Séquence 4 : Etude en Œuvre intégrale du « Discours de la servitude volontaire » de Etienne de la Boétie

OE :

– Humanisme et Renaissance

– La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVI° à nos jours

Séance 1 : contextualisation et première approche de l’œuvre

Etape 1 :

Présentation de l’auteur

La Boétie : 1530-1563

Il est issu d’une famille de petite noblesse de robe. Après des études de droit il est nommé en 1557 Conseiller au Parlement de Bordeaux, où il fréquenta Montaigne.

Son œuvre est entièrement posthume et se compose de :

– traductions des grecs Xenophon et Plutarque (formation humaniste) + traduction de l’Arioste, poète italien du XV°.

– de poèmes en latin et en français. Il a fréquenté La Pléiade et s’est essayé à la poésie. Il composa notamment les Vingt-neuf sonnets que Montaigne inséra au coeur du livre I des Essais. Il rédigea également des poèmes d’amour quelque peu pétrarquistes inspirés par sa femme.

– Un traité politique : Discours de la servitude volontaire aussi appelé Contr’Un qui assura sa gloire posthume.

Le Discours fut rapidement considéré comme un pamphlet : texte court, virulent et fortement contestataire comportant souvent une critique du pouvoir en place. Ce pamphlet est antimonarchique. C’est un réquisitoire contre l’absolutisme.

Rédigé en 1549 ; alors que La Boétie n’avait que 18 ans, il fut d’abord publié partiellement en 1574 dans un recueil d’inspiration protestante à des fins de propagande (in Le Réveille-Matin), le texte fut repris au XVIII° pour servir la Révolution.

Ce texte est en partie une réplique aux écrits de Machiavel. Le jeune humaniste cherche une explication à la réussite que connaissent les tyrannies de son époque. L’intérêt du texte est qu’il s’intéresse plus au peuple, responsable de sa soumission, qu’au tyran. Il s’appuie sur des exemples empruntés à l’Antiquité pour éviter la censure. Ce texte est particulièrement polémique.

Ce texte est écrit dans un contexte historico-politique complexe et troublé. Le Royaume de France, alors dirigé par François 1er, connaît de très fortes tensions entre catholiques et protestants. Par ailleurs François 1er s’efforce de renforcer la monarchie absolue aux dépens des seigneurs.

Absolutisme : système de gouvernement où le souverain possède une puissance de droit divin et sans limites constitutionnelles.

Le titre : on note le paradoxe du titre « servitude volontaire » qui souligne d’emblée l’originalité de la réflexion de La Boétie.

Il comporte également le terme DISCOURS : écrit didactique traitant d’un sujet précis, développement conduit de manière méthodique, démonstration.

Il s’agit donc d’une argumentation directe : le propos est explicite, il se présente comme un texte visant à démontrer, à convaincre. L’argumentation indirecte , elle, suppose une prise de position implicite qui passe par des détours comme le récit (ex de la fable ou du conte).

Pourquoi une publication posthume ?

Cette publication posthume s’explique sans doute par la teneur antimonarchique du texte et par son ton polémique. Le texte est SUBVERSIF : susceptible de bouleverser ou de détruire les institutions.

Servitude et joug :

– servitude : état de celui qui est serf, qui est sous la soumission d’un autre. Un SERF est une personne soumise à une autre. Dans le système féodal, c’est une personne attachée à une terre dont les biens et le travail sont la propriété du seigneur qui détient la terre.

– Joug : pièce de bois qui permettait d’attacher le bœuf à la charrue. Par métaphore, c’est le symbole de la tyrannie, de l’esclavage.

Etape 2 : un discours politique

Politique :

– adj : qui a un rapport avec la société organisée, qui est relatif aux affaires de l’Etat.

– Substantif : art de conduire les affaires de l’Etat, science et pratique du gouvernement de l’Etat.

Etymologie : du grec « polis » qui désigne la cité (ce qui a un rapport aux affaires publiques).

Ce texte est un discours politique dans la mesure où il s’intéresse à la monarchie et à l’absolutisme. La Boétie cherche à comprendre pourquoi l’homme permet au tyran d’accéder au pouvoir et d’y rester.

On note la forte présence des champs lexicaux du pouvoir et de la politique.

