Le Discours de la servitude volontaire : étape par étape

P 1 : LB introduit le thème de son discours en se référant à Homère. Citation d’Ulysse qu’il va contredire. « mais à la réflexion, c’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. »

Discours à teneur politique donc. Il ne s’agit pas de débattre du meilleur mode de gouvernance mais de s’intéresser aux raisons de l’existence du tyran et à la responsabilité du peuple. Il s’agit de comprendre pourquoi les peuples supportent la tyrannie. Ils sont « ensorcelés par le seul nom d’un ».

P 2 : les peuples ne sont pas gouvernés, ils asservis, dépossédés de tout, y compris d’eux-mêmes. LB recourt à l’argumentation directe mais il s’appuie sur le registre pathétique pour proposer un 1er portrait satirique de la tyrannie et du tyran. Il souligne l’idée de Un contre Tous. Il réfute l’idée que les peuples agissent ainsi par lâcheté.

Il recourt à un raisonnement par analogie p 2 et 3 : analogie avec la guère et les combattants. Il recourt à des ex où des peuples, des individus se sont battus pour leur liberté. Il est donc vraiment difficile de croire à l’existence d’une telle servitude !!!

P 3 : Il expose le principe de la désobéissance civile. Pour combattre la tyrannie, il suffit que les peuples refusent de continuer à obéir. Le tyran sera défait de lui-même. « C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge. » Métaphores du feu, de l’aliment et de la branche.

P 4 : Il constate que les hommes n’ont pas la force de désirer leur liberté. Il apostrophe ensuite les peuples avec virulence en recourant au dialogisme. Il propose aussi un portrait développé et très satirique du tyran. Le tyran n’est qu’un homme : LB réfute le principe de la monarchie de droit divin.

P 5 : Après les constats et l’exposition du principe de désobéissance civile, il se propose de réfléchir aux causes : « Cherchons donc à comprendre […] comment cette opiniâtre volonté de servir s’est enracinée… ». Selon LB, l’obéissance aux parents est naturelle, pas celle au tyran. Il réitère l’idée que l’état naturel de l’homme est la liberté et que « la nature, ministre de Dieu », a fait tous les hommes égaux. Il oppose l’affection fraternelle voulue par la nature à la tyrannie qui est contrenature.

P 6 : d’ailleurs les animaux ne supportent pas la servitude. De sorte que cette dernière place l’homme au-dessous de l’animal (ex de l’éléphant, du cheval, des bœufs et des oiseaux en cage comme il l’a exposé jadis en vers dans des fables). Il développe ensuite l’idée qu’il existe 3 sortes de tyrans : ceux qui sont élus par le peuple, ceux qui gagnent le pouvoir par les armes et ceux qui l’obtiennent par l’hérédité (cas de la monarchie française). « ils usent du royaume comme de leur héritage » « ils regardent les peuples qui sont leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires ». Celui qui a été élu tend à rendre son pouvoir héréditaire pour ses fils. Ces 3 tyrans ont sensiblement tous la même manière de régner et d’asservir.

P 7 : question indirecte : quel choix, entre la liberté et la sujétion, feraient des sujets neufs, « ni accoutumés à la sujétion, ni affriandés à la liberté ? ». Selon lui ils obéiraient à la seule RAISON (position totalement humaniste). Il mentionne le contre-exemple des « gens d’Israël ». D’après lui, les hommes ne peuvent pas se laisser assujettir uniquement parce qu’ils sont sous la contrainte ou trompés. Il s’appuie sur des ex historiques puisés dans l’Antiquité. Le véritable souci réside dans le fait que l’homme est victime d’un profond oubli de sa liberté, la servitude lui fait perdre la mémoire. Quant aux enfants des 1ers asservis « ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance ». S’ajoute à cela la force de l’habitude. La nature pèse peu de poids face à celui de l’habitude.

