Comparaison des deux textes : première approche

– Le texte d’Eluard est en prose, celui de Prévert est un poème (hétérométrique, une seule strophe, métrique bouleversée = signe de modernité, idem pour l’absence de ponctuation hormis les rares interrogations). Ils appartiennent à des genres différents. Un genre = catégorie qui permet de classer les œuvres littéraires selon des caractères communs (caractéristiques formelles). Les grands genres = roman, poésie, théâtre et la littérature d’idées.

– Le texte d’Eluard présente un registre didactique et polémique ; celui de Prévert a une fonction esthétique, mais relève du registre polémique également (= un cri : dénonciation de la guerre et d’une certaine image de la famille bourgeoise).

Qu’est-ce qu’un registre ? Les registres permettent un mode de classement des textes en fonction de leur visée principale. Le registre correspond à la tonalité générale d’un texte qui se trouve généralement liée à des genres et à des procédés d’écriture récurrents (épique, lyrique, satirique, polémique, comique, pathétique, laudatif, ironique).

– Les deux auteurs cependant sont des poètes, appartenant au même siècle. Ils ont également appartenu au même mouvement littéraire (surréalisme)

– Le contexte des deux œuvres = proche (très faible amplitude diachronique 1943/1949), même décennie, même proximité avec la guerre

– On rencontre dans les deux textes le thème de la guerre. Le mot est employé pleinement chez Prévert (4 occurrences). C’est plus implicite chez Eluard, toutefois champ lexical du combat (« aux armes ») + mention de la Commune, que l’on peut considérer comme une guerre civile. + allusion avec le GN « le péril aujourd’hui couru par l’homme »

– Eluard prône une poésie engagée, ce que semble accomplir Prévert

– enfin, Eluard expose que tout homme peut être poète, ce qui peut suggérer l’existence d’une poésie simple dans ses modes d’expression (presque une poésie populaire) or le lexique, la syntaxe de Prévert semblent faire de ce poème un texte « simple », populaire.

II – Qui est Prévert ? Que peut-on dire de son recueil intitulé Paroles (1946) ?

Prévert : 4 février 1900-1977. Poète et scénariste français. Paroles a fait de lui un poète populaire grâce à ses jeux de mots et son langage familier. Il a quitté l’école vers 15 ans et a exercé des « petits boulots ». Il fut mobilisé en 1918. En 1925, il participe au mouvement surréaliste, c’est lui notamment qui y impose le cadavre exquis. Mais son esprit trop indépendant pour faire partie d’un groupe constitué l’amène à quitter le mouvement en 1930. Pour le cinéma, il a écrit les scénarii de « Quai des brumes » « Le jour se lève » « Les visiteurs du soir » et « Les enfants du paradis ». Il écrit aussi pour le théâtre (Octobre).

A propos de son style : Il fait éclater le caractère conventionnel du langage et du discours par de nombreux jeux de mots (calembours, néologismes, inventions burlesques, lapsus volontaires, images insolites, jeux sur les doubles significations, humour noir). Il joue également beaucoup sur les sons. Il s’en prend à tous les stéréotypes : Idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique ; = un cliché. Son style = également influencé par certains apports du surréalisme : inventaire, énumération hétéroclite…

Paroles :

Importance du pluriel : car le recueil comporte 95 textes, non ponctués, de forme et de longueur très variées (parfois un seul vers). On y rencontre aussi des textes en prose, des saynètes dialoguées en vers libres. Beaucoup seront appréhendés comme des chansons et mis en musique.

Les aspects dominants du recueil sont : la spontanéité, l’oralité et la provocation (connotations mot paroles)

Le mot PAROLES peut faire écho à la gradation d’Eluard : « crie, accuse, espère » mais aussi au participe « appelant » qui qualifiait Hugo.

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