Corrigé question sur corpus

Introduction :

Alors que la Préciosité s’est imposée, deux visions de la femme tendent à se confronter en cette fin de XVII°. C’est cette tension entre une vision passéiste et une vision moderne, précieuse, de la femme que reflète ce corpus qui se caractérise par sa forte synchronie. Les textes soumis à notre étude, en effet, ont été écrits entre 1662 et 1688. Les deux premiers, signés du dramaturge Molière, sont des extraits de comédies. Le texte A, se situe à la scène 2 de l’acte III de L’Ecole des femmes, jouée en 1662, tandis que le texte B est un extrait des Femmes savantes, offerte au public en 1672. Le texte C, intitulé « La fille » est issu du septième livre de Fables de La Fontaine. Le dernier, daté de 1688, est un extrait des Caractères ou les mœurs de ce temps, du moraliste La Bruyère. Malgré sa diversité générique, ce corpus présente une unité thématique puisque tous abordent la question de la femme au XVII°. Mais quelle vision de la femme chacun de ces textes prône-t-ils ?

Nous pouvons initialement observer que tous recourent au registre satirique et à l’ironie pour confronter leur vision de la femme idéale, attachée aux valeurs du passé, à l’image de la Précieuse qui sert de repoussoir et semble effrayer la gente masculine. Les deux extraits de Molière proposent ainsi, dans des tirades, le point de vue de deux hommes. Tous deux ont également la particularité d’évoquer la femme en tant qu’épouse, dans le cadre de son foyer. Dans le texte A, Arnolphe, personnage-type du vieux barbon qui aspire à épouser une « jeunette », déploie un discours ridicule qui prône l’idée d’une épouse totalement soumise à son mari, évoqué par la métonymie comique de « la barbe ». Il cherche à éloigner d’Agnès, sa promise, toute envie de ressembler à ces « femmes d’aujourd’hui », « ces coquettes vilaines/ Dont par toute la ville on chante les fredaines », et qui aspirent sinon à une émancipation, du moins à davantage d’égalité. L’abondance des termes appartenant au champ lexical de la soumission comme « obéissance », « dépendance » ou « subalterne », conjuguée à l’isotopie du devoir et de l’austérité, situe cette femme idéale dans le contexte d’une véritable guerre des sexes, ainsi qu’en témoignent les analogies avec « le chef », « le soldat » ou « le maître ». Le recours à des effets de symétrie, notamment au vers 703 « L’une est moitié suprême, et l’autre subalterne », souligne cette infériorité supposée des femmes. Une gradation comme « Pour son mari, son chef, son Seigneur et son maître », achève de signifier le ridicule d’une conception aussi passéiste. Si Agnès ne dit mot dans notre extrait, il semble que les héroïnes du second texte de Molière, se soient davantage imposées, suivant en cela le courant de la Préciosité. Aussi, dans une nouvelle tirade masculine, Chrysale fustige-t-il justement ces femmes d’un type nouveau qui aspirent au savoir et à l’égalité. Il se livre donc à un réquisitoire contre la Précieuse dont le destinataire est double puisqu’il s’adresse à sa sœur Bélise pour tenter de persuader avant tout sa propre épouse Philaminte. Il prône alors une vision tout aussi passéiste que celle d’Arnolphe, notamment en ce qui concerne la question de l’éducation des filles. Bien des termes qui renvoient au monde de la culture et des connaissances se trouvent employés dans des phrases à la forme négative ou dans le contexte de termes péjoratifs. On peut mentionner à ce titre que dans les v 8 à 10 un livre, pour une femme, se voit réduit au statut de « meuble inutile ». Il construit alors son image de la femme idéale en orchestrant tout un jeu d’oppositions. A la femme d’aujourd’hui, tournée vers l’extérieur, ouverte au monde et à la connaissance, il préfère l’idée d’une femme centrée sur son intérieur et son foyer, sur la domesticité. Ainsi, le jeu sur le polyptote « savoir » des vers 32 à 36 : « Et l’on sait tout chez moi hors ce qu’il faut savoir/ On y sait comme vont lune, étoile polaire/ […] / Et, dans ce vain savoir qu‘on va chercher si loin/ On ne sait comme va mon pot dont j’ai besoin », témoigne du peu d’intérêt qu’il accorde à l’élévation des femmes. Cette réduction de la femme à des fonctions utilitaires et domestiques trouve ainsi son paroxysme dans l’évocation particulièrement triviale de son « pot ». On retrouve cette critique de la Précieuse sous les plumes de La Fontaine et La bruyère, mais ces derniers insistent sur son caractère artificieux et artificiel, ceci afin de vanter les mérites d’une femme simple et naturelle. La fable de La Fontaine met en scène l’attitude de la Précieuse face au mariage et dénonce ces exigences. « La fille », emblématique d’une catégorie de femmes, opère comme un personnage-type. Le fabuliste recourt alors au registre satirique et offre au lecteur un réquisitoire amusé contre sa prétention et ses caprices. Il fustige la carte du tendre, les codes amoureux de la Préciosité et l’importance excessive que la Précieuse accorde à l’esprit et au paraître ainsi que l’excès d’importance qu’elle se donne. S’appuyant sur un effet de chute, avec la mention de la rencontre du « malotru », époux déchu auquel elle se voit finalement réduite, il vante implicitement l’idée d’une femme plus simple. Il organise ainsi sa fable autour d’un paradoxe : elle qui visait si haut, finit bien bas. La Bruyère partage avec lui cet art du paradoxe mis au service de la satire. Le moraliste se livre, en effet à des considérations sur ces femmes en général dont il dénonce le goût pour la coquetterie, le maquillage et les artifices. Les nombreuses oppositions entre les termes qui renvoient à l’artifice, au fard et ceux qui évoquent le naturel, renchéries par l’antinomie de la beauté et de la laideur, visent à souligner, par le rire, l’effet paradoxal de maquillage qui, loin de les embellir, les enlaidit. Ceci se conjugue à un recours fréquent aux hyperboles, témoins d’un art de la caricature certain ainsi qu’en témoigne l’extrait suivant : « le visage aussi allumé et aussi plombé qu’elles se le font par le rouge et par la peinture dont elles se fardent.. ».

Conclusion : Chacun de ces textes construit donc sa vision de la femme idéale par opposition à la figure de la Précieuse qui incarne la voie de la modernité et d’une certaine émancipation et qui semble de ce fait constituer une menace pour la gente masculine.

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