Contextualisation de Madame Bovary (synthèse de plusieurs ouvrages)

Le contexte historique et politique:

Quoique réaliste et ancré dans l’Histoire, le roman est très discret sur les dates et les événements historiques. Contrairement à Hugo par exemple il ne parsème pas son récit de commentaires ou de jugements personnels reflétant un engagement explicite. Il n’en demeure pas moins que toute écriture est le reflet d’une idéologie et des partis-pris de son auteur. Le roman rend ainsi compte d’un certain état de la société, des mentalités et des idéologies en vigueur (ici le contexte d’écriture = le Second Empire).

Le récit évoque deux bornes chronologiques: le père de Charles est compromis dans une affaire en 1812 tandis qu’Homais obtient la croix d’honneur et adresse une pétition au souverain. On peut en conclure que l’intrigue se déroule dans la première moitié du XIX°, entre 1836 et 1847, soit sous la Monarchie de Juillet.

La Monarchie de juillet : régime qui intervient après les « Trois Glorieuses » (27 au 29 juillet 1830). Charles X est contraint d’abdiquer, tandis que le duc d’Orléans prête serment et devient Louis-Philippe 1er, « roi des Français » (la dynastie des d’Orléans succède à celle des Bourbons). On parle aussi de « Monarchie bourgeoise ». De nombreuses lois répressives contre la presse et le théâtre sont alors en vigueur. La situation économique et sociale est par ailleurs difficile.

Une insurrection en février 48 met fin à ce régime. Louis-Philippe est chassé du pouvoir et on instaure la Seconde République (liberté de la presse, suffrage universel) qui sera renversée à son tour par le coup d’Etat de son premier président élu, Louis Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Il se fait sacrer empereur un an plus tard alors que commence le Second Empire de Napoléon III (régime autoritaire/ forte censure: en 57 procès contre Baudelaire, Sue et Flaubert: « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » et « outrage à la religion catholique).

Flaubert se montre assez méfiant et méprisant envers la politique et il s’efforce de gommer les événements dans son œuvre. Comme l’indique le sous-titre « Mœurs de province », il s’intéresse davantage aux constantes de la société.

Le contexte économique:

La Monarchie de Juillet est marquée par un important essor économique perceptible dans le discours de Lieuvain aux Comices (développement de l’agriculture et de l’industrie, progrès de la mécanisation – cf. chapitre 15 partie II- fort essor du commerce dont témoigne le personnage de Lheureux, notamment grâce au développement des transports). Flaubert suggère cette situation à l’aide de notations en apparence anecdotiques en filigrane. Le passage consacré aux comices illustre l’essor de l’agriculture (engrais, organisation de concours à partir de 1831par le Conseil général de l’agriculture, accroissement des rendements).

Le Second Empire, lui, est marqué par l’avènement du capitalisme industriel et par un système bancaire fort. C’est le règne des scandales et de la spéculation. Le Baron Haussman transforme Paris, tandis que naissent les grands magasins, et la fabrication en série permise par les innovations technologiques (tout ceci encourage les achats compulsifs d’Emma/ la production industrielle et l’essor du commerce participent à l’enfermement d’Emma: mise en place d’un capitalisme qui stimule la consommation). Homais est le chantre de ce progrès économique: il invite les autres à visiter la filature (regard ironique de Flaubert), il incite aussi Charles à innover en matière médicale, ses sympathies politiques varient en fonction de ses intérêts et il semble prêt à tout pour assurer sa réussite sociale. Son parcours représente la victoire du parti de l’ordre et des conservateurs. Lheureux, lui, incarne la spéculation dénuée de tout scrupule pour les victimes. L’argent joue en effet un rôle fondamental dans ce roman puisqu’il contribue fortement au suicide de l’héroïne éponyme. Flaubert nous conte la ruine d’une famille selon un processus de prolétarisation: le père de Charles pouvait vivre de ses rentes mais Berthe deviendra ouvrière.

Le contexte social:

La société reste très hiérarchisée et cloisonnée. Emma rêve devant le monde des aristocrates qui lui semble un univers luxueux et raffiné (cf. Bal à la Vaubyessard). Comme nombre de français de l’époque elle aspire à une ascension sociale et fait face à de multiples frustrations. Sa frénésie d’achat et ses dépenses compulsives sont une façon de chercher en vain à compenser ses frustrations sociales et affectives. Son fétichisme pour le porte-cigares qui intervient de façon obsédante dans le récit est tout aussi symptomatique de ce malaise. L’objet n’a de prestige à ses yeux que parce qu’elle lui attribue un passé mondain et amoureux. Ceci explique pourquoi elle en offre un « tout pareil » à Rodolphe sans réaliser que le 1er était finalement une marchandise réalisée en série. Elle est de la même façon fascinée par Paris. Ses fantasmes se construisent autour d’une vie « divisée par parties, classée en tableaux distincts ». Elle rejette l’univers de la petite bourgeoisie auquel elle appartient. A l’époque, la bourgeoisie est en plein avènement mais l’aristocratie joue toujours un rôle important sur les plans économiques et politiques (cf. le personnage du marquis d’Andervilliers). Flaubert accorde cependant aussi une large place à la bourgeoisie triomphante (propriétaires terriens, professions libérales ou membres de la fonction publique comme Rodolphe, Homais, Canivet, Larivière) qui aspire à une notabilité politique. Viennent ensuite les petits bourgeois comme Binet ou la veuve Lefrançois. La majeure partie de la population est cependant constituée du petit peuple et des paysans qui connaissent des situations diverses. Le père Rouault incarne par exemple une paysannerie riche, tandis que Catherine Leroux incarne la misère d’un peuple exploité. Ce que l’on peut noter, c’est que le regard ironique de Flaubert se porte tout autant sur les nobles que sur les bourgeois (cf. épisode des comices: réunion cacophonique de toutes les couches de la population / manifestation des hiérarchies sociales/ rapports de pouvoir, société inégalitaire qui reprend le dessus dès que la liesse des festivités disparaît).

Le contexte culturel: est marqué par l’essoufflement du romantisme à partir de 1840

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