Séquence 5 : Le roman : le personnage du héros au antihéros/ quelle vision de l’homme et du monde

 

             Séance 1 : lecture analytique de »la scène de bal », La princesse de Clèves, Mme de La Fayette, 1678 / des héros classiques, magnifiés

 

Présentation de l’auteur :

1634-1693. Elle appartient au classicisme, mais subit l’influence du roman précieux. C’est une femme cultivée qui a fréquenté les salons. Elle a tenu elle-même un salon : milieu aristocratique et lettré.

En 1662 : elle publie une nouvelle « La Princesse de Montpensier » puis un roman précieux en 1670, « Zaïde ». Ces deux textes sont publiés sous le nom de Segrais. La Princesse de Clèves est le 1er roman qu’elle publie sous son vrai nom. C’est le 1er roman d’analyse psychologique français. C’est un roman précieux, historique et un roman d’analyse.

L’auteur veut attirer l’attention sur les désordres de l’amour. Elle situe son roman dans le temps et peint les mœurs de cette époque. Elle fait revivre des figures historiques (Henri II, Catherine de Médicis).

Elle insiste surtout sur l’analyse des sentiments de la passion amoureuse et sur le conflit passion/ raison

Introduction :

–       Mme de La Fayette (1634-1693) est emblématique des rares femmes écrivains de l’époque.

–       Comme souvent dans les salons littéraires et mondains, elle s’intéresse à la question de la passion amoureuse, dans un roman à dimension historique (XVI° : cour du roi Henri II puis de François II).

–       Elle narre le destin de Melle de Chartres devenue Mme de Clèves suite à un mariage arrangé.

–       L’héroïne = éponyme

–       Il s’agit ici d’une scène de bal conjuguée à une scène de rencontre amoureuse (innamoramento) : 2 topoi romanesques.

–       Cette scène se situe quelques semaines après le mariage de l’héroïne (2 pages avant dans le roman).

–       Mme de La Fayette a déjà brossé les portraits de nos deux protagonistes dans les premières pages.

–       Nemours revient à la Cour après une mission en Angleterre= hasard calculé de l’auteur : il est absent lorsque l’héroïne arrive à la cour et il ne la découvre donc qu’une fois mariée.

I – Un coup de foudre :

L’auteur conjugue 2 motifs romanesques : la scène de bal et la scène de rencontre amoureuse.

Le bal donne ainsi un éclat particulier à cette rencontre.

A – Un cadre d’exception :

Ce bal est donné en l’honneur des fiançailles de Claude de France (fille du roi Henri II) et du duc de Lorraine. Toute la cour est donc rassemblée. C’est un moment privilégié, exceptionnel.

–       champ lexical de la fête : bal/ festin royal/ parure : + 5 occurrences du verbe « danser »

–       champ lexical de la cour et de l’aristocratie : prince L1/ la Cour L 2/ festin royal L 6/ le Louvre  L 6 (résidence royale).

–       Les personnages sont tous des aristocrates (noms avec la particule DE)

–       On note aussi la présence du roi L 11 + L 22 « le roi et les reines », L 29 « votre Majesté » + la Dauphine (marie Stuart).

Il s’agit donc d’un cadre brillant (idéal précieux). Tout semble parfait ainsi qu’en témoignent les termes valorisants « beauté » « air brillant » « admiration » « étonnement » ou encore « louanges ».

Le but du bal est de voir et d’être vu.

Nous avons ici une mise en scène caractéristique du classicisme, tout semble parfait : ex du soin porté aux parures.

B – Une rencontre romanesque théâtrale :

Cette rencontre a été préparée : Mme de Clèves a beaucoup entendu parler du duc :

–       « avait oui parler »

–       « Mme la Dauphine le lui avait dépeint »

–       « lui en avait parlé tant de fois »

Son nom a donc commencé à gagner son esprit : processus de cristallisation.

La romancière a préparé cette scène de rencontre. Mme de Clèves est curieuse, « impatiente » de voir Nemours et le lecteur est curieux d’assister à cette rencontre.

Par ailleurs Nemours arrive en retard : jeu de la romancière (sinon ils auraient dû être présentés)/ ils dansent sans avoir été présentés

L’entrée en scène de Nemours est assez fracassante, il ne passe pas inaperçu :

–       l 8 « il se fit un assez grand bruit vers la porte »

–       l 12-13 : « qui passait par dessus quelques sièges ».

La structure du texte traduit la naissance de la passion :

–       L 1 à 18 : cadre + rencontre physique : on passe de l’ouïe au regard

–       L 19 à la fin : la rencontre par la parole/ passage du IL et du ELLE à ILS

C – Une rencontre « organisée » :

Mme de Clèves est un esprit guidé, elle est poussé vers la passion par un facteur externe : la Dauphine.

On peut aussi noter la manipulation du roi et de la reine : L 13 « ils les appelèrent » + L 11 « le roi lui cria de prendre celui qui arrivait » (périphrase pour désigner Nemours). + L 25 « le roi et les reines… leur demandèrent s’ils n’avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient ».

