Plan lecture analytique : Hugo, « Fonction du poète » Attention, c’est un schéma, les analyses textuelles doivent être développées.

Intro : Poète, romancier et dramaturge, Victor Hugo fut aussi un homme politique. La figure de cet homme public occupe une bonne partie du XIX°. Académicien en 1841, il est également nommé pair de France en 1845, avant d’être député à l’Assemblée constituante, puis à l’Assemblée législative, ce qui tend à prouver que l’homme de lettres n’a jamais renoncé à un rôle social. Selon Hugo, le poète a le devoir de guider les hommes, et c’est ce qu’il expose notamment dans son ouvrage « Des Rayons et de sombres », son dernier recueil avant son exil à Bruxelles, puis à Jersey et Guernesey. Dans ce recueil, et plus particulièrement dans le poème « Fonction du poète », il livre une réflexion profonde sur sa propre mission de poète, qu’il s’efforce de définir, mêlant didactisme et solennité.

Problématique : Nous analyserons comment Victor Hugo fait du poète un envoyé de Dieu destiné à guider les peuples jusqu’aux vérités éternelles, notamment dans les temps troublés. Axe 1 : Définition du poète comme un intermédiaire entre Dieu et les hommes/ Axe 2 : Sa mission : du visionnaire au prophète de la parole et de la lumière divine

I – Définition du poète comme un intermédiaire entre Dieu et les hommes :

Dans ce poème, Hugo définit le poète comme un être fondamentalement différent des autres, un élu de Dieu au service des autres, à l’image du Christ.

A – le poète, un être différent : Hugo le distingue initialement du « chanteur inutile », « penseur qui se mutile » ou encore des « faux sages » dont il condamne l’individualisme. L’ensemble du 1er dizain s’impose, en effet, comme une dénonciation de leur démission (motif du poète qui se retranche dans le désert, métonymie de l’isolement/ allusion à Diogène/ anaphore « malheur à » renchérie par « honte à » = imprécations, anathème). Loin de se replier hors de la cité dans les temps difficiles (« temps contraires », « jours impies » + image des « ruines »), il est au contraire celui qui marche dans les ruines pour tenter de récolter l’espoir. Exclamations laudatives qui soulignent sa dimension exceptionnelle. Mais il est également différent des peuples ainsi qu’en témoigne l’expression « sur toutes les têtes » au v15. Le 3ème dizain oppose ses facultés de perception à celle des autres : « il voit, quand les autres végètent » (importance de la conjonction quand qui marque la simultanéité et souligne cette opposition) + opposition »inscrit en silence »/ « ce que la foule n’entend pas ». Le possessif « votre » au v 33 témoigne de la distance qui oppose la situation du poète de celle de la foule. Cette différence suscite aussi le mépris et la raillerie et Hugo reprend le motif romantique du poète maudit et incompris : verbes « raille » et « rit » + allitération en [R]+ champ lexical du mépris (insulte/ raille/ contempteurs/rit).

B – un élu de Dieu : Cette distinction s’explique par l’élection divine du poète. Il convient de noter l’importance du champ lexical de la religion. Le poème s’ouvre sur le mot « Dieu » et se clôt sur l’idée que la poésie mène à Dieu. Dieu est donc l’origine et la fin de la poésie, l’alpha et l’oméga (formule biblique). La comparaison avec le prophète v16 tend à faire de lui un envoyé de Dieu, ce que confirme l’image de Dieu qui « parle à voix basse à son âme », qui suggère une intimité avec le poète. La construction du v14, qui repose sur un jeu d’oppositions entre pied/ regard et ici/ ailleurs, le présente comme un être de l’entre deux mondes, un trait d’union entre terre et ciel, un relais entre Dieu et les hommes. Cette élection est également signifiée par l’anaphore « lui seul », pronom renforcé par l’adverbe v34-36. C’est un être qui partage les secrets de Dieu.

C – Une figure christique : Cette élection s’accompagne de difficultés, d’un chemin de croix qui n’est pas sans évoquer la figure du Christ. II est amour et bienveillance : souffre sur terre pour la foule, les peuples « rêves toujours pleins d’amour ». On peut discerner dans ce portrait une sorte de martyre. Les références à la souffrance sont nombreuses : souffrance morale face aux contempteurs, mais aussi souffrances physiques : image des épines v 41/allitération en [R] dizain 3 + en [P] dizain 4 + marche « courbé » sous le poids finalement de sa mission. Enfin il gagne une position quasi divine à la fin du poème : « A tous d’en haut il la dévoile » v57. Enfin comme le Christ il agit pour tous ainsi que le souligne les oppositions dans le dernier dizain (Ville/ désert, + métonymies Louvre/ chaumières + rois/ pasteurs).

II – Sa mission : du visionnaire au prophète de la parole et de la lumière divine :

Cette élection suppose une mission ainsi qu’en témoignent le verbe « doit » v18, mais surtout le verbe « veut » dabs le 1er vers : Dieu lui confie la mission sociale d’éclairer la foule.

A – Le rôle du visionnaire : Le poète doit établir un pont entre la situation présente, critique, le passé (celui de la tradition qui pourrait être un âge d’or) et l’avenir radieux, le retour à un monde avec Dieu, donc meilleur. Importance de l’opposition lumière/ obscurité ; avenir heureux et lumineux/ présent difficile. Périphrase « l’homme des utopies » qui fait du poète un visionnaire (don de voyance) et un porteur d’espérance. Importance des verbes de perception, qui témoignent de l’effort nécessaire (perçant, distingue en leurs flancs) + image de la marche dans les ruines. Le poème comporte une dimension cosmique dans la mesure où il s’agit de percevoir dans la nature, à travers les éléments, la force divine, la connaissance, la vérité. Hugo associe le verbe «voir à l’action de penser, il ne s’agit donc pas d’une simple perception mais d’un acte de compréhension (accès à la connaissance). Le poète doit être celui qu’on écoute : anaphore de l’injonction « écoutez » v 31-32.

B – Un prophète de lumière : Sa mission = « faire flamboyer » (allitération en F). Or le champ lexical de la lumière s’impose au fil des strophes pour dominer totalement le 6ème dizain (accumulation + hyperbole « inonde de sa lumière + omnipotence du poète traduit par les jeux sur les couples antinomiques).Cette domination de la lumière dans le dernier dizain traduit la réussite de l’entreprise. Cette lumière contraste constamment avec l’obscurité dans laquelle vit la foule. Cette lumière = divine (image du « rêveur sacré » + « les yeux ailleurs »). Cet espoir en l’avenir est également évoqué par l’image végétale de la germination. Le groupe verbal « vient préparer » v 12 suggère que le poète a pour mission de participer à l’avènement du royaume de Dieu qui se confond chez Hugo avec histoire et progrès. Sa parole = un écho à celle de Dieu, il opère comme un mage. Il doit conduire les peuples à la connaissance et à la vérité (opposition voir/ végéter).

Conclusion : dans ce poème certes didactique, la dimension mystique confère au poète une position de choix dans le monde et une mission fondamentale : le poète a pour tâche d’orienter l’histoire, de guider vers la lumière, le progrès. Hugo sacralise ainsi le poète est en fait un visionnaire, un mage capable de déchiffrer les signes de l’avenir et de les traduire, dans une parole poétique, pour les peuples.

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