Séquence 1 : la poésie en 3 mouvements

Séance 2 Etude du poème « Mélancholia » de Victor Hugo

Objectifs :

– convoquer les acquis sur le genre (strophe, vers, rime…)/ apprendre à réagir activement face à un texte poétique

– revoir certaines notions comme comparaison et métaphore, hyperbole

– développer les aptitudes analytiques en vue d’un apprentissage progressif de la lecture analytique.

– Redéfinir la notion de poésie engagée

I – Qui est Victor Hugo ?

Victor Hugo est l’un des écrivains majeurs du XIX°. Né à Besançon le 26 février 1802 et mort à Paris le 22 mai 1885, il domine tout le siècle. On le présente comme un homme de combat. Dès l’âge de 16 ans il se décide pour une carrière littéraire. A 18 ans, il fonde Le Conservateur Littéraire, un journal ultra-royaliste. A 20 ans, il épouse Adèle Foucher, une amie d’enfance, dont il aura 5 enfants. C’est alors un jeune homme fougueux dont la devise est « chateaubriand sinon rien ! ». A partir de 1824 il mène un double combat littéraire et politique (social). Il fait figure de chef de file du mouvement romantique, et dirige le Cénacle. Il offre au public 6 recueils poétiques ainsi qu’un roman historique : Notre-Dame de Paris. Il est en outre élu à l’Académie française mais il est aussi pair de France.

De 1827 à 1843 son combat littéraire se mène avant tout au théâtre. En 1827 il publie Cromwell, un drame surtout connu pour sa Préface, manifeste contre le classicisme et véritable art poétique dans lequel Hugo propose très largement sa vision de l’art dramatique, du drame romantique. En 1830 il se livre à ce que l’on appela, non sans une certaine exagération, la bataille d’Hernani. Suivent ensuite des drames comme Le roi s’amuse en 1832, Lucrèce Borgia en 1833 ou Ruy Blas en 1838.

Après l’échec des Burgraves, en 1843, alors que sa vie privée s’avère problématique (sa fille Léopoldine meurt noyée, ses relations avec sa femme sont conflictuelles, il rencontre avec Juliette Drouet) il ne publie rien pendant une dizaine d’années et se consacre au combat politique. Il est élu député en 1848, puis il fait scandale en 1849 avec un discours prononcé sur la misère. Il choque aussi par ses propos contre la peine de mort.

Le coup d’Etat de 1851 le contraint à l’exil (il séjourne 19 ans à Jersey, puis à Guernesey) ce qui le ramène à l’écriture. Sa production est alors extraordinairement féconde : 4 recueils poétiques importants dont Les Châtiments (1853), Les Contemplations (1856) et La légende des siècles de 1859 à 1883. On compte aussi 3 romans : Les misérables (1862), Les travailleurs de la mer (1866) et L’homme qui rit (1869). Il milite cependant pour une réforme du système judiciaire, pour l’abolition de la peine de mort, contre l’esclavage en Amérique du Nord. Il offre souvent un refuge aux dissidents et déshérités en tous genres.

Refusant l’amnistie de napoléon III, il ne regagne la France qu’avec La proclamation de la République en 1870 et se fait élire comme député de gauche à Bordeaux en 1871, puis sénateur d’extrême gauche, en 1876. Il publie un roman en 1874, Quatre-vingt-treize. Il travaille aussi à la poésie et publie de nouvelles pièces : Théâtre en liberté. Il meurt en 1885 sur un dernier alexandrin : « C’est ici le combat du jour et de la nuit ». On décrète alors un deuil national : un sarcophage de 22 m de haut contenant son cercueil est placé sous l’Arc de Triomphe, entièrement drapé de noir. Il sera ensuite conduit au Panthéon

II – Première approche :

Paratexte / 1er regard :

Poème monolithique (une seule strophe : peut signifier l’élan du poète qui ne s’arrête pas dans sa dénonciation), extrait du recueil Les Contemplations publié en 1856. On peut supposer que le titre du recueil a un lien avec le regard : regard du poète porté sur son époque, sur des questions de société qui l’intéressent.

Ce poème est composé d’alexandrins (12 syllabes) : c’est un vers utilisé souvent pour exprimer une certaine solennité ou une certaine gravité.

Il convient ensuite de procéder à une première lecture et de s’interroger sur le titre.

Le titre a des allures antiques et il renvoie à la notion de tristesse. On peut parler de titre élégiaque : qui reflète la tristesse.

On peut alors s’interroger sur le registre du texte :

Le thème dominant est le travail et l’exploitation des enfants. Hugo semble chercher à apitoyer et à sensibiliser le lecteur en lui donner à contempler une image douloureuse de l’enfance. Il recourt au registre pathétique.

Qu’est-ce que le registre pathétique ? L’étymologie du mot = pathos (grec) la souffrance. C’est le registre utilisé pour susciter la compassion du lecteur, pour l’attendrir. Il se caractérise par une grande sensibilité L’auteur recourt au champ lexical de la douleur pour évoquer un être faible, incapable de lutter contre le malheur et qui subit passivement son sort. Il utilise des procédés pouvant générer l’émotion : ponctuation expressive, apostrophe figures d’insistance comme la gradation, l’anaphore, l’hyperbole, des comparaisons et des métaphores capables de traduire la violence des sentiments. Ce registre est souvent aussi un moyen de persuader.

