Le baroque

L’usage du mot baroque pour qualifier des œuvres littéraires du XVII° date du XX°. Le mot vient du portugais « barroco » qui désignait une perle irrégulière (terme de joaillerie). Progressivement il en vint à désigner une idée étrange et choquante, ne correspondant pas à la norme et notamment à la norme du classicisme. Le terme sert à désigner à la fois une esthétique fondée sur l’imagination, la sensibilité, l’outrance et le désordre, une philosophie liée à une vision particulière du monde et à une aspiration mystique et une période littéraire baptisée ainsi à posteriori par la critique du XX° (1560 à 1660). Le terme fut souvent accompagné de connotations péjoratives.

Ce n’est pas un mouvement codifié, ni une école : pas de doctrine, pas de théoriciens, ni maîtres ni modèles. On parle plutôt d’esthétique baroque. L’Italie est le berceau de cette esthétique qui s’est étendue à toute l’Europe, et notamment à la France entre 1560 et 1660. Elle concerne tout autant l’architecture, la musique, la sculpture et la peinture que la littérature. On la définit souvent comme un art de la passion par opposition à l’art de la raison de la Renaissance, puis du classicisme.

C’est une notion très controversée. On peut cependant tenter de reconnaître cette esthétique en s’appuyant sur 4 points :

– le dynamisme de la structure ou de l’apparence

– l’importance de l’ornement

– l’utilisation de la couleur par une combinaison d’ombre et de lumière (clair-obscur) ou par une polychromie plis élaborée

– relative indécision des limites et des parties (effet d’expansion et de dilatation)

Le développement du baroque est assez étroitement lié à la religion (nombreuses constructions d’édifices religieux + retables+ peintures ou vitraux) ; ceci est surtout valable pour le 1er baroque (fin XVI).

Quelques caractéristiques de l’art architectural baroque applicable aux autres arts :

– goût du monumental/ de l’outrance (peut aller jusqu’à la monstruosité, l’obscénité)

– volonté d’impressionner, sens de la démesure : par la représentation de miracles et d’extases par exemple/ goût pour la luxuriance

– exhibition de la puissance matérielle : se manifeste à travers les ors, les tentures, tapisseries

– importance des superpositions décoratives, goût de l’ostentation (on montre)

– goût du singulier et de l’insolite : ex peinture en trompe l’œil

– goût pour le cercle, les courbes et les lignes brisées

Les artistes cherchent à enchanter le public, à l’émerveiller.

Thèmes et constantes de la littérature baroque :

– représentation d’un univers changeant ou en mouvement, on cherche à traduire en art un certain dynamisme

– motifs de prédilection : l’eau ( lieu des reflets, de la mobilité, des figures renversées comme dans un miroir), le feu, la bulle, le vent, le nuage, le songe, le sorcier

– sentiment douloureux de l’écoulement du temps, qui ne débouche pas sur le carpe diem mais sur des images violentes d’orages et de tempêtes

– idée selon laquelle ce monde instable est un théâtre sur lequel règne l’illusion et l’apparence trompeuse (métamorphoses). La nature, changeante avec les saisons, et l’inconstance amoureuse y trouve sa place (elle est aussi preuve de l’existence de Dieu). Motifs du déguisement, du travesti. Au théâtre les dramaturges multiplient les effets de théâtre dans le théâtre (mises en abîme, cf. L’illusion comique de Corneille). On insiste aussi sur le paraître, on cultive l’éclat la brillance (sujets élevés et éblouissants)

– l’excès et l’outrance notamment dans les œuvres burlesques, la satire

Caractéristiques de l’écriture : = surtout une écriture de l’excès. L’œuvre = expression d’une âme. Le poète veut avant tout se dire. Il cherche à provoquer et à émouvoir (étym. : movere).

– figures violentes/ hyperboles/ allégories/ emphase et paroxysme

– accumulation d’images/ impression de désordre

– antithèses qui opposent deux éléments pour mieux les rapprocher + oxymore+ paradoxe/ Rapprochement aussi par métaphores/ rhétorique du détour

– périphrases

– hypotypose

– jeux de mots, jeux sur sonorités

– goût du neuf, du rare et du subtil : personnages extravagants par ex.

– importance de la mort : la vision tragique du monde amène les artistes à se complaire dans une aspiration macabre/ thème du mémento mori

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