Le mouvement surréaliste

« Nous n’avons rien à voir avec la littérature » déclaraient-ils en janvier 1925. Or ce mouvement a pourtant dominé entre 1920 et 1940. Il s’agit du courant artistique le plus marquant du XX°, comparable à ce que fut le romantisme pour le XIX°.

Aux origines : on admet généralement le symbolisme comme un mouvement précurseur du surréalisme en raison de sa volonté de chercher la poésie au-delà des choses montrées. Mais les influences du romantisme allemand, du roman noir, du fantastique et des poètes « voyants » comme Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, ainsi qu’Apollinaire, ne furent pas négligeables. C’est d’ailleurs à Apollinaire que le mot « surréalisme » est emprunté.

Il l’emploie pour la 1ère fois en 1917 dans sa Préface à la pièce Les Mamelles de Tirésias. Il justifie ce néologisme par le désir de rompre avec la tradition et de définir une œuvre qui échappe au réel.

« Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a ainsi fait du surréalisme sans le savoir. » Apollinaire

Voici la définition que Breton donne du mot dans le Manifeste du surréalisme publié en 1924.

SURREALISME, n, m : Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer […] le fonctionnement réel de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale. »

Les 3 fondateurs du mouvement sont Breton, Aragon et Soupault.

Un mouvement « révolutionnaire » : ils veulent rompre avec une civilisation qui a perdu ses raisons d’être, si bien qu’ils sont animés d’un nihilisme important. Ils puisent dans le dadaïsme, un mouvement créé à Zurich en 1916, par Tristan Tzara. Le dadaïsme est un mouvement chargé de révolte et de négation, au sortir de la 1ère guerre mondiale. C’est également un mouvement qui a un grand sens du scandale dont s’inspirent les surréalistes. Ils reprennent également sa haine de la société bourgeoise et de ses valeurs, ainsi que sa fascination pour le néant.

Le groupe surréaliste veut aussi révolutionner le mode de pensée, les méthodes de création, ils affirment le primat de la liberté artistique et celui de l’imagination. On peut donc parler d’un bouleversement des conceptions littéraires.

« Aider, dans la mesure du possible, à la libération sociale de l’homme, travailler sans répit au désencroûtement intégral des mœurs, refaire l’entendement humain. »

Le mouvement fut donc également lié à la vie politique (question du lien avec la Révolution et avec le Parti Communiste). Ceci s’accompagna de nombreuses querelles, exclusions, dissidences au sein du groupe.

De nouvelles façons d’écrire : Le surréalisme veut dépasser la réalité pour atteindre les sources secrètes de la création. Ils privilégient les états de surréalité comme le rêve ou la folie. Il faut noter l’influence de la psychanalyse sur ce point. On cherche à explorer l’inconscient, à récupérer sa force psychique.

Les surréalistes préconisent une création spontanée, inconsciente, magique notamment par l’écriture automatique. L’objectif est de supprimer l’intervention de la raison, la censure de la conscience et de saisir le langage à sa naissance, à l’état brut. On cherche à restaurer une parole non littéraire mais chargée de poésie. Ils pratiquent des jeux d’écriture collective (utilisation ludique du langage) : le « cadavre exquis », questions-réponses, définitions, collages, proverbes détournés. Cci dans le but de produire des images étranges et libératrices.

Ils s’intéressent aux signes et guettent les messages cachés de la vie, les signes annonciateurs. Ils cultivent le hasard objectif : les coïncidences inattendues, les prémonitions, les phénomènes troublants attestant la présence de forces occultes. Ainsi le surréalisme se vit-il beaucoup dans la rue et les cafés. L’objet est également doté d’un pouvoir de mystère.

« Le vice appelé Surréalisme est l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image… » Breton

Le roman et le théâtre : au théâtre ils multiplient les transgressions mais il n’existe pas de véritable théâtre surréaliste. En rupture avec la littérature traditionnelle, ils méprisent le roman (genre inférieur). Ils lui reprochent ses prétentions réalistes, sa vocation à imiter la réalité. Ils rejettent particulièrement la description. On dénombre cependant quelques romans dont Nadja de Breton ou Aurélien d’Aragon. On remplace parfois les descriptions par des photos et on pratique le brouillage générique (mélange des genres).

L’importance de l’amour : l’amour passion est au centre de leurs préoccupations. L’amour fou est primordial car il permet à l’homme d’accéder à une liberté suprême. Il se voit doté d’une dimension mystique, irréelle et fusionnelle. L’amour est une valeur. Le poète se déprend de lui-même dans l’expérience de l’amour et la passion se confond avec la révolution.

Dans les autres arts : films de Luis Buñuel. Peinture : Picabia, Dali, Duchamp, Chirico, Ernst, Man Ray, Magritte, Miro (collage, allégorie, détournement d’objet, onirisme)

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