Ex p 1

– pouvoir : maître/ assujetti/ un tyran/ asservis/ la tête sous le joug/ obéissance

– politique : le roi/ républiques/ la monarchie/ modes de gouverner/ la chose publique/ ce gouvernement/ une nation

Le système politique visé par La Boétie est celui de la monarchie absolue :

– régime politique dans lequel le pouvoir du roi est légitimé par la volonté de Dieu

– absolutisme : type de régime politique dans lequel le détenteur du pouvoir concentre en ses mains tous les pouvoirs e gouverne sans aucun contrôle.

« je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul »

Selon La Boétie le pouvoir du tyran est paradoxal dans la mesure où il est seul face au grand nombre de ses sujets. Si ces sujets voulaient rejeter son autorité, il se serait plus rien :

« Chose vraiment étonnante […] de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés, et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un… » d’où le titre second « Contr’Un »

Il est donc extrêmement paradoxal que le peuple recherche sa propre servitude. C’est ce que lui reproche La Boétie. C’est le peuple qui délaisse sa liberté et non le tyran qui la lui vole malgré lui.

P 3 « C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ».

Comment s’explique cet asservissement :

– fascination du peuple

– habitude et oubli de sa liberté originelle

– stratagèmes élaborés par le tyran

Selon La Boétie, l’état de nature (avant la société) appelle des sociétés égalitaires. L’homme est par nature libre (cf. p 5).

La servitude est contre-nature. Elle est historique : elle est née avec la naissance de l’Etat.

Ce moment que La Boétie appelle le MALENCONTRE (cf. p 6 « Quelle malchance »), est le moment douloureux à l’origine de cette dénaturation : l’homme depuis n’est plus un homme, pas même un animal puisque l’animal ne supporte pas l’asservissement, mais un serf. C’est à partir de ce moment que la société s’est construite autour de la division dominants/ dominés.

Comment remet-il en question l’idée de la monarchie de droit divin ?

La Boétie s’appuie sur la nature et les origines de l’homme pour expliquer qu’il y a une parfaite égalité de nature entre le tyran et l’homme du peuple. Il replace le souverain à sa juste place et le présente simplement comme un homme :

P 4 : « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. »

« Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. »

En insistant sur les éléments du corps, il rabaisse le souverain à l’état de corps humain et lui ôte toute dimension divine. Il affirme l’humanité du roi. De cette façon il revient sur la théorie des deux corps et la remet en cause. Le corps physique renvoie au pouvoir temporel. Ici pas de corps céleste, donc pas de pouvoir d’origine spirituelle.

Il réfute l’élection de Dieu :

P 5 « la nature, ministre de Dieu, gouvernante des hommes, nous a tous créés et coulés en quelque sorte dans le même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt frères. »

C’est donc un discours polémique :

Le terme polémique vient du grec « polémos » qui signifie combat, guerre.

Le registre polémique désigne des propos qui opèrent comme des armes dans une confrontation de points de vue. Les textes sont alors des instruments de bataille.

Les procédés :

– assertions catégoriques (phrases affirmatives, présent gnomique)

– interpellation directe des interlocuteurs à l’aide de la deuxième personne

– phrases injonctives

– phrases souvent courtes et martelées : anaphores, des jeux d’antithèses, des parallélismes de construction.

– Evaluation méliorative ou péjorative

Ce registre vise à donner de la force aux idées énoncées pour mieux dénoncer.

Etape 4 : un discours humaniste

Ce discours est humaniste à plus d’un titre :

– traces nombreuses de la culture humaniste de l’auteur : références nombreuses à l’Antiquité et notamment à l’histoire antique : ex de la cité d’Athènes et des 30 tyrans, évocation p 3 des batailles de Miltiade, Léonidas ou Thémistocle. On note également de nombreuses références à des auteurs antiques. Dès l’entame du discours, La Boétie cite Homère en reprenant un propos d’Ulysse : « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres… »

– culture élargie ;: ex du « grand turc » p 10

– la question de la liberté de l’homme / son droit et sa capacité à l’exercer

– la dimension humaine du souverain

– la séparation des pouvoirs Souverain/ Dieu

– la place accordée à al raison. Ex p 5 « il y a dans notre âme un germe naturel de raison ».

– place accordée aux exemples concrets et imagés dans la démonstration : ex de la tumeur p 15.

Publicités