Il faut observer le mouvement, la structure, la composition du texte :

Le poème s’ouvre sur 3 interrogations rhétoriques qui annoncent, introduisent le thème. Une interrogation rhétorique (ou oratoire) est une interrogation qui ne pose pas une question mais qui pointe du doigt un sujet, un point de vue. Elle permet d’interpeler le lecteur.

Ensuite, des v 4 à 16 : description pathétique des enfants

Puis v 17 à la fin : réquisitoire , ( acte d’accusation), contre les exploiteurs.

On peut donc s’aider du repérage des champs lexicaux :

Champ lexical de l’enface : ces enfants v1, ces doux êtres pensifs v2, ces filles de 8 ans v3, innocents v 9, anges v9, petits comme nous sommes v 15, l’enfant v16, l’âge tendre v 23 et enfant v 25. Les démonstratifs montrent que le regard du poète se porte sur des enfants. On constate immédiatement qu’il assimile l’enfance à l’innocence et cherche à souligner combien le sort qu’on leur réserve est misérable.

Champ lexical du travail : « ils s’en vont travailler quinze heures » v 4, machine v 7, ils travaillent v 10, jamais on ne joue v 11, travail v 18, travail mauvais v 23

Champ lexical de la misère et de la faiblesse + douleur, agression : pas un seul ne rit v1, que la fièvre maigrit v2, accroupis v 7, bagne, enfer v 9, quelle pâleur v 12, bien las v 13, rachitisme v 18, souffle étouffant v 18, qui tue v 19, un bossu v 22, la misère v 24

On constate la présence de la souffrance sous toutes ses formes :

– souffrance et misère physiques : motifs de la maladie et de la maigreur

– souffrance et misère affectives : motif de la solitude « cheminer seules » v 3

– souffrance et misère morales : injustice, exploitation. Le poète veut sensibiliser le lecteur sur les conditions d’existence de ces enfants exploités par le monde u travail et le capitalisme.

ON perçoit que le registre pathétique se double d’une intention polémique : discours argumentatif qui vise à dénoncer ici une réalité (déclaration de guerre). Le poète s’engage.

Il s’appuie donc une opposition entre la situation des enfants, leur âge, leur résistance et ce qu’on leur fait vivre.

On peut ensuite repérer les figures de style :

– il recourt à des antithèses (association d’idée contradictoires) : ex anges/ enfer au v9

– métaphore filée (métaphore poursuivie à l’aide de plusieurs images) de l’emprisonnement et de l’étouffement.

– Métahore filée de la dévoration : « sous les dents » « monstre hideux qui mâche »

– hyperboles

Vous pouvez observer la ponctuation :

Il est facile de repérer la ponctuation expressive.

V 16, 17, 18 et 20 : le point d’exclamation peut traduire l’intensité de l’indignation du poète

Il est également possible de s’appuyer sur les sonorités (allitérations et assonances)/ les rimes :

Allitérations en dentales (douleur) et en [R] (agression) ex v 10 et 24

Ex : la rencontre à la rime des mots seules et meules souligne la fragilité des enfants face aux machines et au monde du travail

De même « sombre »/ « ombre » : souligne le caractère négatif de cette situation

Uns fois ces premières pistes dégagées vous devez reprendre la lecture du texte et chercher à approfondir les analyses.

III – Analyse approfondie : répondre à la question suivante : Comment Victor Hugo dénonce-t-il l’exploitation des enfants par le travail ?

– présentation des enfants comme des victimes innocentes : champ lexical de l’enfance + celui de la souffrance + allitérations en [R] et en dentales pour exprimer la souffrance + en [S] dans les 3 premiers vers pour signifier leur solitude et leur soumission.

– champ lexical de la prison, de la servitude (image de l’esclavage) = un esclavage moderne)

– registre pathétique (à démontrer)

– travail présenté comme « mauvais » au sens de mal qui s’oppose au bien

– les antithèses ex v 24 « Qui produit la richesse en créant la misère »

– les parallélismes de construction comme « tout est d’airain, tout est de fer » au v 10/ v 11 « Jamais on ne s’arrête, jamais on ne joue » = souligné par l’anaphore de l’adverbe « jamais »

– le terme « serre » qui évoque le monde des rapaces

– enjambement du v 9 sur le v 10 qui traduit le caractère implacable de cette situation. La régularité de la coupe à l’hémistiche par ex v 9 participe au même effet.

– interjection « ô » au v 17 : traduit indignation mais annonce aussi le passage au réquisitoire

– la référence à Dieu qui ne peut tolérer une telle exploitation : ces exploiteurs agissent contre nature et contre dieu.

– Analogie finale enfant/ outil

– Les références à Apollon, Dieu de la beauté, et à Voltaire, écrivain reconnu pour son esprit : exemples hyperboliques pour démontrer la négativité du travail qui pourrait aller jusqu’à en faire des êtres difformes ou stupides

Bilan :

Dans ce poème Victor Hugo s’engage donc contre un fléau de son époque. Il se livre à un véritable réquisitoire contre les exploiteurs et le capitalisme moderne naissant. C’est donc aussi un plaidoyer en faveur des plus faibles, qu’il poursuivra dans son roman Les Misérables, publié en 1862

Travail personnel :

– revoir le cours et apprendre tout ce qui est notion ou définition

– initiation à la lecture analytique et au commentaire littéraire : rédiger entièrement la réponse à la question

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