Séance 1 Etude du poème « Une allée du Luxembourg » de Gérard de Nerval

Objectifs :

– convoquer les acquis sur le genre (strophe, vers, rime…)/ apprendre à réagir activement face à un texte poétique

– revoir certaines notions comme comparaison et métaphore, hyperbole

– développer les aptitudes analytiques en vue d’un apprentissage progressif de la lecture analytique.

I – Qui est Gérard de Nerval ?

Gérard Labrunie dit Gérard de Nerval (1808-1855). Il est difficile de saisir la biographie de cet auteur qui s’est construit comme un mythe, affirmant « s’être brodé sous toutes les coutures » à travers ses œuvres. Pour lui il y a confusion entre la vie réelle et la vie rêvée, il considère la littérature comme la vraie vie. Rapidement orphelin de mère il connaît une enfance délicate.

En 1826 il publie des poésies Elégies nationales (écrites en 1824 alors qu’il est en classe de Première avec Théophile Gautier).

En 1828 il traduit le Faust de Goethe et s’introduit dans les rangs de la jeunesse romantique et devient l’un des piliers du « Petit Cénacle » (groupe de poètes bohêmes réunis autour de Petrus Borel). Ses idées républicaines le conduiront en prison.

Il s’intéresse alors au théâtre, comme auteur avec des pièces comme Le Prince des sots 1831, Léo Burckart en 1839, ou comme critique pour différents journaux. Amoureux de l’actrice Jenny Colon, il se ruine en tentant de créer une revue luxueuse en 1835-36 Monde dramatique.

Il voyage en Europe (Italie, Autriche, Allemagne) puis en Orient en 1843, mais il connaît alors des troubles mentaux qui prendront la forme de crises violentes en 1849, puis en 1853-55. C’est pourtant à cette période qu’il produit ses plus grands chefs-d’œuvre dont :

Voyage en Orient, 1851

Les filles du feu, 1854

Les Chimères, 1854. Les Chimères forment un ensemble de douze sonnets : El Desdichado, Myrtho, Horus, Antéros, Delfica, Artémis, Le Christ aux Oliviers, Vers dorés (Le Christ aux Oliviers comporte à lui seul cinq sonnets). Le nombre 12 semble avoir été choisi à dessein par Nerval, selon une symbolique traditionnelle.

On le retrouve pendu aux barreaux d’une grille le 26 janvier 1855.

II – Première approche :

Face à un texte il convient de se poser certaines questions préalables : qui est l’auteur ? à quel mouvement appartient-il ? Quel est le genre du texte ? Sa date de composition ?

Ici nous nous trouvons devant un texte appartenant au genre poétique (typographie, rimes…). Le paratexte nous renseigne sur la forme poétique : une odelette : poème brève de tonalité lyrique, composé d’une seule strophe (dizain ou douzain) ou de plusieurs, de formes variées. Cette forme légère s’apparente à la chanson populaire. La date, 1832, et le nom de l’auteur nous permettent de situer le texte dans le mouvement romantique.

Ici 3 strophes (groupement de vers séparé des autres par un blanc typographique). Ces strophes sont des quatrains (groupe de quatre vers). Les vers sont des octosyllabes.

Il convient ensuite de procéder à une première lecture et de s’interroger sur le titre.

« Une allée du Luxembourg » : le Luxembourg est le nom d’un jardin public parisien. Il s’agit donc d’un lieu public, extérieur. La première lecture nous renseigne sur le thème général du poème : il est question d’une rencontre amoureuse dans un lieu public, une rencontre qui n’aura pas de suite, un coup de foudre.

On peut alors s’interroger sur le registre du texte :

Le thème dominant est l’amour et on peut constater la présence de la 1ère personne. On peut donc parler de registre lyrique. Attention le JE n’est pas forcément le poète (pas autobiographie).

