Première approche :

Lecture collective du texte.

Etude du mouvement du passage : faire apparaître que l’extrait s’articule en deux mouvements :

– lignes 109 à 116 : le ravissement de la fête

– lignes 117 à 136 : un retour brutal aux réalités

Il s’agit de repérer que le passage se construit autour de plusieurs oppositions (effets de contraste)

– fête/ réalité brutale

– intérieur/ extérieur

– euphorie/ dysphorie : état de malaise, d’angoisse, de tristesse.

Le 1er mouvement répond au désir d’ascension de Mathilde et le 2nd crée un effet de rupture. Il s’agit pour le narrateur d’annoncer la chute à venir.

La perte de la parure, en effet, constitue un coup de théâtre : incident imprévu qui survient dans le cours de l’action et qui bouleverse complètement la situation dans laquelle sont placés les personnages. C’est un point de catastrophe : retournement complet.

Ces deux mouvements rappellent ainsi et mettent en scène, dramatisent, l’opposition entre les rêves et la réalité du personnage.

Recherche d’une problématique :

Il s’agira de nous interroger sur la façon dont les contrastes ménagés dans ce passage dramatisent la dichotomie (division) qui oppose les rêves et la réalité de Mathilde et annoncent la chute du personnage.

Quels axes dégager ?

Axe 1 : Le bal, temps de l’euphorie.

Axe 2 : le retour, temps de la dysphorie.

Introduction :

La scène de bal est un topos/ un motif (un lieu commun, passage ou thème fréquent) romanesque qui permet souvent au narrateur de mettre un personnage en lumière. Ainsi, Mathilde Loisel, héroïne de la nouvelle « La parure », publiée en 1885 par Guy de Maupassant dans le recueil Contes du jour et de la nuit, connaît-elle son heure de gloire. Elle brille, en effet, au bal donné par le ministère de l’Instruction publique, et en ressent un plaisir intense. Toutefois, ce rêve est éphémère et il lui faut retrouver son époux, regagner son logis et renouer avec une existence moins plaisante, qui va se dégrader davantage.

Il s’agira donc de nous interroger sur la façon dont les contrastes ménagés dans ce passage dramatisent la dichotomie qui oppose les rêves et la réalité de Mathilde et annoncent la chute du personnage.

Nous analyserons dans un premier temps comment est traduite l’euphorie de Mathilde, puis nous étudierons comment le narrateur évoque ensuite un état de dysphorie, annonciateur de la chute des personnages.

Comment mener l’étude ? Comment organiser le travail ?

Soit vous avez déjà une idée de vos axes, soit il faut les dégager à partir de l’étude linéaire du texte. Vous devez, au brouillon, rechercher les faits textuels, les procédés mis en œuvre par l’auteur pour exprimer son « message » et d’en tirer des éléments d’interprétation, des analyses qui viennent éclairer le sens et le fonctionnement du texte. Vous pouvez recourir au tableau au brouillon. Il conviendra ensuite de repérer des sous-axes qui vous permettront d’organiser votre étude du texte. Dans un second temps vous devez, en effet, regrouper vos remarques par centre d’intérêt et les lier entre elles, de façon à produire une lecture organisée.

Comment le narrateur présente-t-il cette scène de bal comme un moment extraordinaire pour Mathilde ?

– recours au terme « fête » l 109 « Le jour de la fête arriva » qui s’oppose implicitement aux autres jours ordinaires.

– il s’appuie sur la thématique de l’ivresse = un sous axe

Métaphore filée de l’ivresse pour exprimer son bonheur : « elle dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir… ». A cette métaphore s’ajoute une gradation. Il s’agit pour l’auteur de traduire combien le personnage est transporté, oublie son quotidien et son véritable statut.

Cette ivresse se lit également dans la syntaxe : les lignes 113 à 116 sont constituées d’une seule phrase, ample, une amplitude qui témoigne de l’amplitude des mouvements de Mathilde, qui mime les virevoltes de la danse et suggère ainsi son ivresse.

L’allitération (répétition significative d’un même son consonantique) contribue également à faire entendre cette ivresse et ce plaisir éprouvés par la jeune femme : ex « elle dansait avec ivresse… gracieuse, Souriante, …

Mathilde se trouve comme dans un rêve, elle a totalement oublié sa réalité, y compris son mari.

– il recourt également à l’isotopie (ensemble de procédés qui par dénotation ou connotation construisent l’expression d’une idée : champ lexical, figures de style, jeu sur les connotations) de la victoire, du succès = deuxième sous axe

Le narrateur recourt au champ lexical de la victoire et du succès : « eut un succès »/ « le triomphe de sa beauté » / dans la gloire de son succès » pour souligner combien Mathilde brille dans ce bal et connaît alors la réalisation de l’un de ses rêves les plus chers.

Cette idée se trouve renchérie par la gradation lignes 115-116 : « tous ces hommages, de toutes ces admirations, de tous ces désirs éveillés… ». L’expression du nombre, avec les termes au pluriel, renforcée par l’anaphore du déterminant totalisant « tous » confère à ce succès un caractère exceptionnel, ce que vient confirmer l’expression superlative « cette victoire si complète et si douce » l 116. La répétition de l’adverbe d’intensité « SI » fait de ce moment un paroxysme (summum, degré extrême, point le plus haut) de plaisir.

Le narrateur insiste, en effet, sur la supériorité de l’héroïne dans cette salle de bal. Le comparatif de supériorité « plus jolie que toutes » à la l 109 indique d’emblée qu’elle irradie la salle du bal. Le personnage se trouve ainsi mis en lumière, ce que souligne l’accumulation « élégante, gracieuse, souriante et folle de joie ». Le personnage, sorti de l’obscurité habituelle de son existence, rayonne.

– Il fait de Mathilde le centre d’intérêt, l’objet des regards et des désirs.

Conformément à ce que nous savons de son caractère, Mathilde, sûre de sa beauté et de « sa classe », se montre, cherche à séduire et obtient satisfaction. Le narrateur, en recourant au champ lexical du regard avec des termes comme « regardaient » « remarqua » ou encore « admiration », souligne combien la jeune femme est l’objet de tous les regards. L’emploi des pronoms personnels de la première personne en position d’objet souligne qu’elle est le centre d’intérêt et qu’elle suscite le désir. Nous pouvons mentionner à ce titre des propositions comme « tous les hommes la regardaient », « le ministre la remarqua » ou encore « demandaient son nom ». Le fait qu’elle soit remarquée par « le ministre », personnage qui occupe une fonction importante, rehausse encore son éclat. Le narrateur oppose, en outre, le singulier que représente Mathilde au pluriel qui évoque l’assemblée réunie dans la salle pour traduire combien Mathilde sort du lot, combien elle est extraordinaire. Elle est si remarquable, que tous s’empresse autour d’elle, ce que suggère le recours à la parataxe dans les lignes 109 à 112. La multiplication des propositions juxtaposées, traduit l’affairement des hommes autour d’elle.

Attention ! Chaque idée doit être reliée à la précédente. Même chose pour vos différents paragraphes. On doit sentir la progression de votre analyse.

Vous devez proposer une conclusion partielle à la fin de l’étude de chaque axe, et introduire rapidement le suivant, ceci afin de bien enchaîner vos idées et de souligner votre argumentation.

Conclusion partielle :

Dans ce premier mouvement du texte, qui insiste sur le bonheur et le succès de l’héroïne, il apparaît que cette dernière a oublié, le temps d’une fête, ses difficultés existentielles. Cet instant constitue donc pour le personnage une véritable évasion, quoique toute éphémère.

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