Séquence 2: OE Ecriture poétique et quête du sens/

OI « Le Cahier de Douai » d’Arthur Rimbaud: dire sa révolte en recourant à l’art de la caricature.

Perspective secondaire: La question de l’homme dans les genres de l’argumentation

Problématique : la poésie peut-elle être iconoclaste ?

Eléments pour une introduction :
Contexte socio-économique et politique troublé à cette époque en France (fin du 2nd Empire, Napoléon III que Rimbaud abhorre) + guerre franco-prussienne + révolte de la Commune.
Autant d’éléments qui ne laissent pas le jeune Rimbaud indifférent, ainsi qu’en témoigne le sonnet « Le Mal » extrait du recueil des Cahiers de Douai.

Problématique possible :
Montrer comment le poète s’appuie sur une dénonciation de la guerre pour se livrer à une condamnation plus large de l’Eglise et du régime politique en place.

Deux axes :
1 – la dénonciation de la guerre
2 – la satire du trône et de l’autel

Le titre :
Le Mal : terme à l’acception assez large. Il peut s’appliquer certes à la guerre et aux souffrances qu’elle génère, mais c’est aussi un terme qui évoque immédiatement la théologie. Le terme évoque la thématique du Bien et du Mal qui domine la religion chrétienne. Le Mal semble s’appliquer à tout ce qui peut être négatif.
Est-ce à dire que ce siècle est un enfer ?

I – La dénonciation de la guerre :
Elle est surtout développée dans les deux quatrains.
– champ lexical de la guerre : mitraille/ bataillons en masse/ qu’écarlates ou verts, qui renvoient aux couleurs des vêtements militaires/ le feu.
– Ce champ lexical est renchéri par l’isotopie de la mort : croulent/ broie/ Pauvres morts ! + image hyperbolique de la « folie épouvantable » qui suscite la peur (sens de épouvantable)
– Jeu sur l’opposition « cent milliers d’hommes »/ « un tas fumant » : l’opposition du nombre et du singulier souligne quel néant résulte de la guerre.
– Image des « crachats rouges » pour signifier les trajectoires des balles : crachats est un terme trivial particulièrement dévalorisant mais aussi agressif.
– Le poète joue également sur le contraste entre cette violence, cette mort omniprésente et la nature, elle vivante. On peut noter le jeu sur les couleurs : « l’infini du ciel bleu » s’oppose aux « Crachats rouges » et au groupes « qu’écarlates ou vers ». L’évocation de l’été, de l’herbe et de la joie suggère un cadre bucolique (cf. Le dormeur du Val).
– A noter également l’invocation à la Nature au v 8 : cette nature est ici allégorisée (recours à la majuscule). Il s’agit de la mère nature, protectrice ; une idée immédiatement suggérée par l’expression « toi qui fis ces hommes ».
– Le contraste entre la nature et la guerre est également renchéri par les rencontres à la rime des termes « bleu » et « feu » (de l’air et du feu) et des termes « broie »/ « joie ».
– Cette dénonciation passe également par les allitérations en [R] qui traduisent la violence et l’agressivité : crachats, Rouges de la mitRaille au v 1 par ex/ Qu’écaRlates ou verts, pRès du Roi qui les Raille » au v 3 + croulent et broie.
– L’absence de coupe aux vers 1,2,4 et 6 témoigne du caractère inexorablement meurtrier de la guerre. Au contraire, la coupe inattendue au v5 isole et exhibe le verbe « broie » (la guerre = une machine de mort)
– Les « points d’exclamation des vers 7 et 8 témoignent de l’indignation et de la désolation du poète.

II – La satire du trône et de l’autel :
La mention du Roi, elle aussi exhibée par la majuscule au v3, ainsi que par la coupe, ajoute une coloration politique à cette dénonciation : le vers met en cause le pouvoir. Rimbaud oppose la situation des soldats à celle du Roi :
– la coupe régulière au v 3 bien la coexistence de deux camps bien distincts
– la rencontre à la rime de mitraille / raille souligne le caractère inadmissible de la situation et de l’attitude du pouvoir. Le verbe « railler » est particulièrement accusateur puisqu’il suggère que le Roi se moque de ceux qui meurent pour lui.

