La Pléiade : ou le sacre des poètes

Un certain nombre de poète dont Ronsard, Du Baif et Peletiers du Mans fondent d’abord le groupe de « La Brigade », qui se réunit à partir de 1544 au Collège de Coqueret pour suivre les leçons de l’humaniste Jean Dorat. D’autres jeunes poètes les rejoignent : Jodelle, Rémi Belleau puis Pontus de Tyard et Olivier de Magny. Ils y travaillaient les auteurs de l’Antiquité gréco-latine et y apprenaient également l’italien.

En 1553, ce groupe élargi prend le nom de La Pléiade.

Origine du nom : selon la mythologie les Pléiades étaient les 7 filles d’Atlas, qui devinrent une constellation. Par métaphore, le nom fut donné à un groupe de 7 poètes d’Alexandrie,(Egypte) au II° s avant J-C. Ronsard et ses amis s’emparent de ce nom à leur tour. Ronsard y occupe rapidement une place prépondérante.

La Défense et illustration de la langue française, rédigée par Du Bellay en 1549 en constitue le manifeste, qui se caractérise par son élitisme.

Les caractéristiques de La Pléiade :

La Pléiade se fait une haute idée de la poésie qui devient la clef de voûte de la culture. Selon elle, le poète est inspiré (inspiration divine, reprise de la doctrine de la « fureur » poétique empruntée à Platon, philosophe grec). Ainsi Ronsard cherche à retrouver la nature primitive de l’inspiration, du don prophétique. En outre, par la poésie, ces auteurs recherchent la gloire qui confère l’immortalité.

La Pléiade prône également une poésie de l’imitation. Cependant, il ne s’agit pas d’une reproduction servile, mais d’un modèle à partir duquel on songe à rénover les formes, à réactiver les mythes. On peut parler de libre imitation des auteurs antiques et des néo-latins italiens (Dante, Pétrarque, Bembo).

– nécessité de se détacher du vulgaire (pour une poésie savante et élitiste). Il s’agit de lutter contre l’ignorance.

– importance accordée au savoir mythologique, qui n’est pas un simple ornement mais peut agir comme un exemplum

– goût pour une expression recherchée : répugnance pour le mot propre, recours aux figures et aux périphrases quelquefois maniérées mais aussi néologismes et archaïsmes

– chez Ronsard, notamment, les choix esthétiques correspondent souvent à une idéologie de l’écart

Défense et illustration de la langue Française (1549) :

Avec ce texte, Du Bellay offre un manifeste à la Pléiade. Il y prône une véritable littérature en langue vulgaire (le français par opposition au latin, langue savante), capable d’imiter les modèles antiques. Il rejette une bonne partie de la littérature médiévale ainsi que les « épiceries » des Rhétoriqueurs.

Il présente la poésie comme le meilleur moyen d’illustrer la langue française et de la hisser au niveau du grec et du latin. C’est une sorte de manifeste en faveur de la langue nationale. De la même façon, l’épopée, genre noble par excellence, devient la plus haute ambition de la poésie nouvelle.

Ce plaidoyer reflète un profond désir d’échapper à la norme, à la langue de la communication sociale quotidienne. Il fait l’éloge d’une écriture savante, mystérieuse. A l’inspiration s’adjoint donc le travail sur la langue. « L’imitation » est un travail d’élévation du discours, une conquête de l’art.

La doctrine de l’imitation : Du Bellay invite le futur poète à lire et relire les Anciens, pour parvenir à l’innutrition : le poète, nourri des œuvres anciennes, les a si bien faites siennes que les pensées de ces œuvres, les sentiments, les moyens d’expression dont il est imprégné viennent spontanément sous sa plume, dans le feu de sa propre inspiration. C’est pour lui une seconde nature.

Développement et enrichissement de la langue française :

Ce texte rend aussi hommage à François 1er qui a œuvré pour le développement de la langue française, notamment avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 qui impose le français comme langue du droit et de l’administration.

Pour Du Bellay, il s’agit avant tout d’enrichir cette langue.

Il faut accroître le nombre de mots pour nuancer l’expression poétique.

– en employant des archaïsmes. Ex : annuyter pour « signifier faire nuit »

– en empruntant aux dialectes provinciaux

– en empruntant des mots techniques au langage des métiers par ex.

Mais il s’agit aussi d’en créer de nouveaux :

– mots composés : ex aigre-doux

– mots formés par provignement : il s’agit de mots formés par dérivation grâce à l’ajout de suffixes (un processus qui imite consciemment l’évolution spontanée du langage. Ex : douce/lette

– dérivés de mots latins ou grec (héritage savant par opposition à héritage du latin vulgaire)

Il s’agit également d’enrichir le style à l’aide de nouveaux

tours ou de figures rhétoriques

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