Fiche sur les préfaces

I – Définition

On nomme préface tout texte liminaire (aux frontières du texte), qu’il prenne l’allure d’une préface, placée avant le texte, ou d’une postface, placée après. La préface consiste en un discours produit à propos du texte. Avant le XVI°, la préface existe, mais elle se trouve souvent intégrée au corps du texte.

II – Les destinateurs (énonciateurs)

3 types de destinateurs (personne à qui est confiée la mission de prendre en charge la préface)

– l’auteur du livre lui-même : dans ce cas on parle de préface auctoriale ou autographe (ex : La Fontaine)

– préface prise en charge par l’un des personnages : on parle alors de préface actoriale

– préface énoncée par une tierce personne : il s’agit alors d’une préface allographe

La préface peut être authentique (attribuée réellement à une personne), mais elle peut être également apocryphe (authenticité incertaine) ou purement fictive.

On distingue également la préface assomptive de la préface dénégative. Dans la 1ère, l’auteur de la préface assume pleinement d’être l’auteur du texte qui suit. Dans la seconde, l’auteur de la préface nie être l’auteur du texte alors qu’il l’est. Ce dernier procédé est courant au XVIII° (cf. Préface du Dictionnaire philosophique de Voltaire ou La vie de Marianne de Marivaux). Il s’agit pour ces auteurs de déjouer la censure mais aussi de jouer avec le lecteur.

III – Le destinataire :

Le destinataire est le lecteur qui va lire le livre, mais au-delà il s’agit souvent des critiques.

IV – Les fonctions des préfaces :

Pour les préfaces auctoriales

La 1ère fonction d’une préface auctoriale assomptive authentique consiste à assurer une bonne lecture du texte.

– on cherche à séduire, à attirer le lecteur en vantant les thèmes et les idées véhiculées, l’intrigue

– on peut insister sur l’importance du sujet : mettre en valeur sa portée morale, sociale ou philosophique, son utilité documentaire

– on peut démontrer que le livre s’inscrit dans une tradition, un courant ou un mouvement littéraire ou au contraire s’en démarque. Les préfaces jouent donc un rôle important dans le passage d’un mouvement à autre (cf. préfaces de Hugo dans ses pièces de théâtre, dans lesquelles il rejette le théâtre classique, expose sa conception du drame romantique et souligne en quoi il se démarque de ses prédécesseurs).

– Depuis le XIX°, les préfaces visent essentiellement à guider la lecture. Elles lui offrent un certain d’informations nécessaires à une lecture pleine et efficace. L’auteur peut expliquer l’origine de l’œuvre par exemple (cf. Zola et Balzac). D’une certaine façon, ce type de préface détermine, définit une sorte de lecteur idéal.

– Elle peut permettre de donner une définition générique à l’œuvre ou proposer une nouvelle forme générique (c’est le cas de Hugo lorsqu’il définit le drame romantique, notamment dans La préface de Cromwell en 1827).

– Elle peut aussi proposer une interprétation du texte, rappeler dans quelles intentions l’auteur a écrit ce texte (cf. Préface des Rougon-Macquart de Zola)

– Elle peut intégrer l’ouvrage dans le contexte de l’œuvre de l’auteur, mais aussi dans le contexte sociopolitique et historique

– Elle peut présenter l’ordre du texte

– Il s’agit aussi, dans certains cas, d’établir un contrat de fiction avec le lecteur (ex : insister sur le fait qu’il s’agit d’une fiction et non d’un roman à clés dont il faudrait chercher les significations dans la réalité). Dans le cas de l’autobiographie, elle peut également proposer un pacte de vérité (appelé pacte autobiographique).

– Elle peut commenter le titre pour se défendre de critiques à venir

Il est assez rare que l’auteur mette en avant son génie, valorise son traitement du sujet ou son style. Pour ce faire, il fera plus facilement appel à un préfacier allographe.

Lorsque vous étudiez une préface il faut tenir compte de sa date de publication et la confronter à celle de 1ère publication de l’ouvrage. Il convient, en effet de distinguer les préfaces accompagnant le texte dès l’origine des préfaces tardives.

Lorsqu’une préface accompagne une seconde édition, ou une édition plus tardive, il s’agit souvent pour l’auteur de répondre à des critiques, de se justifier auprès de ses détracteurs (cf. Préface de Thérèse Raquin de Zola).

Certaines préfaces, rédigées en fin de parcours d’un auteur, peuvent avoir une fonction autobiographique. Dans ce type de préfaces testimoniales (sorte de testament littéraire), l’auteur fait souvent le point sur l’ensemble de son œuvre et de son itinéraire littéraire.

Pour les préfaces allographes :

– il s’agit de présenter un texte et d’apporter certaines recommandations. On peut parler de fonction informative (genèse de l’œuvre, biographie de l’auteur, situation du texte dans l’œuvre complète de l’auteur). Elle comporte aussi une dimension incitative (il s’agit de pousser le lecteur à lire et à retirer de sa lecture des satisfactions).

– Elle peut également comporter un éclairage critique et théorique.

Pour les préfaces actoriales :

Ces dernières peuvent être authentiques ou fictionnelles. Les premières consistent en une sorte de commentaire. Les secondes ont souvent une dimension plus ludique. Elles simulent le plus souvent une préface sérieuse.

V – Quelques cas particuliers :

– les préfaces auctoriales dénégatives : elles présentent le texte comme un document attribué à un personnage et elle raconte comment l’auteur est entré en possession de ce texte (ex : manuscrit trouvé dans un grenier, ou envoyé par un individu anonyme). Elles peuvent contenir un commentaire valorisant ou non de l’œuvre. Dans d’autres cas, il s’agit aussi pour les auteurs de se protéger de la censure et des ennuis que les audaces de leur texte pourraient leur procurer.

– Les préfaces auctoriales fictives : un soi-disant auteur écrit la préface (désir d’incognito).

– Les préfaces allographes fictives : pour La nouvelle Héloïse, par exemple, Rousseau rédige une préface qu’il présente comme écrite par un autre que lui, assurant que ce dernier ne veut pas révéler son nom. Elles apportent également des précisions sur le texte.

Conclusion :

Les préfaces sont donc particulièrement utiles pour comprendre les intentions d’un auteur. Elles se révèlent aussi particulièrement intéressantes pour comprendre les différentes scansions de l’histoire littéraire (comprendre la succession des courants et mouvements). C’est aussi, d’une certaine façon, un miroir dans lequel l’auteur peut se refléter, mais dans lequel se reflète également l’acte d’écrire (dimension spéculaire de ce type de texte).

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