Séance 2 : HDA analyse de la caricature d’Honoré Daumier, « Gargantua », 1831

gargantuaDaumier
Le contexte historique :
La monarchie de Juillet est instituée en France en 1830. Le roi Louis-Philippe 1er dirige donc le pays. Le peuple lui aspirait à un rétablissement de la République. Ce régime est autoritaire et hostile à la presse. Il veut rétablir l’ordre et rassurer les plus riches. Daumier compose cette caricature à un moment où le pouvoir organise une répression contre l’agitation sociale et politique qui résulte du malaise économique.
Présentation de l’œuvre :
C’est une caricature réalisée par Daumier pour le journal La Caricature (Philipon) en décembre 1831. Il s’agit d’une lithographie en noir et blanc mesurant 21,4 cm (hauteur) par 30,5 cm (largeur). C’est l’une de ses premières lithographies politiques. Cette œuvre valut à Daumier une condamnation à 6 mois de prison et à 500 francs d’amende pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement ».
Le titre :
La caricature s’intitule Gargantua. C’est un roi qui a la particularité d’être un géant. Avec son fils Pantagruel, il est le héros de deux romans critiques de Rabelais : 1532 Pantagruel et 1534 Gargantua. Rabelais insiste dans son œuvre sur le corps et ses besoins. Il recourt à la scatologie (propos se rapportant aux excréments). L’art de Rabelais est déjà caricatural. Daumier s’appuie ici sur une référence culturelle pour établir une certaine complicité avec ses lecteurs et contourner en partie la censure.
Analyse de l’image :
– le personnage le plus imposant, représente le roi Louis-Philippe (1773-1850, règne de 1830 à 1848). = roi très impopulaire. Les autres personnages sont nettement plus petits : ceci souligne la supériorité du roi, mais aussi la façon dont il écrase le peuple.
– le trône, attribut du pouvoir, permet d’identifier le pouvoir (métonymie)
– son visage en forme de poire, rendu célèbre par Philipon, permet aussi de le reconnaître. Ce fruit est symbole de bêtise.
– d’autres personnages sont disposés en bas (infériorité par rapport au roi). Les différents costumes témoignent de leur diversité sociale. Le chapeau par exemple est signe d’aisance.
– de sa bouche immense et grande ouverte descend une grande échelle jusqu’au sol. Chez Daumier le roi est toujours représenté comme un ogre et un assassin.
– des valets tentent de gravir cette échelle. Ils déversent de l’argent (des écus) dans la bouche du roi. Ils le nourrissent donc d’argent.
– on remarque aux pieds du roi des individus mieux vêtus, signe qu’il s’agit de privilégiés. Ils ramassent les pièces tombées pendant le transport
– Daumier oppose le peuple à droite aux plus aisés à gauche. Le contraste entre ces deux groupes sociaux est également physique : ventre gras et gros/ jambes grêles
– en bas, à gauche des notables récoltent d’autres objets également tombés : brevets et décorations. Ils apparaissent donc CUPIDES. Ces objets tombent du trône qui est en réalité une chaise percée (ancêtre des WC). Le roi défèque donc ces objets : ceci dévalorise sa fonction. Désacralisation du roi réduit à un corps/ Assimilation de l’or aux excréments (topos de l’imagerie populaire).
– ils semblent ensuite se précipiter vers un bâtiment à gauche : le Palais Bourbon (Assemblée Nationale). Ceci signifie leur complicité politique.
– le décor met en place d’autres contrastes : ciel clair au dessus du paysage industriel (valeur positive accordée aux travailleurs qui font avancer le pays par leurs productions et leurs efforts) / plus sombre au dessus du Palais (noirceur morale du monde politique)
Interprétation :
Le personnage du roi Gargantua-Louis-Philippe incarne l’Etat sous son aspect fiscal. Daumier dénonce la façon dont il privilégie les notables et les bourgeois (qui amassent aussi de l’argent) aux dépens du peuple, des travailleurs. Le roi est un ogre géant qui dévore le peuple et la fortune de son pays (métaphore de la dévoration).

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