A propos du titre « Madame Bovary. Mœurs de province »

 

Le titre = une étiquette qui situe le roman, donne une indication sur des aspects importants de l’œuvre. Ici il lui donne une dimension sociale. Il reprend ici le nom du personnage éponyme, et il met d’emblée l’accent sur son statut d’héroïne et sur ce qui sera sa souffrance. Le titre est un condensé de ses rêves brisés.

– le nom de famille indique qu’il s’agit d’une bourgeoise, et non d’une aristocrate à son grand désespoir (source de frustration). Ce choix répond à un code romanesque en vigueur à l’époque. Toutefois l’absence du prénom dans le titre est significative. Le titre, en se concentrant sur le patronyme de son époux souligne combien Emma est comme dépossédée d’elle-même. Elle est totalement définie par ce titre d’épouse et elle perd ce prénom qui la singularise, qui fait d’elle un être à part entière, un individu doté d’un libre-arbitre. Elle est comme absorbée par ce milieu, cet environnement régi par des mœurs et des règles qui ne lui conviennent pas. De cette façon, Flaubert pointe au lecteur un aspect essentiel du roman: le drame de la femme mal mariée, conduite vers l’adultère, la faute, par la monotonie de son mariage et l’ennui qui en découle.

Le personnage de Rodolphe souligne cette dépossession en lui faisant remarquer que Bovary, c’est « le nom d’un autre ». Force est de constater aussi que c’est un nom qu’elle partage avec Héloïse Bovary, la première épouse, ou encore la mère de Charles.

Le nom permet aussi à l’auteur de donner l’illusion de la réalité des personnages; il est aussi porteur de significations. Bovary évoque ainsi le mot bovin et peut être symptomatique de la bêtise de Charles, mais aussi de celle d’Emma, aveuglée par ses prétentions et tendances romantiques. On peut aussi entendre « Bove a ri », comme si le titre était annonciateur du rire final d’Emma, ou encore « B ovary » (ovaire) qui suggérerait son comportement hystérique.

– le terme « Madame » met en avant son statut d’épouse, de femme mariée (statut qui la condamne normalement à certaines obligations comme la fidélité)

– elle vit dans une petite ville de province

– le sous-titre (ou second titre à l’époque) opère comme une indication de genre: il annonce que l’auteur se livrera à une étude de mœurs (conduites humaines en société). Il constitue aussi une indication spatiale (province opposée à Paris. Clivage extrêmement important dans les romans du XIX°). Il ancre le roman dans un contexte spatial et social: la Normandie reconfigurée, recréée par la fiction romanesque. A cette province s’oppose la capitale qui opère comme un ailleurs inaccessible dans les rêveries d’Emma. Ce titre n’est pas sans évoquer Balzac, écrivain réaliste, auteur de « Eugénie Grandet. Scène de la vie de province ». En recourant aux termes « scènes » ou « études », Balzac soulignait sa volonté quasi scientifique d’étudier, à travers ses personnages, des « espèces sociales » en fonction des lieux où se déroulent leurs existences et où s’exercent leurs passions.

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