Toute la cour semble se plaire à les réunir.

Le destin agit par l’entremise du roi.

 

II – Des personnages classiques :

A – Des héros magnifiés :

–       Ce sont des personnages qui jouissent d’une grande et haute réputation à la cour. Chacun a ainsi entendu parler de l’autre

–       Ils se caractérisent par une grande beauté : on peut noter à ce titre les hyperboles et les superlatifs :

Ex : « ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de n’être pas surpris » = aussi une LITOTE pour évoquer le coup de foudre/ noter l’importance de la litote au classicisme.

« comme de ce qu’il y avait de mieux fait et de plus agréable à la cour ». Le terme « agréable » peut signifier qu’il est plaisant à regarder (donc beau) mais aussi que son comportement est plaisant.

« l’air brillant ».

Le duc de Nemours répond aux canons de l’idéal classique de ‘l’honnête homme » même si le récit se déroule au XVI° (transposition).

Pour ce qui est de Mme de Clèves :

«  l’on admira sa beauté » : le pronom impersonnel ON a une valeur collective : il signifie qu’elle fait l’unanimité.

« un grand étonnement »

« M e de Nemours fut tellement surpris  de sa beauté ».

Par rapport au couple qu’ils forment :

« il s’éleva dans la salle un murmure de louanges ».

Leur beauté n’est pas détaillée, c’est une sorte de valeur indescriptible. Il y a d’ailleurs peu de descriptions dans ce roman puisque l’auteur privilégie les analyses psychologiques.

Ce sont donc deux êtres d’exception ! (cf. comparaison implicite avec la beauté de la Dauphine).

Ils deviennent le point de mire de la Cour, l’objet de tous les regards et de l’admiration générale.

La cour = un spectateur. Elle agit comme un regard témoin. Ils se trouvent comme isolés au milieu du cercle formé par la cour : focalisation sur eux.

B – Des êtres prédestinés à se rencontrer :

–       ils de reconnaissent sans qu’on les présente

Ex : L 13 « un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Nemours »

–       effets de parallélisme/ écriture de la réciprocité :

Ils ont pris tous deux beaucoup de soin à se parer

Ils ont tous deux une beauté exceptionnelle

Tous deux sont frappés de SURPRISE : l’adjectif surpris signifie « saisi » ; cela traduit le coup de foudre.

Mais à la différence de Mme de Clèves ; Nemours ne cherche pas à dissimuler ce coup de foudre : c’est un homme, de surcroit célibataire.

–       leur union est symbolisée par la danse. On passe alors au pronom pluriel ILS

–       l’expression « quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître » souligne le caractère extraordinaire et prédestiné de cette rencontre.

C – Des personnages porteurs des valeurs classiques :

La rencontre est menée par le regard :

–       champ lexical de l’admiration et du regard : elle cherchait des yeux/ vit un homme/ n’être pas surprise de le voir/ voir / admirer

Selon l’esthétique précieuse qui influence en partie le classicisme, le regard précède la parole amoureuse.

Place accordée au langage des gestes et du corps :

On constate toujours beaucoup de retenue chez les personnages classiques/ présence de non-dits également.

Mme de La Fayette prône le dialogue corporel comme vie de transmission des sentiments : idée que le corps peut trahir l’âme :

–       l’entrée de Nemours constitue un véritable élan amoureux

–       marques de surprise et d’étonnement

–       l 20-21 « il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration »

–       l 31-32 Mme de Clèves « qui paraissait un peu embarrassée ».

L’un comme l’autre maîtrisent mal leurs émotions.

La scène de présentation :

Mme de La Fayette recourt au style direct. Ceci témoigne de l’art de la conversation en vogue au XVII° (cf. idéal de l’honnête homme »). Nemours s’exprime en parfait homme du monde : élégance, subtilité. Respect des bienséances.

Ce dialogue est passif : les protagonistes ne se parlent que par personne interposée : la cour, la reine, le roi opèrent comme une frontière qui maintient la bienséance.

Ces témoins comprennent d’ailleurs leurs sentiments avant eux.

Ces personnages sont aussi emblématiques d’une époque :

–       société régie par les apparences

–       société fondée sur le divertissement

–       art de la litote « je crois » L 30 : elle a peur de se trahir en avouant qu’elle l’a reconnu.

–       En femme mariée et en femme dotée d’une haute moralité, elle cherche à refouler cette passion naissante. Le signe de sa passion est négatif (refus), elle cherche à réprimer ses sentiments.

Conclusion :

–       scène de bal qui permet de mettre en présence 2 personnages qui se ressemblent et s’attirent.

–       Coup de foudre : les personnages sont voués à s’aimer, mais il s’agit d’un amour tragique car contrarié.

–       Cette scène de rencontre qui s’oppose en tout point à la rencontre de M et Mme de Clèves annonce les tensions qui vont animer les personnages, le dilemme entre passion et raison (avec M. de Clèves, rencontre due au hasard, hors de la cour).

–       En recourant au bal, la romancière ménage le caractère singulier et romanesque qui convenait à cet événement qui va changer tout le cours du roman.

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