P L : séquence 2 / corrigé de la question sur corpus

Le corpus soumis à notre étude se caractérise par sa forte amplitude diachronique puisque les textes ont été publiés entre 1668 et 1984. Il présente également une unité générique puisqu’il s’agit de 4 fables signées de La Fontaine, auteur du XVII° que l’on peut rattacher au classicisme français, de Jean Anouilh et de Jacques Charpentreau, écrivains du XX°. Ces textes, qui se présentent comme des réécritures, offrent cependant une diversité thématique. Les deux versions de l’apologue « Le Chêne et le Roseau » invitent à une réflexion métaphysique à travers les débats de deux végétaux tandis que « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » et sa réécriture « Le Bœuf qui veut se faire aussi petit que la grenouille » fustigent un sentiment humain fort répandu: l’envie. Cette dernière toutefois, aborde la question de l’imitation et rend hommage à La Fontaine. La Fontaine désignait l’ensemble de ses fables comme « une ample comédie à cent actes divers », ce qui nous amène à nous demander pourquoi on peut qualifier ces fables de comédies humaines.

Le terme comédie renvoie par définition à l’univers dramatique. Il désigne généralement une pièce de théâtre, au dénouement heureux, destinée à faire rire le spectateur. Or, on ne peut que constater que La Fontaine, dans ses récits, emprunte beaucoup à l’art du théâtre qu’il a également pratiqué. Il est imité en cela par Anouilh dans sa parodie, et par Charpentreau dans son pastiche. Nos 4 textes se caractérisent en effet par une forte dramatisation de l’anecdote qui sert de corps à l’apologue. Les fabulistes donnent toujours la parole à leurs protagonistes, qu’il s’agisse de végétaux ou d’animaux. Chacun recourt au discours direct ainsi qu’en témoignent les multiples questions de la grenouille chez La Fontaine ou du Bœuf chez Charpentreau. Les verbes de parole et les propositions incises abondent. Il s’agit pour l’auteur de ménager ainsi un effet de scène afin de donner l’impression au lecteur qu’il assiste aux débats. La ponctuation expressive donne alors à entendre les différents sentiments des personnages. Ces différents procédés visent à créer une illusion théâtrale censée captiver plus facilement l’attention du lecteur.

Il convient également de remarquer que des protagonistes comme les végétaux ou les animaux opèrent comme des acteurs dotés de masques. Le jeu de va et vient entre l’anthropomorphisme et les règnes animal ou végétal permet au lecteur de comprendre que les personnages incarnent des situations ou des défauts humains. Par la mise en œuvre de personnifications, le Chêne symbolise par exemple la suffisance des grands de ce monde ainsi que le suggère une réplique hyperbolique comme « Cependant que mon front, au Caucase pareil […] Brave l’effort de la tempête ». La Grenouille chez La Fontaine, ou le Bœuf de Charpentreau incarnent quant à eux l’envieux.

A cela s’ajoute le fait que les différents épisodes qui constituent le récit ne sont pas sans rappeler les actes qui composent une comédie. Une rapide exposition présente le décor et les personnages, immédiatement suivie par l’action, soit les péripéties: arrivée du vent qui débouchera sur un dénouement malheureux. Rappelons que le terme comédie, dans une acception plus générale, peut désigner toute œuvre dramatique. Dans « Le Chêne et le Roseau », le ridicule, se voit en revanche logiquement puni. Comme souvent dans la comédie, le dénouement des fables repose régulièrement sur un effet de surprise comme le déracinement et la mort du végétal le plus solide dans « Le Chêne et le Roseau ».

Ainsi, si l’humour et le comique ne sont pas étrangers à l’univers des fables, ainsi qu’en témoignent les propos ironiques et amusés du Roseau de La Fontaine, il apparait que, comme au théâtre, la comédie ici ne vise pas exclusivement le rire. L’humour sera plus fréquent dans une fable comme « Le bœuf qui veut se faire aussi petit que la Grenouille » qui se rapproche de la comédie de caractère. Celles qui relèvent davantage de la satire sociale ou politique, ou encore d’une réflexion métaphysique comme la réécriture d’Anouilh peuvent offrir un ton plus amer.

Au terme de notre étude, il apparait que certains procédés comme la dramatisation du récit, l’anthropomorphisme et le jeu des masques permettent de qualifier ces fables de comédies humaines. La fable a alors pour fonction de mettre en scène des vices et des situations propres à l’humain pour distraire le lecteur et lui plaire, tout en l’éduquant. La Fontaine et ses successeurs suivent en cela le précepte horatien du « placere et docere ». Toutefois, comme chez son ami et dramaturge Molière, la comédie ne se limite pas ici au rire, elle cherche aussi à corriger les hommes selon le principe du « castigat ridendo mores », et à œuvrer pour un monde meilleur en opérant comme un miroir du prince.

Publicités