P 7 et 8 : métaphores végétales pour illustrer son argument. Ex des Vénitiens qui eux cultivent la liberté. Opposition nature/ culture. La nature = état originel de l’homme, la liberté ; la culture = la civilisation, l’Etat et la servitude. Cette démonstration est orchestrée à partir de l’exemple des 2 chiens de Lycurgue. LB recourt à diverses anecdotes pour illustrer son propos, mais aussi pour l’animer et le rendre plus aisément compréhensible par le plus grand nombre. Ex : Xerxès, grand roi de Perse. Ces exemples prennent la forme de récits : on peut parler d’argumentation indirecte.

P 9 : Anecdote de Caton d’Utique : « La nature de l’homme est d’être libre et de vouloir l’être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l’éducation le lui donne. » L’homme s’habitue tant à sa servitude qu’elle lui semble naturelle. Analogie avec les chevaux. Recours à la PROSOPOPEE lorsqu’il donne la parole aux chevaux.

P 10 : certains échappent à cette perte de mémoire et « ne s’apprivoisent jamais à la sujétion ». Ce sont des individus éclairés, avec une tête « affinée par l’étude et le savoir », « la servitude les dégoûte ». Il évoque ici les humanistes et fait son autoportrait. Ces gens représentent un danger pour le tyran, tout comme leurs livres (se souvenir de la publication posthume du Discours). D’ailleurs le grand Turc se méfie des livres qui donnent « aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie » : on reconnaît là les principes fondateurs de l’Humanisme. Il évoque implicitement la censure.

Il revient alors à l’idée du désir, de la volonté de liberté, affirmant que « le ferme vouloir garantit presque toujours le succès ». Il fournit quelques exemples comme Brutus l’Ancien ou Thrasybule.

P 11 : LB a fait ainsi quelques digressions, ce qu’il souligne lui-même : « Mais pour revenir à mon sujet, que j’avais presque perdu de vue.. ». Après l’habitude, il évoque la 2nde cause : la lâcheté. « Sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés ». Il mentionne Hippocrate, grec, « père de la médecine ». Ce dernier a refusé de mettre son art au service d’un tyran. Sous la tyrannie « on perd aussitôt la vaillance », les hommes sont « comme ligotés et tout engourdis » « sont incapables de toute grande action ». Les tyrans en ont conscience et font en sorte de mieux les avachir. LB s’appuie sur l’historien grec Xénophon qui rapporte comment Simonide dialogue avec le tyran Hiéron à propos des misères du tyran. Le tyran fait du mal à tous donc il craint tout le monde et recourt à des mercenaires étrangers. Pour la 1ère fois la France est mentionnée. IL évoque aussi Scipion l’Africain pour expliquer que plus ses sujets sont sans valeur, plus le tyran es rassuré. L’une des ruses du tyran consiste donc à abêtir ses sujets. Il donne l’ex de Cyrus qui étourdissait les hommes avec des maisons closes, des tavernes et des jeux publics, des divertissements.

P 12 : Le peuple est aveugle, il se méfie de celui qui l’aime et fait confiance à celui qui le trompe. Nouvelles comparaisons animalières. « Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs […] et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude […] les outils de la tyrannie. » Les tyrans romains procédaient de la même façon en organisant des festins publics. Ex de Néron « ce vilain monstre » « cette sale petite peste du monde », « cette bête sauvage » dont parle tacite, l’historien latin.

P 13 : autre ex : Jules César, tyran dont on louait paradoxalement l’humanité. Ces tyrans romains usurpaient par ailleurs le titre de Tribun du peuple. Ces exemples historiques visent à atténuer la teneur polémique du discours, toutefois ils comportent une dimension universelle comme le rappelle LB : « Mais ils ne font guère mieux ceux d’aujourd’hui ». Il use aussi d’exemple non européens pour mieux souligner cette universalité : les rois d’Assyrie, les 1ers rois d’Egypte, Pyrrhus le roi d’Epire. Le but est de montrer comment tous ces tyrans dupent les peuples avec des contes et comment les peuples se plaisent à se laisser duper. « Le peuple a toujours ainsi fabriqué lui-même les mensonges, pour y ajouter ensuite une foi stupide. » LB emploie les termes « ragots », « fables des ignorants » et « merveilles ». On croit même les tyrans capables de miracles.

