Le XVIIème/ classicisme et idéal de l’honnête homme

Le XVII° en littérature commence en 1598 (Edit de Nantes) et s’achève en 1715 à la mort de Louis XIV. Le siècle est marquée par deux tendances : le baroque et le classicisme, qui connaît son apogée en 1660-1680, période où s’impose l’idéal de l’honnêteté (sous Louis XIV). Le classicisme est un courant typiquement français, contrairement au baroque qui est européen. Depuis la fin du XVI° la France, mais aussi l’Europe, connaît une vaste période de troubles qui va modifier les sensibilités : guerre de trente ans, chocs des impérialismes (notamment France et Espagne), guerres de religion, conflits des ambitions personnelles (entre le roi et les grands seigneurs notamment). Ces troubles secouent l’Europe jusque vers 1648. A cela s’ajoute des famines, la peste et autres épidémies, des hivers rigoureux et des problèmes économiques. Certains y voient la manifestation de la colère divine. Les hommes en retirent un sentiment d’instabilité (spectacle quotidien de la mort violente), une perte des repères (accentuée par les récentes découvertes scientifiques et géographiques). Ils éprouvent le sentiment de la fragilité de la vie ainsi que le désir d’affirmer leur foi et leurs haines même par la violence (c’est même une source d’inspiration pour des écrivains baroques comme Sponde ou d’Aubigné).

La société au XVII° : est nettement hiérarchisée (peuple souvent assimilé à des gens illettrés et grossiers/ noblesse, cour, théoriquement plus cultivée mais influencée par le monde des armes et de la guerre, fait donc preuve de grossièreté dans ses manières/ bourgeoisie souvent instruite et dont l’influence ne cesse de croître). La province perd de son influence. La Cour devient le centre de la vie politique, mais aussi du bon goût et du bel esprit. Les villes de province et les bourgeois de Paris cherchent donc à l’imiter.

Le classicisme: Le terme latin « classicus » signifie qui est de premier rang, qui appartient à la classe supérieure des citoyens. L’adjectif « classique » commence à être utilisé à la Renaissance ; il désigne alors, par opposition à l’art gothique, une esthétique qui s’inspire du modèle antique gréco-romain.
Le classicisme prend sa source en Italie avec Annibal Carrache (peintre) qui revient aux sources de l’art antique et invente une nouvelle conception idéalisée de la beauté qu’il applique notamment au genre du paysage. Le classicisme est un mouvement culturel qui s’est imposé dans la peinture, la sculpture, l’architecture, la littérature et la philosophie.

La querelle des Anciens et des Modernes: les Classiques ou Anciens menés par Boileau, soutiennent une conception de la création littéraire qui repose sur l’imitation des auteurs de l’Antiquité (période de perfection artistique jugée indépassable. Les Modernes, représentés par Charles Perrault, soutiennent le mérite des auteurs du siècle de Louis XIV, et affirment au contraire que les auteurs de l’Antiquité ne sont pas indépassables, et que la création littéraire consiste à innover. Ils militent donc pour une littérature adaptée à l’époque contemporaine et des formes artistiques nouvelles.

Les grands principes de l’esthétique classique:

– L’imitation des Anciens

L’ordre : de nombreux théoriciens de la littérature élaborent des règles. Ex l’Art poétique de Boileau

Instruire et plaire: principe horatien (antiquité) du placere et docere: «instruire et plaire», pour corriger les vices.

La réflexion essentielle porte sur le théâtre considéré comme le genre le plus noble. Boileau dans son Art poétique (1674) codifie le théâtre, soumis à la règle des trois unités et aux impératifs de vraisemblance et de bienséance (voir le théâtre de Racine). Contrairement aux auteurs baroques, qui pratiquaient le mélange des genres, les dramaturges classiques distinguent soigneusement la tragédie et la comédie. D’autres genres se développent, liés à la religion, comme les sermons (Bossuet) ou à la vie mondaine, comme les maximes (La Ro-chefoucauld), les lettres (Madame de Sévigné) ou le roman classique (La Princesse de Clèves).

