– Etape 1: analysez la question, repérez les mots, réfléchissez à ce que l’on vous demande:

« Comment l’image de l’ogre varie-t-elle d’un texte à l’autre? »:

– qu’en disent-ils, comment le décrivent-ils par exemple? Quels sont les attributs et les caractéristiques de ces ogres

– avec quels procédés? Quels moyens linguistiques?

Vous devez garder à l’esprit l’objet d’étude concerné: ici les réécritures.

Le verbe « varier » est à mettre en relation avec les réécritures: certains textes sont-ils des pastiches, des parodies etc…Vous devez vous interroger sur les intentions des auteurs. Que veulent-ils exprimer à travers le personnage de l’ogre? Que symbolise-t-il pour eux? Cherchent-ils à le valoriser ou non? Pourquoi?

– Etape 2: une fois la question comprise vous devez vous livrer à une première approche du corpus:

– forte amplitude diachronique du corpus puisque les textes sont été écrits entre 1697 et 1978

– 2 textes (A et B) sont publiés la même année par le même auteur

– 3 sont des récits, le texte C relève du genre poétique mais tous sont des apologues donc unité générique: récits en prose ou en vers à visée didactique et moralisatrice

– écho entre les titres des textes A et D qui annonce une réécriture

Ces éléments peuvent s’avérer intéressants pour la rédaction de l’introduction.

– Etape 3: vous passez alors à la lecture de chacun des textes pour relever les idées importantes et les traits saillants utiles à votre réponse. Attention!!! Le temps est compté, il ne s’agit pas de se livrer à une lecture exagérément fouillée des textes. Il faut être précis et efficace. Consacrez environ une dizaine de minutes par texte et prenez des notes au brouillon pour rédiger plus facilement ensuite. Pendant que vous procédez à ces lectures, essayez d’établir des ponts entre les textes à la lumière de la question posée et de l’objet d’étude concerné. Tentez de repérer des points de convergence et de divergence entre les textes puisqu’il est nécessaire de les confronter dans votre réponse.

Texte A: « Le Petit Poucet » Charles Perrault, 1697

Ce que je sais de l’auteur: écrivain du XVII°, siècle du classicisme. Connu pour ses contes.

L’ogre est ici un être de sexe masculin dont l’auteur ne donne pas une image positive.

La majuscule du mot « Ogre » semble le rendre encore plus redoutable.

Il suscite la peur: les enfants se cachent à son arrivée. On note la présence du champ lexical de la crainte

Il est autoritaire et mal-aimable ainsi qu’en témoignent les injonctives à la fin de l’extrait. Il demande d’abord si le repas est prêt sans même saluer sa femme. Elle semble à son service. A cela s’ajoute la remarque « regardant sa femme de travers ». Il l’insulte « Maudite femme », la compare à une « vieille bête » et menace de s’en prendre à elle. C’est à peine s’il la laisse s’exprimer ainsi que le suggère l’injonctive « Tais-toi ».

Il est présenté comme un individu hors-norme. Il apparait comme un géant incapable de délicatesse : grands coups frappés sur la porte/ superlatif « le plus cruel des ogres ».

Ses attributs sont tout aussi menaçants que lui: un grand Couteau.

Certains noms communs comportent des majuscules inhabituelles: Ogre/ Couteau/ Mouton/ Veau: tout ce qui est lié à l’ogre semble ainsi disproportionné.

C’est un être sanguinaire, insatiable, gouverné par sa voracité et son flair: anaphore du verbe « sentir » et du GN « la chair fraîche »/ image du sang « mouton tout sanglant »/ l’accumulation « un Veau, deux Moutons et la moitié d’un cochon » exacerbe sa voracité. Les hyperboles vont dans le même sens. Ex: il boit une douzaine de coups plus qu’à l’ordinaire/ Grand couteau/ les dévorait déjà des yeux. Tout est dévoration chez lui, son être entier semble se résumer à cette activité.

Il est insensible et se voit présenté comme un être totalement inhumain. Il incarne la bestialité.

Seul son appétit démesuré semble l’intéresser.

Il incarne un danger pour la jeunesse. Registre pathétique pour évoquer les enfants.

Texte B: « La Belle au bois dormant, Charles Perrault, 1697

Ici transposition du motif de l’ogre puisque Perrault en propose une version féminine.

Comme son homologue dans le Petit Poucet elle s’en prend aux enfants.

Dans ce texte la figure de l’ogre est incarnée par « la reine mère » ce qui va changer la signification du personnage. L’ogre se trouve associé à l’exercice du pouvoir politique. Ses motivations vont donc être différentes.

Comme dans le texte précédent elle est présentée comme cruelle et inhumaine. Son comportement est associé à l’horreur comme en témoigne l’expression « assouvir son horrible envie ». Ces ogres semblent incapables de résister à leurs pulsions négatives.

L’ogresse est plus détestable encore car elle s’en prend aux membres de sa propre famille, ce qui modifie aussi les significations du texte: est-elle motivée par la jalousie.

Comme dans le texte précédent on retrouve l’expression « chair fraîche » et on note la présence d’un « grand couteau ».