P 14 : il en vient à la façon dont le tyran s’appuie sur la religion pour renforcer son pouvoir (= nouvelle allusion à la monarchie de droit divin). Il cite Virgile. Les tyrans « abusent de la religion pour mal faire ». On peut parler d’usurpation de la religion.

Grave accusation contre la monarchie française : « Nos tyrans de France ont semé aussi je ne sais quoi du genre » !!! Il évoque cependant quelques bonnes exceptions. Enfin, dans ce qui semble être une digression sur la littérature, il rend hommage aux poètes de la Pléiade : « ils font tellement progresser notre langue que bientôt […] nous n’aurons rien à envier aux Grecs ni aux Latins. » Il évoque La Franciade, l’épopée de Ronsard qui vante notamment les mérites du roi Clovis.

P 15 : autre stratagème des tyrans : le recours aux favoris (ou autres courtisans), « autant de petits tyranneaux » « les complices de ses cruautés » « les bénéficiaires de ses rapines ». L’idée est que l’entourage du tyran le corrompt et s’appuie à son tour en tyran sur d’autres courtisans pour s’assurer son propre pouvoir/ Il évoque ainsi les ramifications du pouvoir qui orchestre cette société pyramidale. Il recourt à un raisonnement par analogie avec l’image filée de la tumeur et de ses ramifications. Ces favoris sont guidés par leur immense ambition et leur grande avidité.

P 16 : autre analogie, « les grands voleurs et les fameux corsaires » afin de souligner les complicités et la répartition des tâches. « C’est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres. » LB attaque « ceux qui flattent le tyran pour exploiter sa tyrannie et la servitude du peuple ». Ils agissent ainsi dans leur seul intérêt. C’est hypocrite ! Pour LB, c’est de la sottise puisque « s’approcher du tyran » revient à « s’éloigner de sa liberté ». Il démontre que les courtisans sont finalement moins libres que les peuples. Le peuple doit juste obéir au tyran, le favori doit en plus lui complaire et jouer toute une comédie sociale. Ceci n’est pas vivre. Les favoris ne s’appartiennent plus. Ils viennent « se présenter à lui comme des moutons devant le boucher. ». Par ailleurs le tyran est versatile, inconstant : le favori peut aisément tomber en disgrâce.

P 17 : CHIASME : « Souvent enrichis à l’ombre de sa faveur des dépouilles d’autrui, ils l’ont à la fin enrichi eux-mêmes de leur propre dépouille ».

Les hommes de bien ne sont pas plus à l’abri dans cet entourage. LB cite l’exemple de Sénèque ou de Burrhus assassinés par Néron, empereur qui alla même jusqu’à tuer sa mère, Agrippine, alors qu’elle avait empoisonné son mari, Claude, pour lui permettre d’accéder au trône.

P 18 : mais bien des tyrans furent également tués par leurs favoris. « Certainement le tyran n’aime jamais et n’est jamais aimé ». L’amitié ne peut exister qu’entre gens de bien. Sorte de digression sur l’amitié dont il fait l’éloge. « Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot et non une société ». 3ils ne sont pas amis mais complices ». L’amitié a besoin d’égalité. LB s’étonne de ce que les favoris s’aveuglent alors que leur vie est particulièrement périlleuse.

P 19 : « Sourire à chacun et se méfier de tous » doit aussi être pénible. Pour LB ce sont aussi les favoris que les peuples accusent de leurs maux. Il recourt d’ailleurs à l’expression « mange-peuple pour les désigner.

Le discours s’achève sur une exhortation (injonctives) à la 1ère personne du pluriel : LB s’inclut avec le peuple dans la reconquête de la liberté. Il invoque Dieu qui punira certainement ces tyrans.

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