L’amour courtois :

Le Moyen âge a élaboré un type particulier de jeu amoureux : l’amour courtois ou le fine amor (cf. films comportant des scènes de tournois au cours desquels des chevaliers armés portent et défendent les couleurs d’une dame pour laquelle ils rivalisent de prouesses).

De quoi s’agit-il ?

C’est initialement un mouvement littéraire qui décrit un jeu amoureux, avec des règles, un code très précis de comportement amoureux. C’est une sorte de jeu dont le but est de gagner le cœur de la dame. On le nomme aussi le service d’amour. L’amour courtois découle d’une littérature lyrique, de cour, écrite pour des seigneurs afin de les distraire conformément aux modes et habitudes des cours. Ce sont des troubadours comme Guillaume de Poitiers qui en fixèrent les règles. Il s’agissait de « civiliser » les mœurs amoureuses chevaleresques afin qu’elles puissent rivaliser avec un idéal religieux comme le culte marial. On cherche à instaurer un amour chevaleresque sublimé, un culte laïc à la dame (qui devient une idole). Il s’agit d’un amour à la fois sensuel et spirituel dont l’objectif reste cependant l’assouvissement du désir amoureux. Rapidement, ce phénomène littéraire a influé la vie réelle et a imposé à la cour un nouveau code de comportement, notamment dans le domaine amoureux.

Le déclenchement ou l’innamoramento :

Deux protagonistes : une dame mariée et un homme jeune, célibataire, un chevalier. Ce dernier aperçoit la dame et son cœur en est immédiatement troublé. Il n’est désormais plus libre (son cœur est pris et la dame a tout pouvoir sur lui ; elle seule peut délier ce lien). La femme, elle, l’est encore, de refuser ou d’accepter l’offrande de sa foi. Le chevalier se voit alors mis à l’épreuve, i doit faire la démonstration de sa valeur. Si la dame accepte, elle est à son tour prisonnière de l’amour et doit se livrer corps et âme.

La « dame » :

Le terme la désigne d’abord comme une femme mariée appartenant à la noblesse. Mais, issu du latin « domina » il indique également qu’elle est en position dominante. Elle est donc forcément mariée et d’un rang supérieur à celui du chevalier ( = souvent l’épouse de son seigneur). Si elle a le dessus elle reste cependant passive. Seul le chevalier a pour devoir de se surpasser. Il gagne en qualités pour améliorer sa condition.

Un amour adultère :

Il s’agit donc d’un jeu à principe adultère, ce qui s’explique par le fait que à cette époque, dans ce milieu ; le mariage n’est pas un prétexte à l’amour mais une affaire de clauses, de raison et d’arrangements. Pas d’amour possible dans le mariage. Le code courtois est donc une façon de légitimer et de ritualiser le désir amoureux.

Un jeu malgré tout organisé par les hommes pour les hommes :

Il a pour fonction aussi de contribuer à la formation du jeune chevalier, au même titre que les tournois. Ce dernier doit se parfaire. Pour séduire, il doit faire montre de sa virilité, or à l’époque les valeurs viriles sont essentiellement des valeurs guerrières : bravoure, force, hardiesse. Lors des tournois et des guerres, il doit montrer sa valeur pour gagner le cœur de sa dame. Le danger fait tout autant que le plaisir partie intégrante de l’amour courtois. L’amour se trouve souvent assimilé à un jeu de guerre (ce qui explique les métaphores guerrières). Ceci témoigne de ce qu’il s’agit d’un jeu de soumission, où la femme peut avoir le dessus.

Un amour dangereux

On peut donc parler d’amour dangereux, mais le danger vient aussi de l’adultère (pire des subversions pour une femme pouvant entrainer sa mort). Mais l’amour courtois, plus qu’un passage à l’acte définit surtout un code de comportement et se concentre sur la naissance et le témoignage de cet amour. Son principe adultère impose le secret à l’amour courtois (la dame doit sauvegarder l’honneur de son mari, se méfier des mauvaises langues et se préserver de la calomnie). Si la discrétion est ainsi assurée, c’est afin que l’objectif soit plus sûrement atteint (façade morale).

Un amour exclusif :

Le cœur du chevalier est entièrement dédié à la dame comme s’il était confisqué à son propriétaire.

Beauté et amour courtois :

L’un des premiers critères de l’amour courtois est celui de la beauté. La dame éveille l’amour, un amour sublimé, mais elle reste un être de chair et le jeu garde un aspect charnel. C’est la beauté physique qui attire d’abord le regard du chevalier (regard qui joue un rôle primordial), il s’agit donc bien d’une attraction physique. La dame doit donc séduire et prendre soin de son apparence. On lui demande se de parer, de se refuser longtemps et de ne se donner parcimonieusement par concessions progressives afin que le jeune homme apprenne à se maîtriser et à dominer son corps. On peut assimiler la beauté à un idéal féminin (la blancheur de la peau qui est signe de noblesse, la clarté des yeux, les cheveux frisés et dorés). Le plus souvent les poètes se contentent de célébrer l’élégance du corps sans entrer dans trop de détails physiques.

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