Qu’est-ce qu’un registre ? Le registre est l’effet recherché par l’auteur et les moyens mis en œuvre pour y parvenir (ex s’il s’agit de condamner une idée ou un fait de société je peux dénoncer à l’aide du registre polémique, je peux chercher à faire rire et recourir au registre comique, je peux me moquer avec le registre satirique…).

Qu’est-ce que le registre lyrique ? C’est le registre utilisé pour l’expression des sentiments, souvent à la 1ère personne. L’auteur cherche à faire partager ses sentiments intimes au lecteur, sentiments qui peuvent avoir une valeur générale. Ce registre repose sur différents procédés : intonation et rythme, ponctuation expressive, termes intensifs (hyperboles), champs lexicaux des sentiments, de l’affectivité.

Il faut observer le mouvement, la structure, la composition du texte :

La première strophe évoque l’objet de la rencontre en proposant un portrait rapide de la jeune fille.

La seconde évoque les possibilités amoureuses. Mais on note tout de suite la présence du conditionnel, employé ici comme mode : actions possibles mais pas certaines.

D’ailleurs la troisième évoque la déception générée par cet amour impossible.

On peut donc s’aider du repérage des champs lexicaux :

Champ lexical des sentiments : le cœur au mien répondrait v 6, le bonheur, harmonie v 11

Champ lexical de la lumière : brille v 3, l’éclaircirait v 8, doux rayon v 10, m’a lui v 10

Champ lexical de l’obscurité : ma nuit profonde v 7

On constate une première opposition entre la lumière et la nuit, opposition à laquelle s’ajoute un contraste entre la vie et la mort.

Champ lexical de la vie et du début : jeune fille v 1, vive et preste v 2, un refrain nouveau v4, ma jeunesse v 9

Champ lexical de la mort et de la fin : ma nuit profonde v7, ma jeunesse est finie v 9, Adieu v10, il a fui v12.

Il se dégage donc une opposition entre la situation du JE et celle de la jeune femme qui peut expliquer l’impossibilité de cet amour. Le JE semble mélancolique tandis que la jeune femme est pleine de vie.

On peut ensuite repérer les figures de style :

Dans la 1ère strophe la jeune fille est comparée à un oiseau V 2 : cette comparaison permet de traduire sa vivacité et sa joie de vivre. Elle est en mouvement, elle vit. La fleur elle symbolise la beauté éphémère.

Dans la seconde strophe : on note la métaphore : « dans ma nuit profonde » : métaphore d’un individu tourmenté (corps et âme)

Dans la troisième strophe on note une métaphore : « doux rayon qui m’a lui » : cette analogie assimile la jeune fille à la lumière.

Vous pouvez observer la ponctuation :

Il est facile de repérer la ponctuation expressive.

V 8 : le point d’exclamation peut traduire l’intensité de l’espoir du JE alors qu’au contraire il traduit au v 12 l’intensité de son désespoir. Le poème s’organise autour d’une tenson espoir/ désespoir.

Il faut aussi s’intéresser aux points de suspension :

V 8 : ils peuvent traduire un arrêt dans le propos du JE qui songe au bonheur possible, mais on peut aussi les interpréter comme un signe du passage de l’espoir au désespoir lorsque la jeune fille passe son chemin par exemple.

V 9 : ils marquent un temps d’arrêt qui témoigne du désespoir : il reste presque sans voix

V 11 : ils traduisent la dilution de ses espoirs.

Il est également possible de s’appuyer sur les sonorités (allitérations et assonances)/ les rimes :

Ex : la rencontre à la rime des mots fille et brille souligne la beauté de la jeune femme et la lumière qu’elle apporte au JE.

De même « qui m’a lui »/ il a fui : souligne le contraste entre espoir/ désespoir et met en relief le caractère éphémère, fugitif de cette rencontre.

Uns fois ces premières pistes dégagées vous devez reprendre la lecture du texte et chercher à approfondir les analyses.

III – Analyse approfondie :

Dans ce poème l’auteur veut retracer une rencontre fugitive. Il opte pour une odelette. Cette forme poétique, proche de la chanson populaire cadre bien avec cette femme qui chantonne et danse presque.