A cette accusation politique semble s’adjoindre dès les vers 7 et 8, une accusation plus religieuse, notamment avec l’adverbe « saintement », qui rime, en outre, avec « tas fumant ». Les individus se trouvent réduits en cendres, en poussières (cf. ta vie ne sera que poussières) tandis que le terme « saintement » renvoie nettement au contexte religieux : façon de souligner un PARADOXE : comment Dieu peut-il tolérer la guerre ?

Toutefois, dans les tercets, l’accusation prend un ton nettement plus satirique.
Rimbaud, ainsi que le traduit le tiret à l’initiale du v 9, semble quitter le champ de bataille et le charnier pour une digression. Au champ lexical de la guerre succède celui de la religion : un Dieu, des autels, encens, grands calices d’or, hosannah.
Ce champ lexical se concentre dans le 1er tercet qui vise finalement à brosser un portrait de cette Eglise.
L’expression « Il est un Dieu » est déjà quasiment sacrilège en raison de l’article indéfini « UN ». Pour les chrétiens il n’est existe qu’un, LE Dieu, Dieu tout court.
Le verbe « rit » fait écho au verbe « raille » du vers 3 : toujours la thématique de l’indifférence par rapports aux morts (le Dieu sourit ici à ses richesses, sans autre préoccupation).
Ce Dieu se trouve associé à un certain luxe : énumération d’objets de prix : nappes damassées / grands calices d’or (terme calices = doublement valorisé par les deux expansions).
L’enjambement du vers 9 sur le vers 10 traduit également cette accumulation des richesses.
Le tout donne la vision d’une Eglise concentrée sur ses possessions, sur ses richesses.
A ce luxe s’adjoint une sorte de volupté, traduite par l’image de l’endormissement et l’allitération en Ûs] qui fait entendre le plaisir ressenti.
Le vers 11 est à ce titre particulièrement accusateur : les « hosannah » qui sont des formules de bénédiction, des hymnes d’action de grâce ont ici un effet inversé puisqu’il ne réveille pas la grâce divine mais l’endort au contraire. Voilà ainsi un Dieu qui manque à ses devoirs dans la plus grande volupté. Le portrait tient alors de la caricature, une caricature que la dissonance entre les sons [s] et les sons [Z] donne à entendre.
Dieu est indifférent au x hommes mais non aux objets, aux biens.
Ce Dieu au singulier est emblématique de la religion chrétienne, de l’Eglise, ce que vient exprimer le dernier tercet. L’enjambement strophique du 1er tercet sur le 2nd souligne d’ailleurs combien les derniers vers constituent une illustration presque cocasse de l’idée suggérée par le 1er tercet.
L’évocation des mères et de leur angoisse, de leurs pleurs, permet de relier les tercets aux quatrains, de relier l’idée de la guerre au portrait de ce Dieu. On comprend implicitement que ces mères sont celles des soldats.
Le poète procède alors à la description d’une scène courante : les mères implorent Dieu dans tous les villages de France pour que la vie de leurs fils soient préserver (présent à valeur itérative, « quand »= chaque fois).
Or ce qui réveille le Dieu est « un gros sou lié ». C’est l’avidité de l’Eglise qui se trouve ici fustigée, ainsi qu’en témoigne le point d’exclamation final qui traduit la forte indignation du poète.
Les rimes contribuent à exhiber ce paradoxe infernal : damassées/ ramassées ou encore « d’or/ s’endort » pour l’Eglise et noir/ mouchoir pour les mères.

Conclusion :
Dénonciation d’une inversion des valeurs :
– le Roi, chef des armées se moque de ses troupes
– l’Eglise se livre au Mal : paradoxe s’il en est. L’Eglise est même emblématique du Mal alors qu’elle prône le Bien.
Conseil pour ouverture : vous pouvez ouvrir à d’autres auteurs, notamment du XVIII° , je pense tout particulièrement à Voltaire et à son article GUERRE du Dictionnaire philosophique (à lire avant de le citer, évidemment !!!!!!)
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