Contextualisation de l’œuvre :

I ) Les années 1830 : une France et une Europe au climat mouvementé :

Musset transpose dans sa pièce le climat mouvementé qui caractérise l’Europe dans les années 1830. La pièce, écrite en 1834, met en œuvre la Florence de 1534.

La jeune génération, qui s’estime flouée, aspire en effet à un autre monde. La jeunesse romantique, notamment se caractérise par son « mal du siècle » et sa nostalgie de la Révolution française et de l’épopée napoléonienne. Beaucoup versent dans un apolitisme traduisant leur révolte face à des régimes politiques décevants et des espérances déçues. Ainsi, le lecteur de 1834 peut-il lire à travers cette pièce historique des allusions nettes à l’actualité et aux aspirations de l’époque. La Florence renaissante opère comme un miroir de la France de la Monarchie de Juillet et des révolutions européennes.

« Lorenzaccio est une pièce politique, pleine d’allusions aux événements contemporains » Henri Lefebvre dans sa biographie consacrée à Musset.

Partout en Europe, l’idée de l’autodétermination des peuples se répand tandis que les nationalismes germent (écho = discours des patriotes contre l’occupant allemand à Florence).

La restauration et la Monarchie de Juillet :

– avant 1830 : la Restauration lorsque Louis XVIII arrive au pouvoir la France hésite entre ancien régime et révolution. Le régime de la restauration (1814-1830) constitue une période de compromis entre tradition et idées nouvelles. C’est une monarchie constitutionnelle. Le roi conserve une partie des acquis de la révolution même si beaucoup sont nostalgiques de l’Ancien Régime : ainsi on conserve le drapeau blanc à la fleur de lys tandis qu’on reconnaît l’égalité civile et que les libertés publiques sont garanties. Cependant, des dérives monarchiques surviennent dès 1815. Les ultras, farouchement hostiles à la bourgeoisie et au peuple parisien orchestrent la Terreur qui génère de nombreuses victimes. C’est le retour d’une presse muselée par la censure, d’une université surveillée et des libertés publiques restreintes. Le phénomène s’accroit encore lorsque Charles X succède à son frère et règne de 1824 à 1830. Il impose un pouvoir autoritaire et intolérant, puis une monarchie dictatorial à l’aide de son dernier ministre : Polignac. Début 1830, un nouveau parti républicain voit le jour et réclame l’abolition de la monarchie tandis que les monarchistes modérés aspirent à une vraie monarchie parlementaire. Le 25 juillet, Charles X tente de garder le contrôle de la situation en promulguant les quatre ordonnances (suspension de la liberté de la presse, dissolution de la chambre des députés, loi électorale en faveur des grands propriétaires…) qui ne font qu’aggraver les contestations. Une insurrection éclate à Paris : « les trois glorieuses » (du 27 au 29 juillet 1830). Charles X est contraint d’abdiquer et de s’exiler.

– Après 1830 : la Monarchie de juillet: Le duc d’Orléans devient roi sous le nom de Louis-Philippe 1er sous les acclamations du peuple. C’est le retour au drapeau tricolore (élan national). La religion catholique n’est plus religion d’Etat (séparation du trône et de l’Etat). Le rôle de la noblesse décline au profit de la bourgeoisie. Le système parlementaire se développe (Chambre des députés = lieu essentiel du débat politique). Mais la situation économique défavorable, la misère, les mauvaises récoltes favorisent les émeutes et la contestation. L’opposition républicaine se consolide, si bien que le régime recourt à des mesures conservatrices et à une répression souvent violente. Le mécontentement populaire est intense. Le « roi-citoyen » est perçu comme un « roi-bourgeois », égoïste, qui ne fait pas cas des problèmes sociaux (cf. les caricatures de Daumier comme Gargantua par ex). Les intellectuels de leur côté portent un intérêt de plus en plus vif aux questions sociales et à l’industrialisation (ex : Hugo). Influencés par le romantisme, ils placent souvent le peuple au centre de leurs œuvres (avènement du peuple en littérature/ cf. Eugène Sue). On voit aussi naître le catholicisme social, rappelant aux privilégiés les vertus de la charité chrétienne. C’est aussi la naissance du socialisme. La question sociale devient un enjeu politique très important, notamment lorsque sévit la grande crise économique de 1847 qui sera fatale pour la Monarchie de Juillet.

Dans cette tourmente, la jeunesse française se tourne vers les mouvements nationalistes des pays voisins qui cherchent vainement à se libérer des tutelles étrangères (Italie, Pologne, Belgique, Allemagne). Les échecs successifs de ces révolutions sont source de méditation sur les potentialités des forces républicaines.

II ) Le contexte littéraire et culturel : (ce point sera développé plus longuement ultérieurement.

Les arts et la littérature visent également à se libérer des traditions et des conventions. Après le renouveau poétique de 1820, les romantiques s’attaquent au théâtre vers 1830 (bataille d’Hernani). Il s’agit d’imposer le drame historique et de rejeter les règles classiques.

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