Ruy Blas : résumé de l’acte I :
S’ouvrant sur le salon de Danaé dans le palais du roi, l’acte I se concentre sur le personnage de Salluste, disgracié par la reine pour une aventure avec l’une de ses suivantes. Cet être retors et machiavélique, guidé par son orgueil et son ressentiment, aspire donc à se venger de la souveraine et convoque, pour ce faire, César de Bazan, comte de Garofa, son cousin, un marginal et un brigand. Ce dernier, homme d’esprit, fier de ses frasques, amusé et amusant, se retranche cependant derrière son honneur pour refuser cette mission, malgré la forte récompense promise. Ruy Blas, laquais de Salluste survient alors et reconnaît en César son ancien compagnon d’errance et de jeunesse. Salluste, qui observe en catimini cette scène de retrouvailles émouvante, profite des confidences ainsi volées pour modifier sa machination. Profitant de l’amour de Ruy Blas pour la reine, il l’entraîne à son insu dans un plan vengeur. C’est un pacte diabolique, en effet, que le laquais contracte inconsciemment lorsqu’il appose une signature au bas des deux lettres que lui dicte son maître. En véritable metteur en scène, Salluste accorde à Ruy Blas le titre et le statut de César dont il s’est assuré la disparition. Le revêtant d’une écharpe, d’un manteau et d’une épée, symboles d’une noble condition, il le propulse ainsi sur le devant de la scène publique et politique.
Le personnage de Salluste :
Salluste est un noble récemment disgracié par la reine. C’est un homme riche qui possédait, jusqu’au renvoi de la reine, de nombreux pouvoirs puisqu’il exerçait en quelque sorte la fonction de ministre de l’intérieur. Mais le pouvoir ne l’intéresse que lorsqu’il lui permet d’assurer son propre intérêt ou celui des gens de sa caste ; il n’éprouve que mépris pour le peuple. La perte de ses prérogatives le conduit au désir de se venger de la souveraine : il aspire en effet à rester au pouvoir et à devenir de plus en plus riche. Dans la pièce il correspond à un type humain : l’homme de pouvoir machiavélique. Son rang est signalé par son costume qui reflète sa richesse : « un riche manteau de velours clair, brodé d’or et doublé de satin noir », tandis que la mention de la « Toison d’or » symbolise son pouvoir, son appartenance à la sphère politique. Il en va de même pour l’épée. Mais l’insistance sur la couleur noire annonce l’âme sombre du personnage. Tant par son costume que par son allure il rappelle le traitre du mélodrame : il est fourbe, malhonnête, manipulateur, sans scrupule et prêt à tout pour parvenir à ses fins, fusse au péril de la vie des autres. Comme le précise la préface de Hugo, il sera « l’égoïsme absolu, le souci sans repos ». Hugo recourt à plusieurs reprises à l’aparté pour que ce personnage s’exprime, ce qui témoigne de son sens du secret et du complot. C’est aussi celui que l’on n’entend pas arriver, qui écoute aux portes et qui surgit quand on ne l’attend pas. Plusieurs didascalies évoquent cet aspect du personnage : « avec un sourire glacé » (III-5), il agit « froidement » (III-5 et V-3). C’est également un être autoritaire qui ne supporte pas qu’on lui résiste : ainsi il fait arrêter César à peine sorti de chez lui et ordonne qu’on le vende à des corsaires en Afrique. De même il le livre aux alguazils à la fin de l’acte IV. Toute sa manière d’être est empreinte de cette noirceur qui le caractérise. Ses paroles sont également en harmonie avec son costume : il recourt fréquemment au champ lexical de l’ombre et à celui du secret, du piège.
Hugo, pour caractériser ses personnages, les compare à des animaux, assimilant notamment Salluste à un tigre (cf. titre de l’acte V). Ce félin sournois, aux griffes acérées, illustre le côté sombre de Salluste. Toutefois, la reine le compare à un serpent, ce qui souligne son vice mais le rapproche également d’une figure diabolique. On retrouve cette référence au serpent à l’acte V, scène 3, lorsque Ruy Blas se rebelle contre son maître et assure au v 2174 « on écrase un serpent qu’on rencontre ».
Dès la fin de l’acte I, il opère en véritable metteur en scène, affublant RB d’un nouveau costume, d’une nouvelle identité donc d’un nouveau rôle, et il lui indique comment jouer. Sa machination se superpose à l’intrigue et génère un effet de théâtre dans le théâtre. Il est comédien lui-même notamment à la fin de l’acte III lorsqu’il se rend au palais déguisé en valet ; mais il avait déjà joué la comédie du maître soucieux du bonheur et de l’avenir de son laquais à la scène 4 de l’acte I.
Il symbolise une noblesse sur le déclin, qui en a toujours le costume et les richesses mais plus la grandeur d’âme. Cette dernière est au service du mal. Salluste est un être démoniaque, satanique ; Hugo parlait de son personnage comme d’un « Satan grand d’Espagne ».

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