Arthur Rimbaud, sa vie, son œuvre et son temps :
A – Le contexte politique, économique et social :
Rimbaud naît le 20 octobre 1854, soit quelques années après le coup d’état du 2 décembre 1851 de Napoléon III. Ce dernier, que beaucoup considèrent comme un pantin ridicule, instaure un régime autoritaire. Soucieux de préserver les intérêts de la bourgeoise possédante et de l’Eglise catholique, il restaure l’ordre moral et politique dans le pays (liberté de presse et de réunion = réduites, l’opposition républicaine = détruite, beaucoup d’arrestations et d’exils).
La France connaît, en outre, un essor économique considérable (développement des banques, du crédit, révolution des transports et mécanisation). Grands travaux de rénovation et d’expansion dans Paris (Hausmann + apparition des grands magasins). Rimbaud évoquera souvent cette modernité dans son œuvre (comme Baudelaire, mais aussi Zola). S’il en loue certains aspects, il dénonce également l’uniformité, la violence et surtout la misère qui peuvent régner dans ces grandes villes occidentales (notamment Paris et Londres). La ségrégation sociale semble s’accroître. L’œuvre de Rimbaud témoigne de son attachement pour les travailleurs et les milieux modestes. Il multiplie les attaques contre l’empereur et cette société dite de « la fête impériale » (frivolité, matérialisme, pudibonderie). Religion et bourgeoisie sont les cibles de bien des traits satiriques (dérision).
B – La guerre franco-prussienne et la Commune ou l’effondrement de l’Empire :
A la fin des années 1860 la situation de la France s’est assombrie : décélération économique, relations internationales délicates. Le mécontentement grandit. Napoléon III, malade et vieillissant, déclare cependant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870 (Prusse = dirigée par Bismarck). L’annonce du conflit provoque un sursaut de patriotisme, dont Rimbaud se raille en parlant de « patrouillotisme ». Du haut de ses 15 ans, il dénonce la façon dont les bonapartistes justifient le conflit. Suite à une accumulation de défaites, la France capitule à Sedan le 1er septembre. Outrés les Parisiens proclament la République le 4 septembre et organise un gouvernement de défense nationale chargé de poursuivre les hostilités. Malgré cela, Paris est investi le 19 septembre, l’armistice signé le 28 janvier 1871 (perte de l’Alsace et de la Lorraine + indemnités énormes à verser à la Prusse). L’Assemblée nationale monarchiste portée au pouvoir aux élections de février décide de s’installer à Versailles, ce qui mécontente la capitale. Le 18 mars, l’insurrection de la Commune éclate. La répression de ce mouvement révolutionnaire est brutale et la « semaine sanglante », du 21 au 28 mai 1871, fait 30000 morts. Rimbaud ne cache pas son admiration pour les insurgés.
C – Le contexte culturel :
L’œuvre de Rimbaud, inclassable, s’est nourrie des courants littéraires et artistiques qui ont traversé la 2nde moitié du XIX° (romantisme, parnasse), sans jamais s’assimiler à aucun. Elle ouvre la voie à la modernité. Durant l’Empire, en raison de la censure et du conformisme de la société, les œuvres sont globalement consensuelles. Le romantisme est en perte de vitesse à partir de la révolution de 1848. Hugo inspire à Rimbaud ses évocations épiques et lyriques des milieux populaires. Certains auteurs tentent cependant de briser cette uniformité culturelle. Le réalisme, à partir de 1850, fait scandale (cf. procès de Flaubert pour Madame Bovary en 1857). On lui reproche de vouloir peindre sans fard le monde contemporain. Pour les réalistes une œuvre peut s’intéresser à tous les sujets, y compris le laid, l’immoral. Ils évoquent ainsi bien des « déclassés ». On trouve des traces du réalisme chez Rimbaud, mais ce dernier va plus loin et se livre à un « saccage esthétique », une iconoclastie : portraits défigurés, ironie, surinvestissement du lexique corporel, prosaïsme antipoétique. A partir de 1870, le réalisme se radicalise, notamment sous la plume de Zola qui est à l’origine du naturalisme (il s’agit de hisser la littérature au rang de science). Parallèlement, les parnassiens prône un art indépendant de tout engagement moral ou politique. Rimbaud, dans sa jeunesse, a cherché à publier dans les revues parnassiennes, mais il s’émancipe très rapidement des préceptes du groupe. On rencontre chez Rimbaud une volonté de « tuer la vieillerie poétique » et un goût prononcé pour la transgression.
D – Contexte biographique :
Né à Charleville le 20 oct. 1854. Son père, militaire, se sépare assez vite de sa mère, Vitalie Cuif, une femme austère qui élèvera donc seule ses 4 enfants. Rimbaud ne reverra jamais son père. Sa mère lui inculque une éducation très religieuse. Collégien précoce, il est remarqué pour ses talents d’écriture. Il devient l’ami de Georges Izambard, l’un de ses professeurs, qui oriente ses lectures et encourage ses talents. A 15 ans, il fait une 1ère fugue qui lui vaut la prison à Mazas, incarcération suivie d’un séjour à Douai chez son ancien professeur. Il écrit alors les poèmes qui composent les Cahiers de Douai (apprentissage de la sensation, de la liberté mais aussi de la subversion notamment contre le pouvoir et la religion).
Son agressivité grandit avec la Commune (désir de détruire l’ordre ancien, désir de révolution dans et par les mots, il veut une poésie qui change la vie, qui soit une arme). Il met un terme à ses études et multiplie les fugues. En septembre 1871, il est accueilli à Paris par Verlaine et il découvre les milieux littéraires parisiens. C’est le début du scandale (homosexualité, alcool, stupéfiants). Il acquiert très vite une réputation exécrable. En 1872, les 2 hommes fuient en Belgique puis à Londres. Après bien des tumultes, le 10 juillet 1873, sous l’effet de l’alcool, Verlaine tire sur Rimbaud. Verlaine est emprisonné, Rimbaud rentre chez sa mère et écrit Une Saison en enfer, puis achève les Illuminations, unique recueil publié par ses soins. Il renonce alors à la littérature, âgé de 20 ans. Il parcourt alors le monde, cherchant toujours un autre ailleurs, se fixe à Aden, puis Harrar. Il cherche à faire de l’or, se livre à un certain nombre de trafics. Souvent malade, il voit son état de santé s’aggraver en 1891. Il est rapatrié à Marseille où on l’ampute, mais ce cancer des os l’emporte le 10 novembre 1891.

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