Correction de la question type bac sur le personnage de Robinson.

Le libellé du sujet, cette fois, n’implique pas un type de plan précis : plan analytique et plan synthétique sont également recevables. Toujours respecter l’ordre chronologique des textes !

Plan analytique

Le naufragé, échoué sur une île déserte et coupé de toute civilisation constitue un personnage de choix pour interroger la question de l’humanité. Ceci explique sans doute la fortune littéraire du personnage de Robinson qui connut bien des réécritures depuis la publication du roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé, en 1719. Les textes de Jules Verne, Saint John Perse, Jean Giraudoux et Michel Tournier, par différents jeux de palimpsestes, participent donc à l’aventure littéraire du personnage, auquel chacun réserve toutefois un traitement particulier.

L’hypotexte de Defoe présente un individu angoissé à l’idée de perdre sa raison, ainsi éloigné de toute humanité, et soucieux de recréer sur cette île l’univers le plus civilisé possible. Il s’agit finalement pour lui de fonder un espace de vie à l’image du monde occidental dont il se trouve coupé. Le personnage se comporte donc en héros, capable de maîtriser son environnement. Fidèle à Protagoras, il cherche à rester maître du lieu, du temps et de lui-même, quitte à s’encombrer d’objets inutiles et à s’engluer dans des réflexes humains superflus. Le personnage interroge ainsi la question de l’humain et de l’humanité. (je ne cite pas le texte, celui-ci vous serait joint en document complémentaire afin de vous servir de texte de référence).

Jules Verne, dans son roman L’oncle Robinson publié en 1861, reprend ce motif de l’installation sur l’île mais il propose une amplification de l’hypotexte. Le personnage se trouve, en effet, démultiplié puisque le naufragé apparaît sous une forme collective. « Flip, Marc et Robert », qui endossent chacun un aspect du personnage-source sont les héros d’un roman d’aventures, genre en vogue en cette fin de XIX° siècle. Loin de connaître la même angoisse que Robinson, Marc et Robert ont une image positive, enchantée, de cette île presque paradisiaque qui s’annonce comme le terrain de jeu de nouvelles aventures ainsi qu’en témoignent les termes « campement » »contrée charmante » et bon nombre de termes mélioratifs employés dans la description des lieux. Flip, plus âgé, incarne davantage la raison et la prudence, ce que souligne le recours au style indirect libre ligne 10 « Pour l’exploiter, il ne s’agissait plus que de se procurer lignes, hameçons et filets ». Tandis que les deux autres se réjouissent et s’amusent à cette découverte, Flip réfléchit aux possibilités offertes, mais aussi aux dangers éventuels. Il opère comme un meneur, ce que suggère la proposition « Flip, ne voulant point effrayer ses jeunes amis, se contenta d’effacer ces empreintes ».

Loin de toute aventure, le naufragé de Saint John Perse, quitte au contraire toute dimension actantielle et héroïque en endossant son simple patronyme, ce que suggère le motif du sommeil. Ainsi que l’indique la double apostrophe à « Crusoé », il n’est plus présenté comme un acteur mais comme le destinataire de cette transposition poétique. Ce poème, intitulé « La ville », extrait du recueil Images à Crusoé, écrit en 1904, se présente, en effet, comme un entretien entre un Robinson rendu à la civilisation et le poète, entretien qui consiste plus précisément en une invitation à la contemplation de la nature traduite par la métaphore des rideaux tirés. Le personnage, emblématique d’un Homme nouveau, profondément cosmique, en parfaite harmonie avec une nature parfaitement épurée de toute trace de civilisation, ainsi qu’en témoignent les synesthésies, est le prétexte à un hymne à une nature quasi originelle. Contrairement au personnage de Defoe, il ne cherche pas à inscrire sa marque et celle de l’humanité sur son île, il ne tend pas à la dénaturer, mais il opte pour une attitude d’abandon. Dépouillé de lui-même et d’une civilisation problématique, il s’offre à la nature ainsi que le signale l’image finale « Et ta face est offerte aux signes de la nuit ».

Jean Giraudoux, dans son roman Suzanne et le Pacifique, publié en 1921, critique également Robinson et son désir frénétique de civilisation. Il innove d’abord en proposant une version féminine du personnage, puis en dédoublant la figure du naufragé. Cette jeune femme, présentée sous les traits d’une héroïne courageuse, téméraire et audacieuse puisqu’elle a « nagé au bout de quelques mois dans tout l’archipel », se livre à une lecture critique de son ancêtre Robinson. Par le recourt au procédé de la mise en abyme, Giraudoux propose, en effet, une vision parodique du personnage initial. Suzanne, pour se distraire, lit le roman de Defoe, découvert sur l’île et en propose un palimpseste par le biais de ses commentaires sarcastiques comme « accablé de raison » ou encore « Méticuleux, connaissant le nom de tous les plus inutiles objets ». La mention initiale de « ce puritain », qui qualifie Robinson, signale d’emblée ce regard critique et railleur. On repère également un registre proche du burlesque, notamment lorsqu’elle évoque ses pérégrinations « avec des ombrelles » ou encore lorsqu’elle le compare à une ménagère, qui démythifie le personnage de Defoe, réduit à la qualité de anti-héros. Cet extrait se construit finalement comme une citation commentée. Il dresse un sommaire des différentes actions de Robinson qu’il tourne en dérision. La lectrice n’adhère pas au personnage, « Le seul homme peut-être […] qu'[elle] n’aurait pas aimé rencontrer dans une île », et elle opère une distanciation ainsi qu’en témoignent les comparaisons systématiques avec sa propre situation.

On retrouve ce regard distancié dans le roman de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, offert au public en 1967. Le titre laisse entendre combien Robinson sera éclipsé par Vendredi, le bon sauvage recueilli qui lui sert de compagnon. Dans cet extrait Tournier confronte son personnage à la perte définitive de tout ce qui le reliait encore à la civilisation, ce qui constitue une « catastrophe ». Conformément au personnage de Defoe, ce dernier était en effet soucieux de se recréer un univers familier et civilisé, ainsi qu’en témoigne la mention des objets détruits comme « le mousquet » ou « le canon », que Vendredi vient de réduire en cendres. Il est donc confronté à la perte de l’avoir qui lui semblait constitutif de l’être. Dans cet épisode l’auteur oppose ainsi implicitement deux mondes et deux systèmes de valeurs relativement antithétiques, ce que signifie la phrase « vendredi répugnait par nature à cet ordre terrestre que Robinson en paysanne t en administrateur avait instauré sur l’île ». Dépouillé des dernières traces civilisatrices, Robinson constate qu’il se trouve livré à un état de nature.

A travers ces variations, identitaires, psychologiques ou actantielles, il apparaît clairement que ces réécritures ont contribué à façonner un véritable mythe, vecteur de la vision du monde de chacun des auteurs respectifs.

Si vous optez pour un plan synthétique il convient de classer les modifications observées par type : ex modifications identitaires, psychologiques, actantielles et symboliques.

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