Louise Labé : (environ 1524-1566), surnommée La Belle Cordière. Elle est originaire de la région de Lyon et issue d’une famille de cordiers (bourgeois). Elle chantait accompagnée de son luth et composait des poèmes en français et en italien. Elle lit des auteurs italiens comme Pétrarque, dont elle s’inspire. Cette femme raffinée était entourée d’une société brillante comprenant de fidèles admirateurs. On lui prête une grande beauté et de nombreux amants, dont le poète Olivier de Magny, avec lequel elle composa des textes. Cette passion est à l’origine de nombreuses élégies et de nombreux sonnets mais aussi de bien des condamnations morales de la part de ses contemporains (elle était en effet mariée). On la considérait parfois comme une courtisane.

L’amour est une question qui domine son œuvre puisqu’elle écrivit également en prose le Débat d’Amour et Folie en 1555. Son originalité réside dans le fait qu’elle allie l’amour et le rire. Elle publia également un recueil de 24 sonnets consacrés à cette question, ce qui lui valu d’être considérée comme la nouvelle Sapho.

« Le plus grand plaisir qui soit après amour, c’est d’en parler. »

Sa poésie imprime une violence certaine à la rhétorique amoureuse traditionnelle puisqu’elle repose sur un retournement délibéré : c’est l’homme qui devient un objet érotique dont on détaille les charmes. La femme assume le rôle favori du sujet de l’énonciation dans le pétrarquisme, à savoir la souffrance du désir. Amante plutôt qu’aimée, c’est elle qui souffre, qui désire, qui organise le rituel amoureux. Louise Labé se distingue par la construction ferme de ses sonnets, la hardiesse de ses antithèses, la matière charnelle de sa lyrique amoureuse. L’amour est conçu comme un plaisir plus orienté vers les sens que l’amour spirituel.

L’Ecole Lyonnaise : début du XVI° (1530-1560). Il règne une grande effervescence poétique en France au début du siècle, notamment à Lyon où l’atmosphère littéraire baigne les « salons » tenus par les riches marchands, à partir de 1530. Maurice Scève, disciple de Pétrarque (poète italien du XIV°), auteur de Délie, un recueil de 449 dizains, regroupe autour de lui des poètes comme Pontus du Tyard, à Lyon. Il favorise le développement de la poésie féminine en accueillant des auteures comme Pernette du Guillet ou Louise Labé. A l’époque la question de l’amour occupe bien des débats : on oppose idéalisme et réalisme satirique, féminisme et misogynie. On discute de morale sexuelle, conjugale et sociale. La poésie est donc un instrument polémique. Les femmes s’approprient le code de la poésie amoureuse masculine. L’Ecole Lyonnaise s’intéresse également beaucoup à la musique. Elle propose aussi une littérature moins mythologisante, moins portée sur l’érudition. Elle emprunte beaucoup à Pétrarque, notamment l’innamoramento : l’amour naissant, bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. C’est un état subi et subit. La poésie exprime aussi l’inéluctabilité de la souffrance (motif de la mort amoureuse), le rapport inégal entre les partenaires, le désordre intérieur qui en découle. C’est en outre le pétrarquisme qui mit le sonnet à la mode.

Le sonnet :

« Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense » Baudelaire

C’est une forme fixe importée d’Italie vers 1538, début de la Renaissance, par Clément Marot et Mellin de St-Gelais. Cette forme est, en effet, empruntée à la littérature italienne et notamment à la poésie lyrique de Pétrarque, autour du Canzoniere. Cette forme fut mise à l’honneur par la Pléiade. On appelait les 2 quatrains : le front, et les 2 tercets, la queue.

Le sonnet régulier ou sonnet français:

Le sonnet est composé de 14 vers, d’abord des décasyllabes, puis souvent des alexandrins. Ces vers sont répartis en 2 quatrains à rimes embrassées (abba), sur 2 rimes et un sizain, correspondant à un distique (groupement de 2 vers rimant ensemble – cc- et formant une unité indépendante), suivi d’1 quatrain à rimes croisées (dede). Attention : la typographie divise artificiellement ce sizain en 2 tercets.

Autres schémas rimiques : Italien : abba-abba-ccd-eed ou marotique.

Cette forme connut de nombreuses variantes, notamment pour les tercets (ex de tercets à 2 rimes seulement).

Cette forme est, sans conteste, celle qui connut le succès le plus durable en France. Boileau dans son Art poétique (1674), l’attribue au dieu Apollon. Oublié quelque peu dès la fin du XVII°, elle est remise à l’honneur par certains romantiques dès 1835, mais aussi par Baudelaire.

A propos de quelques variantes :

– le sonnet élisabéthain ou shakespearien : 3 quatrains à rimes croisées suivis d’un distique final. On le rencontre en France chez un poète comme Mallarmé.

– Le sonnet polaire : encadrement des tercets par les quatrains

– Le sonnet alterné : alternance des quatrains et des tercets

Jacques Roubaud, au XX°, dans son recueil Ε invente 2 nouvelles formes de sonnets :

– le sonnet en prose : fondé sur 4 verset (les 2 premiers étant un peu plus longs que les 2 derniers)

– le sonnet de sonnets : 1 suite de 4 sonnets, 1 blanc, nouvelle suite de 4 sonnets, 1 blanc, suite de 3 sonnets, 1blan et dernière suite de 3 sonnets.

Jacques Bens, membre de l’OULIPO (L’Ouvroir de Littérature Potentielle) invente lui le sonnet irrationnel : poème de 14 vers dont la structure s’appuie sur le nombre Π soit 5 strophes de 3-1-4-1-5 vers, ce qui correspond aux cinq premiers chiffres significatifs de π : 3,1415.

Notes :

La Renaissance : période historique caractérisée par un mouvement de retour à la culture antique qui s’est développé en Europe du XIV°s en Italie aux XVI° en France, ceci en réaction à la culture du Moyen âge.

Publicités