Pour mieux souligner l’inhumanité de l’ogresse, Perrault insiste sur la joie de vivre des enfants.

L’anaphore du verbe « manger » souligne sa voracité.

Image de cruauté: adjectif « méchante » dans la reprise nominale « la méchante reine »

Elle est autoritaire: verbes comme « je veux » répétés + injonctives

L’autre point de ressemblance entre ces deux premiers ogres c’est que l’on parvient à les duper. Ceci suggère qu’ils manquent de finesse, voire d’intelligence.

Texte C: « Bon conseil aux amants » Victor Hugo, 1861

Chef de file du mouvement romantique.

Dans ce poème intitulé « Bon conseil aux amants » extrait du recueil Toute la lyre écrit en 1861 mais publié à titre posthume en 1888, il reprend la figure de l’ogre pour en livrer une version originale. Réécriture du motif.

Ce texte se présente comme un apologue: un récit (corps) et une âme ou moralité des v 25 à 30: apostrophe au lecteur/ impératif expression d’un conseil).

Ce texte se caractérise par le registre comique: version humoristique: nom de l’ogre doté d’un suffixe à consonance russe « Ogrousky »/ langage parfois familier « mioche » et le jeu comique de la rencontre à la rime des termes « mioches » et « brioche ».

Par ailleurs Hugo transpose le motif dans un autre cadre avec la référence à la Moscovie.

Cet ogre est humanisé: adjectif « brave »/ ogre épris d’une femme, « amoureux ». Contrairement à ses prédécesseurs il est capable de sentiment ainsi que le souligne l’hyperbole « pauvre petit cœur tout brut ». L’adjectif « brut » ainsi que le groupe nominal « sa peau velue » rappellent sa nature bestiale mais la métonymie « petit cœur » met en relief son côté sentimental.

Les hyperboles sont au service de cette valorisation des sentiments de l’ogre « le rendre fou ».

On retrouve le champ lexical du repas: faim, manger, bouche énorme. Même s’il avale le marmot, Hugo n’insiste pas sur sa voracité en recourant aux verbes « croquer » ou « gober » qui ont un sémantisme moins fort que celui du verbe « dévorer » dans le contexte de cet apologue.

La mention du « bâillement » semble suggérer qu’il l’a mangé malgré lui, comme par inadvertance.

Cet ogre est donc nettement moins sanguinaire et cruel que les autres. Image atténuée.

« Le bon ogre naïf »: l’adjectif naïf constitue un écho de la sottise de ses modèles.

Il est par ailleurs maladroit comme le signifie la morale.

Image assez parodique de l’ogre ici.

Texte D: « La fugue du petit Poucet », Michel Tournier, 1978

Ecrivain contemporain qui n’ appartient pas à un mouvement précis. Récit tiré du recueil Le coq de bruyère paru en 1978.

Le titre qui fait référence au personnage de Perrault annonce ce texte comme une réécriture.

Cette réécriture manifeste ses écarts par rapport à l’hypotexte: le petit Poucet a fui sa famille alors que dans la version originale se sont les parents qui l’abandonnent. Ensuite le mot ogre subit une modification orthographique: Logre en seul mot devient le patronyme de toute une famille.

Le personnage conserve quelques traits de la figure originelle: sa taille avec l’hyperbole « ce géant des bois ». Le fait que ce géant soit mince laisse cependant supposer qu’il ne se caractérise pas par sa voracité, par son appétit.

Le portrait de ce personnage insiste sur sa douceur et sa beauté, ce qui contraste avec la figure traditionnelle de l’ogre. On peut mentionner à ce titre la « barbe soyeuse » ou « ses yeux… tendres ». Logre soigne manifestement sa mise ce qui finit par le féminiser un peu: « Vous êtes beau comme une femme ». On peut aussi mentionner sa « voix fluette ».

Il suscite l’admiration et non la peur: champ lexical de l’émerveillement.

L’auteur ne mentionne plus sa bouche ou ses crocs: il est question de « belles dents blanches » qui se trouvent associées au sourire et non plus à la mastication. Là encore détournement du motif.

L’anaphore du verbe « rire » met en exergue le climat paisible qui règne dans la demeure. La présence de logre ne rime plus avec inquiétude. Il est aimable contrairement aux personnages de Perrault. Comme l’Ogrousky d’Hugo il est doté d’une humanité et il est capable de sentiment.

Il est bien question de repas et l’on rencontre une occurrence du verbe « manger » mais Tournier joue avec les attentes du lecteur puisqu’il décrit un repas entièrement végétarien: longue énumération de légumes et de fruits.

Tournier en fait aussi un musicien.

Tournier semble donc ôter toute bestialité et toute cruauté à l’ogre. Toutefois la fin du texte et la mention de « l’ombre noire de Logre » peuvent sembler inquiétante.

– Etape 4: rédaction

Intro: amorce/ présentation du corpus et reprise de la question (l’annonce de plan n’est pas obligatoire)

Développement: réponse organisée qui confronte les textes. Vous pouvez partir d’abord des similitudes pour finir par les divergences.

Conclusion rapide qui dresse un bilan tenant compte si possible des intentions des auteurs.

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