroles, la reine est séduite par cette envolée lyrique. Elle sort alors de l’ombre pour lui avouer son amour alors qu’il l’évite depuis six mois. Elle lui signifie combien elle voit en lui un véritable roi. Cet aveu comble Ruy Blas qui clame son bonheur lors du monologue exalté de la scène 4, mais cette plénitude est de courte durée puisque très vite, Salluste, d’abord tapi dans l’ombre, surgit déguisé en laquais pour jouer le prochain acte de sa machination diabolique. Son ton moquer, sarcastique et méprisant rappelle cruellement Ruy Blas à sa véritable condition : un domestique, mais aussi le complice d’un être démoniaque ainsi que le suggère le vers « Vous n’êtes que le gant, et moi je suis la main. »
Portrait de Ruy Blas :
La scène 3 de l’acte I permet de comprendre l’histoire de Ruy Blas, né dans le peuple mais qui avait pourtant tout pour réussir. Orphelin il a pu cependant bénéficié d’un enseignement dans un collège, ce qui lui permit de nourrir quelques ambitions. Il mena d’abord une vie de bohême, libre mais pauvre, durant laquelle il rencontra César de Bazan alias Zafari. Poète à ses heures, il espérait vainement jouer un rôle dans le monde. La vie s’est donc chargée de modérer ses ardeurs puisque nous le retrouvons laquais au service de don Salluste, marquis de Finlas, une condition qu’il exècre. Ce personnage se caractérise donc par sa dualité, ce que traduit son nom puisque le prénom Ruy est aristocratique, tandis que Blas est un patronyme typiquement roturier. Cette dualité est traduite par de nombreux vers organisés autour d’antithèses. C’est donc un individu clivé, ce qui fait de lui un héros romantique parfait, c’est un être « seul », qui se sent « haï de tous », un être déchiré entre ses idéaux et son statut social. Son amour pour la reine ne peut donc qu’amplifier cette douleur. Le personnage s’illustre en outre par son sentimentalisme, traduit notamment par le lyrisme et l’abondant recours au champ lexical des sentiments et tout particulièrement de l’amour. Il se présente comme un amoureux transi à l’attitude très chevaleresque (capable de franchir des grilles dangereuses, de parcourir des kilomètres au quotidien pour cueillir des fleurs pour sa dame).
Si Salluste le perd, il convient de noter qu’il est aidé en cela par les propres faiblesses de Ruy Blas, notamment son orgueil qui confine parfois à la démesure (hubris de la tragédie). C’est aussi un personnage à l’énergie parfois contrarié par le poids du passé ou par ses contradictions. Il permet ainsi au dramaturge de mêler grotesque et sublime dans la peinture de son individualité. Pour Victor Hugo, il incarne le peuple qui aspire à gagner un jour le pouvoir.

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