Cette jeune femme ébahit le poète et l’octosyllabe, qui est un vers bref et rapide, imite la fulgurance de cette admiration, la rapidité des différentes émotions ressenties.

Première strophe :

– l’auteur emploie l’article défini pour introduire le GN « jeune fille », or c’est la première fois qu’il la mentionne, cela lui donne une dimension plus universelle : c’est l’archétype de la femme. Une sorte d’image de la femme idéale. Elle se distingue par ses qualités : vivacité, légèreté (comparaison avec l’oiseau). Tout en elle symbolise beauté et jeunesse, jusqu’à la fleur qu’elle tient (symbole) ou encore le refrain qu’elle chante.

– L’allitération en [L] suggère cette légèreté

– Le recours au passé composé « elle a passé » met d’emblée cette rencontre sous le signe de l’éphémère.

– L’absence de coupe (virgule) dans les vers 2, 3 et 4 signifie la rapidité, la vivacité de la jeune fille, mais aussi la rapidité de son passage, de cette vision.

– Hypallage « fleur qui brille » : hypallage : figure de construction qui lie un mot à un autre (ici brille à fleur) alors qu’il se rattache logiquement à un autre (ici la jeune fille).

– On peut voir dans cette fleur un symbole de la beauté de la jeune femme

Deuxième strophe :

– « la seule au monde » : hyperbole qui contribue à faire de cette jeune fille une femme d’exception. Même chose avec l’adjectif « seul » au v 8 « d’un seul regard » qui suggère l’efficacité de cette femme si lumineuse

– Conditionnel traduit la possibilité. Le poète fait ici des suppositions (modalisateur « peut-être »). Le rêve surgit : le JE rêve de bonheur.

– Idée d’une réciprocité « dont le cœur au mien répondrait »/ motif de l’âme sœur

– Métaphore de la nuit profonde

– Le déterminant possessif « ma » traduit la solitude du JE

– L’allitération en [P] suggère la façon dont le poète s’accroche à cet espoir

– Cette femme est susceptible de transformer la vie du JE en lui permettant de passer de la nuit à la lumière

– Le verbe « éclaircir » suggère aussi le coup de foudre, la fulgurance de cet amour.

– Le point d’exclamation traduit ce grand espoir

– Les points de suspension peuvent suggérer que le JE rêve à cet amour (fantasme)

Troisième strophe :

– Cette strophe marque une rupture avec les précédentes, ce que signifie la conjonction de coordination « MAIS » mise en relief au début du v 9 (mise en relief car le 1er mot du vers est accentué).

– Cette opposition est renforcée par l’adverbe de négation « non ». Le groupe est en outre mis en relief par la pause de la double ponctuation : virgule + tiret. C’est un peu comme si la voix restait en suspens.

– On peut remarquer que la suite est entre tirets : il s’agit d’une remarque explicative

– On note le ton mélancolique de cette strophe, c’est le temps des regrets « ma jeunesse est finie »/ « Adieu ».

– Les points de suspension traduisent un soupir

– « doux rayon qui m’a lui » : le verbe luire est ici employé d’une façon inhabituelle avec le pronom « M » en position de COD : rappelle que cette femme est une illumination

– assonance en [i] traduit la tristesse (finie, lui, fille, adieu, harmonie, fui).

– Le JE est à nouveau dans sa nuit : le doux rayon a disparu. La rencontre à la rime de finie/ harmonie marque ce retour à un état malheureux.

– Métaphore « le bonheur passait » : la jeune fille est assimilée au bonheur

Bilan :

Dans ce poème Nerval cherche à traduire le caractère éphémère d’une rencontre amoureuse impossible qui conduit le JE à éprouver plus douloureusement sa solitude.

On retrouve le sentiment romantique du « nevermore »

Travail personnel :

– revoir le cours et apprendre tout ce qui est notion ou définition

– s’imprégner de la méthode et préparer l’étude du texte de Victor Hugo

– faire le travail de recherche (cf. photocopie).

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