La caricature au XIX° : Honoré Daumier

1 – Qui est Honoré Daumier ? (Marseille 1808- Paris 1879).

Célèbre caricaturiste, il a connu 6 régimes politiques différents : l’Empire (Napoléon 1er), la Restauration (1814-1830 : Louis XVIII et Charles X), la Monarchie de Juillet (1830-1848, Louis-Philippe 1er), la 2nde République (1848-1852 : Louis Napoléon Bonaparte), le 2nd Empire (Napoléon III) et la 3ème République (1870-1940). Il a donc aussi connu 3 révolutions : les 3 glorieuses en 1830, l’insurrection de 1848 et la Commune de Paris. Il arriva à Paris en 1814 avec l’espoir de mener une carrière littéraire. Mais il suit des cours de dessin et travaille chez un lithographe éditeur, si bien qu’il s’adonne au dessin et collabore dès 1829 à la Silhouette, le 1er hebdomadaire satirique illustré en France. Il propose d’abord des caricatures de Louis-Philippe, sous le pseudonyme de Rogelin. Ses cibles sont multiples : les hommes politiques de droite, les mœurs de son époque, les gens de justice, les femmes et la guerre de 70. Il mène également une carrière de peintre (« La République nourrissant ses enfants et les instruisant » « Le Meunier, son fils et l’âne ») et de sculpteur. En 1851, il crée par exemple la statue de Ratapoil, personnage annonçant le coup d’Etat de Napoléon III. Il meurt aveugle en 1879. On lui connaît 4000 lithographies, 1000 gravures sur bois, 200 toiles, 900 dessins et aquarelles et 70 sculptures. Dessinateur et chroniqueur de la société, il a représenté toutes les classes sociales, tous les corps de métier et tous les types sociaux.

2 – Situation de la presse satirique au XIX° :

La presse, et notamment la presse populaire connait un véritable essor au XIX° (nouveaux moyens techniques, développement de l’instruction). Son développement est conjoint à celui de la publicité. Dans ce contexte Charles Philipon, va créer plusieurs journaux satiriques proposant des caricatures : La Silhouette en 1829, La Caricature en 1830, Le Charivari en 1832. On peut noter que l’écrivain Balzac contribua fortement à l’existence de ces journaux. La Caricature mènera un combat contre le pouvoir de Louis-Philippe, ce qui valut aux journalistes et aux caricaturistes comme Daumier (Cham, Grandville, Nadar, Doré) de fréquents démêlés avec la justice. Ce journal satirique engagé peut être considéré comme des archives comiques. Daumier a collaboré avec d’autres journaux comme Le Figaro, Le Musée pour rire ou La Muette. On peut aussi mentionner l’existence de journaux comme Le Gaulois (Maupassant) ou Gil Blas (Maupassant).

3 – La lithographie :

Inventée par l’allemand Senefelder en 1796, elle constitue une révolution dans l’art de la gravure. On dessine sur une pierre lithographique (pierre calcaire qui a la particularité d’absorber l’eau et de repousser les graisses) à l’aide d’un crayon qui refuse l’eau. On humidifie ensuite la pierre avant de l’encrer à l’aide d’un rouleau. L’encre n’adhère que sur les parties dessinées (un dessin par pierre et par couleur). Une simple pression à l’aide d’une presse permet ensuite d’obtenir autant de copies qu’on le souhaite. Cette technique est plus rapide et moins onéreuse que la gravure.

4 – Qu’est-ce que la caricature ?

Le mot vient de l’étymon latin « caricare » : charger, exagérer (qui vient du gaulois carrus : char). Il est employé pour la 1ère fois en 1646. Une caricature est une représentation insistant sur des aspects déplaisants ou risibles d’un individu ou d’une situation. Le dessin accentue des caractères ou des détails ; il s’agit d’outrer pour ridiculiser. ON parle aussi d’image pour rire, d’histoire drôle illustrée ou de gag graphique. Elle ne se contente cependant pas d’être comique, elle opère comme une attaque, une objection. Elle a une fonction polémique : elle cherche à engager le débat par l’image. La caricature s’inscrit dans la tradition antique de la satire (portraits de l’Egypte ancienne, vases grecs ou encore graffitis sur les murs de Pompéi). On la retrouve au Moyen-âge dans certaines sculptures des églises et dans les miniatures. A la fin du XVI° les caricatures consistent essentiellement en gravures sur bois en relief. La caricature fut rapidement utilisée à des fins de propagande. Son essor correspond chaque fois à des périodes de crise politique, notamment à partir de 1789. La caricature devient alors un langage politique. Le roi, personnage sacré jusqu’alors, devient une cible. La mise à mort de Louis XVI est précédée de sa mise symbolique par les images. Au XX° la caricature évolue vers le dessin de presse (le caricaturiste devient alors un journaliste).

Les techniques et les procédés de la caricature :

La caricature déforme, parodie, charge, raille, ridiculise, dénonce une situation. C’est un art de la subversion souvent proche de l’insulte graphique. Elle repose sur 3 grands principes : exagérer/ défigurer / accuser. Le trait est simplifié. Le caricaturiste recourt à des animalisations, des végétalisations, à la barbarisation de l’ennemi, à la scatologie (tout ce qui relève du bas corporel), à des comparaisons et des métaphores dégradantes, à la diabolisation, la mécanisation, la métamorphose, à des juxtapositions antithétiques. Il peut aussi détourner des attributs, des objets symboliques ou recourir à des allégories. La scatologie et la pornographie ainsi que les transformations avilissantes du corps et les métamorphoses opèrent comme une dégradation symbolique (lien avec le carnaval) : il s’agit de dévaloriser, d’affaiblir, de déshumaniser. On retrouve dans l’art de la caricature le recours à la physiognomonie : les éléments du visage et éventuellement du corps sont symboliques ou métaphoriques du caractère et du comportement.

Le dessin satirique peut être difficile à comprendre parce qu’il comporte des références précises aux événements et aux personnages d’une époque. Les attributs permettent cependant souvent d’identifier le type de personnage (ex le trône pour le pouvoir).

Publicités