Petite histoire de la poésie lyrique amoureuse

Le terme lyrique renvoie au mythe d’Orphée qui joue de sa lyre pour pleurer la mort de sa femme Eurydice. La poésie lyrique est le genre privilégié de l’expression des sentiments.

1 – Le Moyen âge et l’amour courtois :

La poésie est alors toujours accompagnée de musique. Les poètes s’adonnent à une poésie peu personnelle et très codifiée dans le cadre de la fin’amor.

Fin XV, début XVI des femmes comme Christine de Pisan écrivent des chansons de toile pour exprimer leurs sentiments pour un mari ou un amant absent (les hommes font la guerre tandis que les femmes brodent).

A partir du XIV, la poésie n’est plus systématiquement chantée mais elle conserve sa tonalité lyrique. Pétrarque, en Italie, marque l’histoire de la poésie avec son recueil du Canzonière. Il invente le sonnet qui devient alors la forme poétique prédominante, surtout en France où il est importé par Marot.

2 – La Renaissance :

Les poètes de l’Ecole de Lyon (Labé) et les membres de la Pléiade (Ronsard, Du Bellay) sont les héritiers de Pétrarque (principes de l’imitation et de l’innutrition). Ils développent le sonnet et les thèmes lyriques qui ne se limitent plus à l’amour et aux souffrances amoureuses (mort, voyage, nature). Cette poésie, tout comme celle du XVII°, relève souvent plus de l’exercice de style et de l’art de s’exprimer que de l’expression d’un sentiment réel et personnel. On relève dans cette poésie un certain nombre de topoi (thèmes obligés) comme la beauté sans pareille, la belle cruelle, le premier regard qui blesse à jamais.

3 – Du XVI° au XVII° :

La poésie évolue vers un jeu sur le langage : maniérisme et préciosité / langage qui comporte des images et des périphrases très élaborées, jeux rhétoriques, cela au détriment de la vérité des sentiments.

4 – Du XVII° au XVIII° :

Sans renouveler les thèmes ni les formes, la poésie lyrique se pratique à la Cour et dans les salons mondains. Les innovations littéraires à l’époque concernent surtout le théâtre et les genres narratifs.

5 – Le XIX° et le romantisme :

Les romantiques proposent une inspiration nettement plus personnelle, plus intime. Ils cherchent à libérer l’expression du moi. Le récit du vécu personnel est souvent teinté de mélancolie. On s’inspire de l’élégie. Victor Hugo renouvelle la poésie dans son ensemble, envisageant le poète comme un visionnaire. Le lyrisme est aussi l’occasion de célébrer le pouvoir de l’écriture et de l’engagement du poète. Les romantiques recourent abondamment aux exclamations, aux répétitions et anaphores, aux hyperboles. Ils font preuve d’audace en matière de versification : rythme inhabituel de l’alexandrin (pas de coupe à l’hémistiche).

A partir de ce siècle les poètes vont s’émanciper des règles et s’interroger sur les limites et les richesses du langage et du genre poétique. Ils détournent des formes anciennes comme le sonnet ou le blason, ils en inventent de nouvelles (calligrammes). Ils sont influencés par les arts plastiques et travaillent à des typographies différentes. Peu à peu, la poésie ne se limite plus aux textes en vers. On explore les possibilités de la prose, le texte poétique pouvant alors se présenter comme un article de dictionnaire, une définition, une énigme. Par ailleurs certains poètes ne répugnent plus à utiliser un langage prosaïque ni à transcrire l’oral dans leurs œuvres. Le poète devient ainsi créateur d’un nouveau langage, aux sonorités suggestives, comportant des néologismes, des barbarismes qui génèrent une impression d’étrangeté (cf. « Le grand combat » de Michaux.

6 – Du symbolisme à nos jours :

Baudelaire renouvelle les thèmes lyriques (association femme/ Satan) tout en conservant la forme du sonnet. Les symbolistes aspirent à un lyrisme personnel (souvent sentiment de regret/ élégiaque). Au début du XX°, Apollinaire innove et s’affranchit de la ponctuation tout en écrivant des sonnets. Après la 1ère Guerre Mondiale, les surréalistes renouvellent la poésie amoureuse en recourant à des images inattendues (influence de l’écriture automatique) ainsi qu’à de nouvelles formes plus libres. Ils privilégient l’image et surtout la métaphore parce qu’elle surprend, déroute et fait voir le réel autrement. Il s’agit de faire des assemblages de mots et d’idées surprenants pour atteindre une « surréalité ».La poésie s’intéresse à la richesse des mots, des sons et des rythmes et vise une dimension universelle. Les poètes explorent toutes les formes d’écriture : vers libres, poèmes en prose, prose poétique Pour les surréalistes, la femme aimée est un intermédiaire privilégié qui permet de mieux de se connaître et de connaître le monde. Ils ont lu Freud et lui emprunte la notion d’Eros. L’amour opère alors comme une pulsion de vie, point de départ de la création.

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