Les thèmes de prédilection : On privilégie les sujets nobles. Les scènes et personnages issus de la mythologie grecque, les scènes et les personnages bibliques, les scènes historiques et allégoriques qui glorifient notamment le roi Louis XIV, les portraits d’aristocrates (cf La Princesse de Clèves). La nature, oeuvre divine, est présentée comme une force immuable par opposition aux hommes dont le destin est éphémère. Elle symbolise le triomphe de la raison sur le désordre des passions.

Le classicisme recherche ce qui est permanent et universel, et peint la nature humaine, thème d’études des moralistes (La Bruyère, La Rochefoucauld).

Il s’agit de s’exprimer avec clarté, mesure, dans la recherche constante de l’harmonie. On veille également à la bienséance. En peinture l’artiste peut représenter des scènes de violence, de cruauté, mais il doit bannir la vulgarité de l’horreur. Il s’agit d’éviter toute fascination pour le morbide et d’inviter le spectateur à éprouver de la pitié pour les victimes. Cette violence est totalement proscrite au théâtre.

 

 

Quelques peintres:

Nicolas Poussin (1594-1665) figure majeure du courant. Son œuvre s’inspire de la mythologie et de l’histoire romaine et chrétienne ; il y inclut une réflexion sur l’homme, la morale héroïque et la nature.

Claude Lorrain (1621-1682) : le paysage tient une place importante dans ses œuvres (cadre à une scène biblique, historique ou mythologique ; les personnages y tiennent en général une toute petite place.

La sculpture classique privilégie les attitudes simples et élégantes. A l’instigation de Charles le Brun, l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture est créée en 1648 sous la protection de Mazarin. L’Académie élabore les règles de l’art et du bon goût.

Girardon (1628-1715) : il a réalisé une grande partie des sculptures du Palais de Versailles et de ses jardins.

 

En matière d’architecture: les bâtiments classiques se distinguent par la recherche de la symétrie et de la rigueur géométrique. Les lignes sont droites et les surfaces sont sobres, par opposition aux constructions baroques qui se caractérisent par la présence de surcharges ornementales, tout en courbes et
L’idéal de l’honnêteté : Né en réaction contre la grossièreté des mœurs et des manières héritées de la cour d’Henri IV. Elle résulte de la prise de conscience de la nécessité de conférer à l’homme une grandeur et une dignité nouvelles (= politesse mondaine). Il est évoqué par Nicolas Faret L’Art de plaire à la Cour, publié en 1630 ou le Chevalier de Méré, Conversation avec le Maréchal de Clérambault, en 1668. Les femmes assurent sa promotion dans les Salons, lieux de rencontre entre la société aristocratique (noblesse) et les beaux esprits. Les romans à la mode et les Correspondances permettent aussi sa promotion. C’est finalement un art de vivre (d’abord pour les courtisans) qui gagne les milieux bourgeois. Il promeut une image de l’homme alliant les qualités de l’âme, du corps et de l’esprit, brillant en société, maîtrisant l’art de la conversation, à l’aide dans les exercices physiques comme dans les subtilités de la galanterie. L’honnête homme sait toujours garder un juste milieu (sens de la mesure). Il est le lecteur idéal et les auteurs écrivent à son intention. Mais c’est aussi un art de paraître.

 

La langue : Avant la fin du XVI°, la France connaît un régime de diglossie (latin = langue de l’Eglise, des savants et des philosophes, et il donne aux écrits une dimension européenne, tandis que le français est réservé au quotidien). La Pléiade a cherché à développer le français et à le porter vers la littérature. Le classicisme prône une langue dépouillée, sans archaïsmes et sans néologismes, sans provincialismes aussi. On cherche la clarté de l’expression et la vigueur de la pensée. La création de l’Académie Française va jouer un rôle important : elle travaille à donner des règles à la langue, à la rendre pure, élégante et capable de traiter les arts et les sciences. Elle lance aussi l’entreprise du dictionnaire. En 1647, Vaugelas se réfère au bon usage de la Cour, constate les usages, édicte un code de bien parler en accord avec son époque dans ses remarques sur la langue française. On constate un long travail de maturation du français tout au long du siècle. Le français l’emporte sur le latin.

Le souci de l’élégance et de l’équilibre domine. Les classiques préfèrent les figures d’atténuation. L’alexandrin, souvent coupé à l’hémistiche devient le vers privilégié.

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