En quoi peut-on considérer l’acte IV comme une comédie dans la pièce ?
Les critiques de l’époque ont souvent reproché aux drames de Hugo de manquer de cohérence dramatique. L’acte IV de Ruy Blas en 1838 fut particulièrement fustigé. Beaucoup dénoncèrent « une froide et triste farce », « une bouffonnerie détestable » sans intérêt réel dans la pièce. On y voyait une rupture dans l’unité d’action et une rupture de ton.
Il est vrai que le retour invraisemblable (coup de théâtre) et tonitruant de Don César crée un effet de rupture avec l’atmosphère presque tragique sur laquelle s’achève l’acte III, marqué par le retour du diabolique Salluste. La machine infernale n’a plus qu’à broyer ses victimes. Mais voilà César, tombé du ciel, qui vient « patauge(r) à travers (les) toiles d’araignées » tissées par Salluste et en différer les effets.
César, personnage haut en couleur, bon vivant à la nature comique et cocasse s’impose dans l’espace de cet acte IV surprenant qui devient presque un entracte. Ce dernier occupe alors l’espace scénique durant 6 scènes sur les 8 que comprend l’acte. De même que Salluste à l’acte I orchestre en véritable dramaturge une pièce vengeresse, César se fait ici l’auteur involontaire d’une comédie.
– l’ensemble de l’acte est organisé autour d’un nœud et d’un dénouement, une structure traduite par l’intrusion puis l’expulsion du personnage. Entre ces deux temps César s’expose dans un numéro comique assez proche d’un « one man show ».Cette courte pièce répond à la règle de l’unité de temps qui imposait un déroulement étalé sur 12 h (cf. didascalies « C’est le matin » / « C’est la nuit »). On constate également une unité de lieu puisque tout se déroule en huis clos dans une « petite chambre ». le choix de ce lieu témoigne d’un déplacement générique.
– son entrée en scène est particulièrement spectaculaire : entrée hors norme par la cheminée + parole forte. On peut parler à propos de cette intrusion de « deus ex machina »
– les scènes 3,4 et 5, construites selon un schéma similaire, constituent autant de saynètes dans lesquelles César déploie sa verve et ses talents comiques. Ces 3 scènes se présentent comme des visites. Un laquais, une duègne puis Guritan viennent successivement troubler s quiétude. Toutes 3 reposent sur un quiproquo autour de l’identité de César.
– Comique de situation : il arrive heureux d’échapper aux alguazils (policiers) mais l’acte s’achève sur son arrestation par des alguazils qu’il a lui-même appelés à la rescousse.
– Le lieu qui correspond à un intérieur « bourgeois » et non princier relève de la comédie et non de la tragédie. Cette chambre est aussi un espace d’enfermement. Le dramaturge fait preuve une certaine ironie avec le personnage qui constate lui-même que « le lieu est «une « Maison mystérieuse et propre aux tragédies ». Cette pièce qui deviendra effectivement un lieu tragique à l’acte V est présentée ici sur un mode drolatique. On peut mentionner à ce titre le comique de situation et de répétition qui opère lorsque cet univers clos est régulièrement envahi par des visiteurs.
– Au quiproquo s’ajoutent les apartés (fonction comique) notamment scène 3
– A César s’ajoutent d’autres personnages comiques comme le laquais enivré, la duègne dévoyée ou encore Guritan adhérant non sans ridicule à un idéal héroïque mais peu doué dans le maniement de l’épée.
– Humour par décalage, comique de caractère et comique de mots (nombreux jeux de mots de César) : ex de la métaphore de la bibliothèque pour parler du garde-manger+ rime bibliothèque/ pastèque
– L’apparence de César « Effaré, essoufflé, décoiffé, étourdi » le désigne comme un personnage de comédie, un Arlequin au « manteau déguenillé ». Son goût pour le vin rappelle l’Arlequin de Marivaux. Il se trouve en constant décalage avec les autres personnages.
– Comique de geste : on peut noter son maniement des verres et des bouteilles à la scène 2, le fait qu’il se frotte régulièrement la jambe ou encore ses gesticulations par la fenêtre sc 7 (clown)
– César opère ici comme un antihéros dans l’intrigue première. Il tient du PICARO
On peut comprendre cet acte IV comme une mise en abyme. Victor Hugo joue ici des effets de théâtre dans le théâtre (dimension spéculaire donc). Pour développer ce point vous pouvez vous reporter au travail effectué sur la scène I de l’acte IV : voir comment César se déguise par exemple. Il convient d’exploiter les jeux sur l’identité et le costume.

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